Hajj 2008. Les premiers prospectus de promotion pour le hajj apparus pendant le mois de ramadan n’ont pas manqué de susciter stupéfaction et interrogations : comment les tarifs du hajj ont pu passer de 3 000 à 4 000 euros en seulement une année ? Amen Voyages International, agence de voyages agréée pour l’organisation du pèlerinage à La Mecque, a bien voulu répondre à cette question. Interview.

Al-Kanz : Comment peut-on expliquer que d’une année à l’autre les prix aient aussi brutalement augmenté ?

Amen Voyages International : Les prix sont cette année plus élevés pour deux raisons : la hausse des prix du carburant d’une part, la démolition de nombreux sites d’hébergement à La Mecque d’autre part. Ces démolitions étaient nécessaires, car beaucoup étaient vétustes et dangereux. Ils seront à terme remplacés par les nouveaux hôtels en construction. Mais en attendant l’offre d’unités de lits a diminué. Pas la demande. Ce qui a provoqué une hausse significative des prix. En tout cas ce phénomène n’a pas profité aux agences de voyages organisatrices qui se trouvent aujourd’hui entre une offre limitée et chère et une demande réticente.

Al-Kanz : Doit-on comprendre que cette augmentation est structurelle – et il ne faut pas s’attendre à une baisse des prix dans les années à venir – ou conjoncturelle – et dans ce cas la fin des chantiers autour de La Mecque marqueront un retour à la normale ?

Amen Voyages International : Nous aimerions que cette hausse des tarifs pour le hajj soit conjoncturelle, mais nous pensons qu’elle sera structurelle. La demande, accentuée par la question démographique, sera de plus en plus forte dans les années à venir et les quotas déjà restreints ne favoriserons pas une baisse. Il est peu probable que tarifs hôteliers baissent dans les années à venir.

Al-Kanz : Peut-on espérer que les autorités saoudiennes interviendront pour réguler le marché et inciter les hôteliers à revoir leurs prix à la baisse ?

Amen Voyages International : Les autorités saoudiennes font leur maximum pour améliorer les conditions du pèlerinage. Des milliards de riyals ont été investis dans le renouvellement des infrastructures, dans la construction de nouveaux ensembles, dans la régulation des transports et des mouvements de personnes, etc. Tout cela a coûté cher. Ces coûts vont sûrement être répercutés sur l’hébergement et le reste.

Al-Kanz : 2007 a été marquée par une prise de conscience collective et médiatique des escroqueries au hajj. Nous-mêmes avons publié l’an dernier le Guide du hajj sans souci, dont beaucoup s’inspirent aujourd’hui pour prévenir les futurs pèlerins contre les abus de certains voyagistes. Qu’en est-il sur le terrain ? L’organisation est-elle meilleure ? Quelles sont les évolutions depuis le hajj 1427 ?

Amen Voyages International : Le Guide du hajj est une bonne initiative dont nous voyons aujourd’hui les premiers fruits. Ce que nous observons sur le terrain, c’est que les pèlerins prennent plus de précautions avant de s’inscrire et s’informent sur le maximum de garanties. C’est aussi le rôle des agences de les rassurer et de leur offrir toutes les informations dont ils ont besoin. Nous avons un devoir de conseil. C’est pourquoi chez Amen Voyages International nous faisons de notre mieux pour les éclairer sur leurs droits et sur leurs obligations afin de restaurer le climat de confiance, sérieusement touché par les mésaventures et les escroqueries que certains pèlerins ont subies ces dernières années.

Assainir le marché du hajj est fondamental et nécessite la contribution de tous. Nous pensons que toutes les actions qui permettent aux futurs pèlerins de se prémunir contre les arnaques sont bonnes à prendre. Nous irons encore plus loin : chacun sait aujourd’hui que certains individus ont flairé le bon filon et, sous couvert de soutien aux pèlerins, essaient de leur vendre le maximum de contrat d’assurances. Eh bien, même dans ce cas-là, il faut faire preuve de pragmatisme. Dans l’état actuel des choses, même ce genre d’individus rend quelque part service aux pèlerins en les aidant à être vigilants. Reste ensuite aux pèlerins à faire la part des choses et à ne pas être dupes de ce que l’on cherche à leur vendre. Qu’ils prennent les conseils, souvent pertinents, que ces vendeurs d’assurances leurs donnent et qu’ils réfléchissent à l’intérêt de souscrire à une assurance superflue.

Al-Kanz : Et s’agissant des circuits parallèles ?

Amen Voyages International : Les choses changent. Les autorités françaises et saoudiennes ont pris conscience de l’ampleur du problème qu’ils prennent très au sérieux. Elles ont commencé à le traiter avec plus de fermeté et plus de contrôles.

Al-Kanz : Amen Voyages International vient d’être condamnée suite à un procès intenté par un couple n’ayant pu partir au hajj, en 2006, dans les délais que vous leur aviez indiqués. Qu’est-ce qui vous a été reproché précisément ?

Amen Voyages International : Une agence de voyage a une obligation de résultat comme la majorité des prestataires de services. Et non de moyens. Cela signifie que lorsque nous signons un contrat nous sommes obligés d’offrir la prestation achetée par le client. Or dans le cas de ce couple les retards de visas ne nous ont pas permis de respecter les délais. Ce couple nous a choisi pour partir au hajj. Le mari devait partir le 6 décembre 2006, sa femme et son fils le 21 décembre. Suite à une forte demande de visas, le consulat qui a fait de son mieux n’a pu nous délivrer le visa du père à temps, puisque nous ne l’avons reçu que le 11 décembre. Nous avons alors proposé à notre client de décaler son départ, sa femme et son fils partant que dix jours plus tard. Il a refusé et a tout simplement annulé leur voyage. Amen Voyage International a restitué l’intégralité des versements et a fait annuler les visas. Cette procédure d’annulation est une règle imposée par les autorités saoudiennes qui doivent contrôler les entrées et sorties effectives. Nous ne choisissons pas nous-mêmes d’annuler un visa.

Obligation de résultats, obligation de moyens

Nous avons demandé à une juriste de consulter le compte rendu de la condamnation d’Amen Voyages International et de nous l’expliquer. L’agence de voyages a en effet condamnée, car elle n’a pas permis à ce père de famille de partir le 6 décembre 2006 comme elle s’y était engagé. C’est la différence entre une obligation de moyens et une obligation de résultat. Un médecin a obligation de moyens, c’est-à-dire qu’il doit tout mettre en oeuvre pour guérir son patient, mais il ne peut lui être reproché que son patient ne guérisse pas. En revanche, les prestataires de services sont en général contraints d’offrir le service acheté par le client. Dans ce cas-là, il faut atteindre le but, sinon il y a faute, même si le prestataire n’est pas directement fautif. A lui ensuite de se retourner, s’il le souhaite, contre ceux qui sont la cause de la faute.

Téléchargerz le Guide du hajj sans souci (format PDF) en cliquant sur le lien suivant : Guide du hajj sans souci ou sur l’image :

guide du hajj 2008 sans souci

EDIT lundi 3 novembre : suite à des commentaires qui mettent en cause l’agence de voyage Amen Voyages International, nous avons reçu les documents attestant de l’accréditation de son gérant. L’agence a obtenu cette année 3 000 visas. Les voici. Cliquez sur les images pour les agrandir.

guide du hajj 2008 sans souci

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