Par Najet Mehenni, juriste

Le 1er juillet 2008 a marqué le début de la présidence de l’Union européenne à la France pour six mois. Si l’Union européenne nous paraît parfois si lointaine, les décisions prises à Bruxelles peuvent avoir des conséquences sur notre vie quotidienne. Le travail des parlementaires français et de leurs homologues européens consistent en effet bien souvent à retranscrire des directives décidées au niveau communautaire. Parmi ces mesures, bon nombre visent à promouvoir l’année 2008 « année de la diversité et contre les discriminations ».

Ne plus exclure les minorités

Une mesure appelle particulièrement notre attention et doit servir à mettre fin à des décennies de mise à l’écart des populations d’origine étrangère dans les pays de l’UE. Cette mesure est la Directive 2000/78/CE portant création d’un cadre général en faveur de l’égalité de traitement en matière d’emploi et de travail. Elle énonce un principe fondamental : la discrimination fondée sur la religion ou les convictions, un handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle peut compromettre la réalisation des objectifs du traité CE, notamment un niveau d’emploi et de protection sociale élevé, le relèvement du niveau et de la qualité de la vie, la cohésion économique et sociale, la solidarité et la libre circulation des personnes.

Libérer les énergies et l’initiative

Ainsi donc, empêcher une personne d’accéder à un emploi pour des motifs confessionnels et religieux, serait contraire aux objectifs de l’UE. Il n’ y a pas là une simple affirmation, il faut y voir une injonction de ne pas aller à l’encontre de la construction économique qu’essaient de réaliser les différentes instances que sont le Parlement européen, la Commission, le Conseil de l’Europe et les instances judiciaires. Il ne faut pas y voir une mesure humaniste, doublée d’un sentiment de culpabilité vis-à-vis des minorités, mais au contraire il faut y voir là la volonté de libérer les énergies, désengager l’Etat, permettre à chacun de subvenir à ses besoins seul et sans aide publique, afin que les échanges se libéralisent de plus en plus.

Quelle répercussion sur notre vie quotidienne ?

Il faut tout simplement se rendre compte que la France, pour ce qui nous concerne, se doit de mettre en œuvre tous les moyens pour faire accéder ses populations aux emplois, et doit viser le plein emploi. Elle doit mettre en place des sanctions effectives contre les employeurs publics et privés qui procèderaient à des discriminations à l’embauche, maintenant un niveau de chômage élevé alors que des emplois ne sont pas pourvus et pourraient l’être si seule la compétence était prise en compte. Elle doit sensibiliser les DRH face à ce gâchis économique, et accompagner le changement de mentalités. L’avenir nous dira si la Présidence française de l’Union Européenne verra s’accélérer le mouvement d’ouverture du marché de l’emploi aux musulmans de France, actuellement les plus touchés par le chômage.