Brigitte Bardot fait des émules chez les socialistes. François Dosé, député PS de la Meuse, a interpellé le ministre de l’Agriculture et de la Pêche au sujet des “sacrifices rituels”, Question n° 118009). Entendre par “rituels” musulmans et uniquement musulmans. Qu’un député s’interroge sur les conditions d’abattage des animaux est tout à fait légitime, voire nécessaire. L’animal doit être respecté. Mais que ce député use d’arguments fallacieux est moins légitime. A croire qu’il n’y a pas que les moutons qu’il veut étourdir : ses contorsions donnent en effet le tournis ! Analyse.

Selon François Dosé, “l’abattage hors abattoir est illégal et entraîne des souffrances animales et un risque sanitaire non négligeable pour les pratiquants et consommateurs”. On peut s’accorder sur le second point, celui du risque sanitaire. Encore que ce risque n’a jamais vraiment été démontré. Si les dangers étaient impérieux, les musulmans n’auraient jamais atteint le milliard et demi et ils auraient rapidement été décimés par mille et une maladies. Il est facile d’affirmer que sacrifier un animal dans un abattoir où tout est réglementé, nettoyé, etc., présente moins de risques que de le sacrifier en plein air dans un terrain vague. Nul ne le niera. Pour autant, cela ne rend pas absolument dangereux le sacrifice hors abattoir. Il ne sert à rien d’agiter le chiffon rouge et de faire croire que, si on ne fait rien, les musulmans vont finir par égorger leur mouton dans nos centres-ville. Il suffit d’avancer l’argument de l’hygiène et s’en tenir à une position modérée et intelligente. Ce que François peine à faire.
Il devient en effet tendancieux quand il affirme que l’abattage hors abattoir entraîne des souffrances animales. Le député ne semble pas savoir de quoi il parle. Ou feint la naïveté. Les souffrances animales - dont on ne cesse d’exagérer l’ampleur - ne sont pas déterminées par le lieu où l’animal est sacrifié. Il aurait suffi à François Dosé de se rendre dans un abattoir pour se rendre compte qu’un couteau qui tranche la gorge d’un mouton dans un abattoir n’a pas plus de vertus qu’un couteau qui tranche la gorge du même mouton hors un abattoir.

Mais, le député ne s’arrête pas là et n’hésite pas à pousser le bouchon un peu plus loin quand il ajoute immédiatement : “Se pose donc la question de l’étourdissement des animaux avant leur abattage“. Nous y voilà ! Voilà où il voulait en venir : étourdir les animaux. Mais par quelle pirouette, François Dosé réussit à déduire des prémisses (l’abattage hors abattoir 1) est illégal, 2) entraîne des souffrances, 3) provoque un risque sanitaire) que l’étourdissement s’impose ? En quoi étourdir un animal va-t-il rendre moins important le risque sanitaire ? On peut comprendre que d’aucuns soient persuadés que l’étourdissement évite à l’animal de souffrir - ce qui là encore ne fait absolument pas l’unanimité. Mais comment donc la carcasse d’un animal étourdi peut être moins pathogène qu’un animal non étourdi ?

Le député finit en affirmant doctement que “rien dans les textes sacrés ne s’opposerait à l’étourdissement des animaux avant leur saignée dans le cadre d’un abattage hallal” et souhaite savoir [si le ministre de l'Agriculture] entend définir la réglementation susceptible de s’imposer dans la pratique de l’abattage rituel et notamment rendre obligatoire l’étourdissement des animaux avant tout abattage.”

François Dosé devrait éviter les contorsions et apprendre, peut-être en cotoyant Brigitte Bardot, à dire les choses franchement et sans ambages.

Réponse du ministre (on remarquera 1) qu’il n’est fait mention une nouvelle fois ici que du sacrifice musulman ; 2) que la question de l’étourdissement n’est pas tranchée par les services publics):

Les services du ministère de l’Agriculture et de la Pêche et ceux du ministère de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire ont cherché des solutions permettant de concilier le légitime attachement des musulmans à l’abattage rituel avec le nécessaire respect des dispositions réglementaires en matière de protection animale, d’hygiène alimentaire et de protection de l’environnement. La recherche et l’évaluation de ces solutions sont favorisées par l’organisation de réunions de concertation entre les différentes parties concernées au plan départemental, auxquelles participent désormais des représentants des conseils régionaux du culte musulman.
Les services de l’État mettent tout en place, aussi bien au plan national qu’au plan local, afin de satisfaire aux objectifs qu’ils ont annoncés à plusieurs reprises en matière de déroulement de l’Aïd el-Kébir. C’est la raison pour laquelle a été admis le fonctionnement d’abattoirs agréés temporairement, dans l’objectif d’éviter les abattages clandestins. Les organisations représentant la protection animale ont été associées à cette démarche commune de recherche de solutions pour un bon déroulement de cette célébration. La pratique d’un abattage rituel hors abattoir est sanctionnée par une contravention de la 5e classe.

Il n’est pas envisagé de modifier la réglementation pour tolérer ce genre de pratique. En effet, seul un abattage en abattoir constitue une véritable garantie sanitaire, l’inspection ante mortem et celle des carcasses étant réalisées uniquement dans ces établissements, soumis eux-mêmes à des procédures rigoureuses d’agrément. Les associations de protection oeuvrent pour faire améliorer les conditions d’abattage des animaux que l’homme destine à sa consommation. Des initiatives, comme l’édition d’une brochure destinée à l’information et à la formation des sacrificateurs habilités pour le jour de l’Aïd el-Kébir, ont été prises et réalisées avec la collaboration de la Fédération nationale des exploitants d’abattoirs publics (FNEAP), pour accompagner la circulaire interministérielle destinée à tous les préfets. L’une des caractéristiques réglementaires, tant communautaire que nationale, de l’abattage rituel s’illustre par la possibilité de déroger à l’étourdissement des animaux mais pas à leur contention.

De même, le sacrifice de l’animal doit se faire par une personne habilitée par l’une des 3 mosquées (Paris, Évry, Lyon). À maintes reprises, il a été indiqué que certains représentants du culte musulman étaient favorables à la pratique de l’étourdissement des animaux. Afin de disposer d’arguments scientifiques permettant aux représentants religieux de promouvoir l’utilisation de l’étourdissement des animaux destinés à la consommation rituelle, il a été demandé à l’Académie vétérinaire de France d’indiquer l’état des connaissances techniques sur la prise en compte de cette étape dans la mort de l’animal avec son impact sur son intégrité vitale. Cette haute assemblée a bien voulu rendre un rapport, richement étayé, permettant d’appréhender la réalité de l’impact des différentes techniques d’étourdissement sur les fonctions vitales des animaux. Les associations de protection animale et les représentants cultuels vont donc pouvoir prendre en considération une évolution possible des pratiques du sacrifice rituel des animaux allant dans le sens du respect des animaux. Un travail de réflexion sur l’évolution réglementaire qui peut y être associée est en cours.

Via : Asidcom