Joe Regenstein : "l’abattage rituel n’est pas plus cruel que l’abattage non rituel"

Par Al-Kanz

Abattage rituel. Après l’intervention de Frédéric Freund, directeur de l’OABA, lors de la table ronde « Pour un meilleur dialogue sur l’abattage rituel musulman en France. Aspects religieux, juridiques, économiques et scientifiques » (pour plus de détails, lire ceci : Quelques mots sur la conférence AVS), après celle de Florence Bergeaud Blackler, sociologue et responsable du projet […]

Abattage rituel. Après l’intervention de Frédéric Freund, directeur de l’OABA, lors de la table ronde « Pour un meilleur dialogue sur l’abattage rituel musulman en France. Aspects religieux, juridiques, économiques et scientifiques » (pour plus de détails, lire ceci : Quelques mots sur la conférence AVS), après celle de Florence Bergeaud Blackler, sociologue et responsable du projet Dialrel, voici celle de Joe Regenstein, professeur en science de l’alimentation, spécialiste du casher, du halal et du bien-être animal. Il s’agissait dans ce cas d’une vidéoconférence, le professeur Regenstein vivant aux USA.

Dans un long préambule, J. Regenstein a appelé à l’échange et à la reconnaissance de l’autre et de ses croyances. Conscients des crispations suscitées de part et d’autre, il a insisté sur la nécessité de pouvoir changer d’avis et sur la responsabilité éthique de bien traiter les animaux. De fait, son hypothèse de départ est la suivante : l’abattage rituel et l’abattage non rituel ne sont pas barbares. Son travail : permettre l’abattage rituel sans douleur de l’animal. Il précise qu’il doit faire face à une question difficile, celle des divergences dans les communautés juives et musulmanes. Son but : permettre l’expression des divergences et que chacun respecte l’avis de l’autre.

Se pose alors une question d’ordre méthodologique : si on identifie un problème qu’allons-nous en faire ? Joe Regenstein insiste tout au long de son intervention sur la méthodologie et sur la rigueur scientifique, souvent absentes dans certaines études scientifiques : les données ne sont pas bien présentées et les enquêteurs ne savent pas expliquer ce qu’ils ont fait. Une chose est certaine, l’abattage tel qu’il est pratiqué doit être revu (gros problème de transport, nécessité de réduire le stress de l’animal qui doit être calme…). Les détails sont essentiels. La question de la formation des sacrificateurs, question récurrente quand on discute de l’abattage rituel, est une nouvelle fois posée : la formation du sacrificateur, la qualité des outils d’abattage (couteau), la précision du geste pour trancher au bon endroit (et Regenstein de préciser que bien que l’on ne sache pas vraiment où trancher exactement, cet élément n’est pas pris en compte dans les études scientifiques). Autres éléments oubliés : l’agressivité des sacrificateurs ou encore l’après-abattage dans certains cas, puisque dans certains cas il faut couper une seconde fois.

Cela dit, l’étourdissement n’est pas la panacée, précise J. Regenstein, et ne doit pas s’imposer tel quel pour l’abattage casher et halal. Nous avons d’ailleurs très peu de données sur l’animal mal étourdi. Regenstein revient alors sur la nécessité d’un travail rigoureux et scientifique qui doit selon lui répondre aux attentes religieuses tout en procédant à une évaluation objective. Et surtout ne jamais chercher à prouver un postulat de départ. A la manière de la Royal Veterinary Society of Sweden, qu’il cite. Cette dernière a en effet conduit une étude pour confirmer que l’abattage rituel est mauvais. Des scientifiques se sont rendus dans un abattoir casher mal fichu et en ont conclu que l’abattage rituel doit être proscrit. Joe Regenstein conteste cette étude, car ses conclusions n’ont aucun sens. L’approche n’est pas rigoureuse, pire elle n’est pas éthique.

Joe Regenstein finit en rappelant qu’en l’état actuel certaines choses dans l’abattage rituel sont inacceptables. Il faut travailler notamment sur la question de la formation du sacrificateur, comme il le fait aux USA avec juifs et musulmans : travailler sur la qualité des couteaux, mais aussi sur les systèmes permettant de tranquilliser les animaux. Et de conclure en précisant que l’abattage rituel n’est pas plus cruel que l’abattage non rituel. Selon J. Regensten, nous constatons peut-être qu’il fait moins souffrir l’animal, car il permet la sécrétion d’endorphines, d’opiacés naturels, qui font que l’animal meurt dans une sorte d’anesthésie naturelle.

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Vos réactions (7 commentaires)

  1. patrick    

    Salam alékoum
    Baraka Allouh fik pour le compte rendu.

    Pour les internautes qui souhaitent approfondir la question, un autre compte rendu de la journée AVS est disponible ici :
    http://asidcom.over-blog.com/article-18494073.html

    Des données scientifiques sur l’abattage rituel sont accessible ici
    http://asidcom.over-blog.com/pages/Documentation-397125.html

    wa salam

    1
  2. Al-Kanz    

    as-salâmu ‘alaykum

    Wafîk bâraka-Llah Patrick

    2
  3. frédéric freund    

    Pour être totalement objectif, merci de préciser que le Pr REGENSTEIN est favorable à un étourdissement post jugulation si dans les 30 secondes suivant cette jugulation, l’animal est encore conscient.
    Cela concerne bien évidemment les bovins où, en raison d’une mauvaise jugulation, l’agonie peut durer plusieurs minutes.
    Dès lors la question de l’étourdissement après égorgement mérite d’être posée. Et dans ce cas, sachant qu’il y a souffrance après l’égorgement, pourquoi attendre 30 secondes ?

    3
  4. Al-Kanz    

    Merci pour cette précision. Vous notez bien qu’il s’agit d’un résumé, tiré d’une prise de note, lors d’une conférence orale. Ce résumé ne peut être que partiel et donc incomplet. Les commentaires sont justement là pour compléter.

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  5. Joe Regenstein : réconcilier religieux et scientifiques pour un meilleur abattage rituel    

    […] de l’abattage rituel. Et entre les deux, Joe Regenstein, un spécialiste américain pour qui l’abattage rituel n’est pas cruel que l’abattage non rituel. Selon ce dernier, pour améliorer les conditions d’abattage des animaux, il faut au […]

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