Déconfiture du système financier mondial, crédit et interdit de l'usure

Par Al-Kanz

Crise financière. Le marché du crédit part en vrille et la crise financière s’aggrave. C’est l’occasion pour nous de répondre à une question récurrente : pourquoi l’intérêt et l’usure en général est interdit en islam.

Déconfiture du système mondial financier, crédit et interdit de l

Selon Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale (FED), la banque centrale des États-Unis, qui s’exprime dans le quotidien britannique Financial Times, l’économie mondiale connaît « la crise la plus grave depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale« . Le marché du crédit part en vrille et la crise financière s’aggrave. C’est l’occasion pour nous de répondre à une question récurrente : pourquoi l’intérêt et l’usure en général – et donc le crédit tel que nous le connaissons dans nos sociétés – est interdit en islam.

Pour cela, nous vous proposons de revenir sur un article dont nous avions précédemment publié quelques extraits (lire notre billet : Investir dans l’immobilier (ou autre) et consommer sans recourir au prêt à intérêt).

Qu’est-ce que l’intérêt perçu sur les prêts ? Qu’est-ce que l’islam a interdit à propos de cet intérêt ?

Il s’agit du surplus qui est perçu lors du remboursement d’un prêt et qui avait été stipulé comme condition […]. L’intérêt est donc présent dans un prêt dès que trois conditions y sont présentes :
1) il y a un surplus par rapport à la somme initiale (le prix fixé dans le cas d’une vente, ou la somme prêtée dans le cas d’un prêt) ;
2) ce surplus est la pure contrepartie du délai ;
3) ce surplus fait l’objet d’une condition dans la transaction (que cette condition ait été mentionnée explicitement ou qu’elle soit considérée comme présente à cause de l’usage).

Il n’y a pas de différence en islam entre intérêt et usure.
Il n’y a pas non plus en islam de différence entre les prêts à intérêt destinés à la consommation et les prêts à intérêt destinés à l’investissement. Il n’y a pas non plus en islam de différence entre les intérêts qui augmentent au fil du temps quand le débiteur ne parvient pas à régler sa dette, et les intérêts fixés une fois pour toutes au moment du prêt. Le fait de percevoir des intérêts grâce à un compte épargne, c’est également percevoir de l’intérêt.

De plus, il faut savoir que si l’islam a interdit de percevoir de l’intérêt sur les prêts (akl ar-ribâ), il a aussi interdit de contracter un emprunt à intérêt et de verser cet intérêt (îkâl ar-ribâ) (voir les Hadîths rapportés par al-Bukhârî, n° 5032, Muslim, n° 1597). Aucune circonstance exceptionnelle ne peut autoriser la pratique du prêt à intérêt. Par contre, dans un cas de nécessité absolue (dharûra), une personne peut être amenée exceptionnellement à avoir recours à l’emprunt à intérêt ; les conditions en sont malgré tout très sévères et cela ne peut être traité qu’au cas par cas par le mufti de chaque localité […]. Dans un autre Hadîth (rapporté par Muslim, n° 1598), le Prophète a aussi interdit d’écrire (kitâba) des contrats de prêts à intérêt et de servir de témoin (shahâda) à de tels contrats.

Pourquoi l’intérêt n’est-il pas comparable au bénéfice perçu sur la vente ?

Dès l’époque du Prophète (sur lui la paix), les idolâtres de la Mecque – parmi lesquels il y en avait qui s’enrichissaient par les prêts à intérêt – avaient fait l’objection suivante : « Comment l’intérêt perçu sur les prêts d’argent pourrait-il être interdit quand, selon l’islam même, le bénéfice perçu sur les ventes de marchandises est autorisé ? Le (bénéfice perçu sur) la vente est après tout semblable à l’intérêt (perçu sur le prêt) ! »

