une interdiction de la viande halal

Va-t-on vers une interdiction de la viande halal ? La question paraît a priori farfelue. A priori, seulement. Même si nul n’ose imaginer un instant que les autorités françaises puissent en venir à une telle interdiction, dans les faits cette interdiction est envisageable. Et envisagée.

Grenelle de l’animal. Depuis mars 2008, à la demande de Nicolas Sarkozy et sous la tutelle du ministère de l’Agriculture, un travail de réflexion sur la question de la protection animale est mené en concertation avec différents acteurs (pouvoirs publics, association de défense du bien-être animal, association de consommateurs, etc.). Trois groupes de travail ont été mis en place, dont l’un, le numéro 3 : Animal, économie et territoires, est consacré à l’abattage rituel - quasi exclusivement. A cette occasion, l’Oaba, la Fondation Brigitte Bardot et autres, ont pesé de tout leur poids pour imposer l’électronarcose et poursuivre leur combat contre l’abattage rituel.

Un lobby actif et efficace

Interdire la viande halal paraît au premier abord tout bonnement invraisemblable. D’abord parce qu’elle représente à elle seule un marché estimé à 5 milliards d’euros en France. Ensuite parce qu’on voit mal comment et surtout pourquoi la viande halal serait désormais interdite en France. Et pourtant. Les actions de lobbying des organisations comme l’OABA (voir Imposer l’électronarcose : les méthodes douteuses de l’OABA) auprès des autorités publiques et la docilité bienveillante de représentants religieux relèguent loin derrière une revendication légitime : manger halal. Si ce travail de lobbying ne vise pas, à proprement parler, l’interdiction de la viande halal, mais à modifier les pratiques d’abattage, dans les faits cet aménagement ne permettra plus d’avoir de viande halal.

L’électronarcose

Une viande est considérée halal si l’animal a été sacrifié selon le rite islamique. La bête doit être en outre en bonne santé, pas blessée ni morte, faute de quoi la viande devient impropre à la consommation. Or, c’est précisément là que se pose le problème de l’électronarcose, qui consiste à envoyer une décharge électrique sur l’animal pour l’étourdir.
Si, en théorie, étourdir un animal, par un choc électrique ou autre, ne contrevient pas aux règles d’abattage selon les principes islamiques, dans les faits il en est tout autrement. S’agissant de la volaille électronasée, on estime à 40 % le taux de mortalité. En d’autres termes, près de la moitié des bêtes meurent avant même d’avoir été abattues. On sacrifie alors des cadavres et non plus des animaux vivants et en bonne santé.
C’est sur cette ambiguïté que jouent les organisations de protection animale quand elles citent les mosquées de Paris, d’Evry ou encore de Lyon qui ont donné leur blanc-seing. Elles affirment à qui veut l’entendre que les principes islamiques n’interdisent pas l’électronarcose, mais se gardent bien de préciser que dans les faits cette même électronarcose contrevient pleinement à ces mêmes principes.

Des musulmans inaudibles

Que la Fondation Brigitte Bardot ou encore l’OABA prônent l’interdiction de l’abattage sans électronarcorse n’a rien de surprenant. Ces organisations sont dans leur rôle, quand bien même une certaine conception fantasmée de la nature animale les amène à adopter des postures exclusivement idéologiques. En revanche, le silence assourdissant des musulmans et leur absence remarquée dans ce débat crucial sont inquiétants.

une interdiction de la viande halal
Animal et Société - participants au groupe de travail n° 3 : Animal, économie et territoires

Arriver après la messe n’est plus acceptable. On ne peut se désintéresser de ses propres intérêts, puis, quand il a été décidé de tout en haut, crier au loup, endosser le vêtement de la pleureuse et adopter une posture victimaire, voire hurler à l’islamophobie. Si les organisations animales devaient arriver à leurs fins, à savoir obliger que tout animal soit étourdi ou électronarcosé lors de l’abattage, il en sera fini de la viande halal. Les musulmans pourront dire leur consternation, mais ce sera trop tard. C’est aujourd’hui, pas demain, qu’il faut discuter et faire valoir ses droits.

Et rien ne servira d’accuser les partisans de l’électronarcose d’islamophobie. Car qu’elles le soient ou non - et nous pensons que ce n’est pas ce qui les motive -, ce n’est pas l’islamophobie qui les aura fait triompher, mais l’absence des musulmans incapables de prendre leurs responsabilités.