Abattage rituel. Après l’intervention de Frédéric Freund, directeur de l’OABA, lors de la table ronde « Pour un meilleur dialogue sur l’abattage rituel musulman en France. Aspects religieux, juridiques, économiques et scientifiques » (pour plus de détails, lire ceci : Quelques mots sur la conférence AVS), voici celle de Florence Bergeaud Blackler, sociologue et responsable du projet Dialrel, qui vise à favoriser le dialogue entre tous les acteurs liés à l’abattage rituel.

Florence Bergeaud-Blackler commence son allocution en précisant l’origine des chiffres avancés : des enquêtes auprès de consommateurs (une enquête au RAMF organisé par l’UOIF, des groupes de discussion, des focus group). Elle précise par ailleurs que AVS, qui organise la table ronde, est partie prenante dans le comité de conseil de DIALREL.

Son propos débute par un panorama rapide du marché halal en France et dans le monde. Le marché halal trouve son origine dans les années 70 et dans, d’une part, la mondialisation des marchés, d’autre part, l’immigration des populations musulmanes. Ces deux facteurs ont été les principaux déclencheurs. Aujourd’hui la demande est estimée à 12 % des échanges alimentaires (chiffres issues d’études canadiennes). En 2025, elle devrait atteindre 20 %, soit 1/5. L’Europe devrait devenir un très gros marché (le principal ?). Même la Chine investit le marché, puisqu’elle s’est lancée dans la certification halal. Florence Bergeaud-Blackler poursuit en rappelant que l’abattage rituel halal est une activité très rémunératrice.

Entre 2005 et 2007, 300 abattoirs ont été visités en France, sur un total de 330 abattoirs. Sur ces 300 abattoirs, 118 déclarent abattre en rituel :

- Pour les gros bovins, 28 % en abattage rituel, dont 11 %étourdis et 100 % restreints
- Pour les ovins, 62 % en abattage rituel, dont 12 % étourdis et 76 % restreints
- Pour les veaux, 43 % en abattage rituel, dont 7 % étourdis et 93 % restreints

On produit beaucoup plus en rituel que le marché n’en a vraiment besoin. De fait, la viande « rituelle » se retrouve dans le circuit traditionnel en grande quantité, sans que les consommateurs ne le sachent. Il y a selon, Florence Bergeaud-Blackler, un problème de transparence.

S’agissant de la définition même de l’abattage rituel industriel, la directive 93 est en cours de révision. La différence entre abattage rituel et abattage conventionnel réside dans l’absence d’étourdissement de la bête dans le premier.

Florence Bergeaud-Blackler en est venue ensuite à la consommation. Deux études démontrent le fort attachement des musulmans pour le halal : 81 % des lycéens et des collégiens musulmans interrogés déclarent manger halal, selon l’enquête de Vincent Geisser et Mohsen Finan (2000), 9 sur 10 selon celle de Sylvain Brouard et Vincent Tiberj. Ramadan et tabou du porc se distinguent particulièrement. Selon Florence Bergeaud-Blackler, ces chiffres élevés s’expliquent à la fois par un contexte politique : longtemps, manger halal était considéré comme un signe de refus de l’intégration et on a largement sous-évalué les conduites alimentaires halal, et par le contexte même de l’enquête : le halal est très valorisé. Ne pas manger serait d’après elle susceptible d’être sanctionné.

Florence Bergeaud-Blackler interprète ces données de la sorte :
- le halal est appliqué au produit ou au comportement
- très bonne accessibilité des produits halal, et il n’y a pas d’autres choix
- bonne acceptabilité sociale du halal en Europe

La visibilité du halal ne pose pas problème, tant qu’elle est liée à l’exotisme culinaire. Sauf dans les lieux où les musulmans sont majoritaires.

Florence Bergeaud-Blackler finit, après avoir énuméré les motivations extrareligieuses des consommateurs du halal, par évoquer un problème : celui de la commensalité et du radicalisme alimentaire. C’est là une conclusion qui mériterait d’être développée et expliquée.

Crédit photo