La réponse est qu’en fait, non, les deux ne sont pas du même type. Celui qui vend une marchandise l’a soit lui-même fabriquée en assemblant et en travaillant des matières premières, soit l’a achetée toute faite à quelqu’un d’autre. Le bénéfice qu’il perçoit est, dans le premier cas, la contrepartie de la valeur qu’il a ajoutée aux éléments composant la marchandise, et, dans le second cas, la contrepartie du transport et de la prise de risque qu’il a supportées. Acheteur comme vendeur tirent donc profit de la transaction qu’ils ont réalisée, le premier en obtenant la marchandise qu’il va utiliser ou va revendre, le second en prenant un bénéfice. Chacun a pris possession de son bien, et l’affaire est close.
Par contre, un prêt n’est pas une vente, et l’intérêt que prend celui qui prête de l’argent n’est la contrepartie ni d’une valeur ajoutée, ni d’un transport, car il n’y a rien eu de tout cela ; l’intérêt n’est la contrepartie que du délai accordé à celui qui lui a emprunté l’argent. Or la contrepartie sur un délai pur n’est pas équitable. En effet, si l’emprunteur a contracté le prêt pour acheter des biens ou des services qu’il consommera lui-même, alors il est certes équitable qu’il rembourse la somme empruntée, mais il n’est pas normal qu’il doive payer un surplus pour le seul délai qui lui a été accordé. Et si l’emprunteur a contracté le prêt pour investir dans un projet commercial ou industriel, il est équitable qu’il rembourse le prêt mais il ne l’est pas que toute perte soit comptée au détriment de l’emprunteur alors que le prêteur soit pour sa part certain de toucher son « bénéfice » – l’ « intérêt » – sur le délai. Ouvrir la porte à une contrepartie du seul délai, c’est ouvrir la porte à l’exploitation la plus grande. En effet, si l’emprunteur ne peut pas s’acquitter de ce qu’il doit à l’échéance voulue, le délai étant prolongé, la contrepartie le sera d’autant, ce qui multipliera le montant dû. Je connais ainsi un homme qui avait monté une affaire et avait pour cela contracté un emprunt classique à intérêt. Son affaire a fait faillite et il s’est retrouvé avec une dette de 50 000 francs français à payer à l’organisme à qui il avait emprunté l’argent. Il a pu ensuite retrouver du travail avec un petit salaire, mais il ne peut pas se sortir du cycle de l’intérêt : avec son petit salaire il doit faire vivre sa famille et ne peut régler, du montant de sa dette, qu’environ 1 000 francs chaque mois. Or, grâce aux pénalités de retard (= la contrepartie du délai, autrement dit l’intérêt), sa dette à l’égard de l’organisme reste à un niveau quasi-constant (50 000 francs) bien qu’il règle 1000 francs chaque mois depuis quelques années ! Et chaque mois il règle environ 1 000 francs de sa dette, et chaque mois elle augmente d’autant… Ce qui fait qu’il est condamné à payer 1 000 francs durant le restant de ses jours jusqu’à ce que quelque chose d’autre lui arrive ! Comment s’en sortira-t-il, le pauvre ?

Je disais qu’un prêt d’argent n’est pas une vente et qu’aucun profit n’est possible lors d’un prêt, contrairement à ce qui se passe lors d’une vente. Cependant, dans le cas d’une vente aussi il peut y avoir de l’intérêt au cas où s’y réalise le principe « somme d’argent comme pure contrepartie du délai ». C’est bien pourquoi même ceux des savants qui pensent que la vente à tempérament (bay’ bit-taqsît) est permise y mettent comme condition que le prix à payer soit fixé une fois pour toutes au moment de conclure l’acte, et qu’il ne subisse ensuite plus d’augmentation. C’est aussi pourquoi l’escompte n’est pas autorisée (dha’ wa ta’ajjal) ; il s’agit du cas où le prix et l’échéance du paiement ont été fixés, mais où le vendeur édicte comme condition pour accorder une ristourne à l’acheteur que celui-ci le paie avant l’échéance fixée : ici aussi une partie de la somme est devenue une pure contrepartie du délai, et cela est donc interdit (voir Islâm aur jadîd ma’âshî massâ’ïl, pp. 271).

Source : Qu’est-ce que l’intérêt (« ribâ ») ? Pourquoi l’islam l’a-t-il interdit ?



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Vos réactions (16 commentaires)

  1. Nadia    

    As salamou ‘alaykoum

    Il manque un mot à la 3ème ligne : « l’économie mondiale connaît “la plus grave (?) depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale“.

    BarrakAllah ou fik pour l’article.

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  2. Al-Kanz    

    as-salâmu ‘alaykum

    bâraka-Llâhu fîk, c’est corrigé.

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  3. Nadia    

    As salamou ‘alaykoum

    Quelle rapidité : ) ! Wa fik.

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  4. Al-Kanz    

    as-salâmu ‘alaykum

    Quand on peut faire tout de suite, on fait tout de suite. Sinon ça traîne et on remet toujours à plus tard.

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  5. Nadia    

    As salamou ‘alaykoum

    Bien vu, bonne continuation incha’Allah et soyez toujours exigent c’est ce qui fait la qualité de votre blog.

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  6. Al-Kanz    

    as-salâmu ‘alaykum

    Bâraka-Llâhu fîk. Je compte aussi sur vous lecteurs pour m’aider à garder une certaine rigueur :).

