Chibani corp ou comment faire du service à la personne dans les foyers Sonacotra

En 2005, Jean-Louis Borloo, alors ministre de la Cohésion sociale, lançait son plan de développement des services à la personne. Evoquant alors un véritable gisement d’emplois, l’actuel ministre de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables du gouvernement de François Fillon, a vu ses prévisions se confirmer en 2007 : les services à la personne explosent. En deux ans, le nombre d’entreprises de ce tout nouveau secteur a été en effet multiplié par dix, passant de 500 à 5 000. 2008 devrait voir l’émergence de nouvelles sociétés, voire de nouveaux services. Comme la Chibani Society ?

Les foyers Sonacotra, des lieux d’oubli

Mémoire oubliée de l’immigration en France, les chibani sont ces migrants de la première heure qui n’ont jamais vraiment posé leur valise. Les uns ont toujours cru demeurer de façon provisoire loin du bled, le temps de se faire un petit pécule et rentrer retrouver femme et enfants. Les autres ont raté le train du regroupement familial et n’ont jamais pu ramener leur petite famille dans leur pays d’adoption. Il fallait malgré tout continuer à nourrir les siens restés au bled.

Les chibani vivent seuls et chichement depuis des années, pour la plupart dans des petites chambres d’hôtel ou dans des foyers Sonacotra. Longtemps oublié par les pouvoirs français, ils ont aussi fait les frais d’une indifférence de ceux-mêmes qui comme eux venaient de l’autre côté de la Méditerranée. Ni ici ni là-bas, nombreux attendent. En retraite ou en préretraite, ils sont malades, fatigués, las.

Selon les chiffres de l’Adoma (nouveau nom de la Sonacotra), 94 % des résidents sont des hommes et 51% sont originaires du Maghreb (Algérie, Tunisie, Maroc). En outre, on compte aujourd’hui plus de 20 % de résidents âgés de plus de 65 ans. Les chibani sont de plus en plus vieux.

Lien social et emploi dans les cités

Le propre des services à la personne réside dans le bien-être apportés à ceux qui en bénéficient. La demande est forte, les secteurs variés : entretien ménager, assistance aux handicapés, prestation de bricolage et de jardinage ou encore assistance aux personnes âgées. En outre, ces services sont un outil permettant de (re)tisser le lien social avec des personnes souvent isolées, esseulées ou abandonnées. Comme peuvent relativement l’être les chibani.

De fait, n’y a-t-il pas là un gisement d’emplois qui aurait un double effet positif ? Nous avons d’une part des milliers de chibani qu’on ne peut plus décemment ignorer, d’autre part des jeunes gens en proie à des difficultés sur le marché du travail. Ces difficultés sont pour partie - et seulement pour partie - liées leur origine colorée. Or, c’est précisément cette origine allogène qui fera la force de Chibani Society, société de services à la personne spécialisée dans la prise en charge des vieux migrants. Pour au moins une raison : nombre de chibani parlent un français approximatif et ont besoin parfois que l’on s’adresse à eux dans la langue de leur pays d’origine.

Ainsi, on peut penser qu’une telle entreprise pourra non seulement faire œuvre utile non seulement auprès des chibani, mais encore auprès de demandeurs d’emploi de ces cités où le taux de chômage atteint des sommets vertigineux. Chibani Society, une des solutions à ajouter au plan banlieue pour l’emploi, défendu par Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la politique de la Ville ?


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