Seul, je l’ai ete depuis le premier instant ou j’ai ete capable d’en prendre conscience. Seul dans cet avion qui m’enmenait en Egypte, un badge portant mon nom autour du cou et un cahier de coloriage a la main. Seul sur un banc dans la cour de recre jusque tres tard le soir pendant que mes parents se disputaient ma garde au tribunal. Seul, au fond de la classe, comme en quarantaine, exclu des “bons enfants de Dieu” dans les ecoles catholiques ou j’ai fait une partie de mes etudes. Seul, meme au milieu d’une foule, comme etranger a ce monde dans lequel j’ai grandi. Changements d’ecole, changements de pays, de maison ou de vie. Ca laisse vite une empreinte indelebile dans l’imaginaire d’un enfant, de se dire que le milieu dans lequel il vit n’existera que pour un temps. Ce pincement a l’estomac qui surgit en nous les premiers jours d’ecole, quand les parents s’en vont et qu’on fait face a l’inconnu, je l’ai ressenti chaque jour de ma vie. Les enfants seuls se reconnaissent entre eux, ils ont cette lueur triste dans le regard et ce coeur sans fond que Dieu leur a fait. Peu le remarquent mais eux le savent. Lui faisait des tours de velo autour du Lac d’Annecy pour echapper au regard dur des autres enfants. Elle avait construit un monde imaginaire pour s’evader de son HLM a Noisy le Grand. Quant a moi, je preparais la guerre contre ce monde qui ne m’aimait pas. Contre les garcons populaires que tout le monde appreciait. Contre les professeurs qui me mettaient a l’ecart. Contre la France qui ne voulait pas de moi, tant et si bien qu’a la fin, moi non plus je ne voulais plus d’elle. Je considere depuis ma carte d’identite francaise comme une carte orange, qui facilite mon passage aux frontieres et reduit les delais d’attente a l’aeroport.

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