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  7. Safya    

    Salam aleykoum
    Quand on possède un compte épargne vaut il mieux le cloturer ou verser l’argent des interets à un « necessiteux »?
    Barak Allah oufik

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  8. mamelouk    

    salam ‘aleikoum, pour chercher à mieux comprendre, pouvez vous m’expliquer la différence entre le pret de matériel et le pret d’argent ?

    dans le pret de matériel, on rend le matériel plus une certaine somme. pour le service rendu, et parce que le matériel a légèrement perdu de sa valeur.

    dans le pret d’argent, on rend l’argent plus une certaine somme. pour le service rendu et parce que l’argent a légèrement perdu de sa valeur.

    si j’arrive à comprendre la différence entre ces deux cas je comprendrai l’interdiction du pret d’argent inchallah.

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  9. Al-Kanz    

    as-salâmu ‘alaykum

    Là vous parlez de location pas de prêt de matériel. Vous payez un service. Ce ne sont pas des intérêts que vous payez.

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  10. taqiya    

    Assalam alaykum

    Rappel :

    Ceux qui mangent [pratiquent] de l’intérêt usuraire ne se tiennent (au jour dernier) que comme se tient celui que le toucher de Satan a bouleversé.
    Cela, parce qu’ils disent: »Le commerce est tout à fait comme l’intérêt ».
    Alors qu’Allah a rendu licite le commerce, et illicite l’intérêt […] Sourate 2/verset 275

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  11. mamelouk    

    salam ‘aleikoum,

    comme je le disais, le prix d’un pret matériel rémunère rendu le service et l’usure du matériel

    pour l’argent, le prix d’un pret (les intérets, l’usure, appelez ca comme vous voulez), rémunère le service rendu et l’usure du matériel

    si qq’un est capable de m’expliquer cette différence (sans me faire de menaces à coup de hadiths), je dormirai peut etre moins bete ce soir

    11
  12. sekoia    

    Bonjour,

    1ère question :
    je voudrai qu’on m’explique ceci :
    ma mère possède sur un livret A 6000€, chaque année elle retire les intérêts et les donne anonymement ou bien paie ses impôts sur le revenu.
    du coup elle se retrouve chaque année avec moins d’argent.
    est-ce que c’est ce qu’il faut faire ?

    Moi j’avais entendu un cheikh à la télé sur parabole, qu’on doit retirer les intérets chaque année qu’une fois sur la même somme. Elle pense que j’ai mal compris (je parle et comprend l’arabe).

    2ème question :
    tjrs sur les intérêts. cette fois, pour payer ses impôts sur le revenu, elle attend le 1er janvier pour récupérer les intérêts pour les payer. Et, là elle va payer plus puisqu’ils sont majorés.
    Je trouve qu’elle n’est pas logique non plus.

    Expliquez-moi clairement ?
    Je vous remercie infiniment

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  13. Lune    

    Assalam alaykoum mamelouk,

    Pourquoi cherches-tu à ce qu’on t’explique ce qu’Allah nous a strictement interdit? (et peut être que personne ne sera en mesure de t’expliquer ce que tu ne veux ou ne peux comprendre).

    Quand tu loues une pelle ou un marteau tu la loues pour une certaine somme qui ne te mettra jamais toi et ta famille dans la gêne, tout au plus tu manqueras un repas. Alors que si tu es honnêtes tu reconnaitras qu’emprunter 200 000 euros pour rendre 300 000 euros ou plus sur 25 ou 30 ans ce n’est pas la même chose. Même si on a les moyens c’est quelqeu chose qui est lourd à supporter. Vivre en permanence avec un crédit à rembourser tu crois que c’est facile. Tu t’installes dans une crainte permanente qui te fait oublier le reste et peut être même l’essentiel. Et qu’est-ce que l’essentiel pour un musulman? Qui peut être sûr de ne pas avoir un accident de parcours et se retrouver à ne plus pouvoir rembourser? Se re trouver avec sa famille à la porte, à la rue tu penses que c’est impossible?
    Et même si tu retrouvais à la rue tu devrais quand même rembourser une maison qui ne serait plus à toi. Est-ce juste?
    Ce qui est interdit c’est faire de l’argent avec l’argent ; cela amène certains qui possèdent de l’argent à rendre certaines personnes qui n’en n’ont pas dépendante voire à les réduire à l’état d’esclave, parfois pour toute une vie et même aux descendents dans certains cas extrême, comme au bangladesh ou dans d’autres pays musulmans. L’Islam est une religion qui tend à harmoniser les liens sociales et c’est notemment pour cela qu’elle impose la zakat. Elle ne peut pas d’un autre côté autoriser l’exploitation des plus faibles par les plus aisés.

    Pour finir si tu crainds Allah, soumets toi à Son ordre car il y des explications que nous ne connaissons peut-être pas.
    Car discuter des prescriptions divines te mènera dans un chemin bien malheureux.

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  14. Lune    

    Assalam mamlouk,

    SI tu lis bien le post de Taqiya ce n’est pas un hadith mais une sourate.
    Dans ce cas trop chercher à comprendre c’est discuter la parole d’Allah.

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