Alors que la proposition de rendre obligatoire l’étourdissement lors de l’abattage rituel n’a pas été retenue par la Commission européenne comme le craignaient juifs et musulmans – voir notre article à venir -, la question de l’étiquetage des viandes se pose toujours. Nous rediffusons à cet effet cet article paru le 9 avril 2008.


viande halal

Aussi surprenant que cela puisse paraître, de plus en plus d’industriels choisissent le tout-halal (réel ou prétendu). Ils ne se contentent pas d’investir le marché de la viande halal. Ce n’est pas 10, 20 ou encore 30 % de leur production qui est consacrée au halal, mais parfois bien 100 %. Vendre halal ou y prétendre est ainsi, au fil des ans, devenu un modèle économique. Ce qui ne va pas sans poser de problèmes, puisque des voix s’élèvent contre un défaut de transparence qui lèserait selon elles les consommateurs. En Grande-Bretagne, le ministre de l’Agriculture, Lord Rooker, a pris clairement position pour un étiquetage des viandes halal et casher.

Un positionnement ambigu

Nous l’avons déjà dit : nous ne voyons aucun inconvénient à ce que les viandes issues de l’abattage halal ou casher destinées aux non-musulmans et aux non-juifs aient une signalétique suffisante pour que chaque consommateur achète en conséquence. C’est là une des revendications d’organisations de protection des animaux. L’OABA, à cet égard, n’hésite pas à crier au scandale. Dans sa lettre de janvier 2007, elle note qu’il est « inacceptable, au regard des textes assurant la liberté de conscience et de religion, que le respect des pratiques rituelles religieuses concernant 7 % de la population nationale (6 % de la population française serait de tradition musulmane et le judaïsme concernerait 1 % de ladite population selon les chiffres cités, en septembre 2006, par le rapport de la Commission de réflexion juridique sur les relations des cultes avec les pouvoirs publics) ait des répercussions sur la consommation de l’ensemble de nos concitoyens. » Liberté de conscience et de religion sont ainsi invoquées pour dénoncer une pratique qui se répand de plus en plus. Qu’est-ce à dire ?

Souffrance animale ou viande de bigots ?

Le problème de l’abattage rituel serait lié à la souffrance inacceptable – qui du reste n’a toujours pas été prouvée – de l’animal ou à la violation des libertés de conscience et de religion ? Il est là une confusion des genres qui ne joue pas en faveur des opposants à l’abattage rituel. Que la question de l’étiquetage soit posée va de soi. Qu’on en fasse un argument de poids pour imposer sa conception du bien-être animal et, au fond, pour interdire l’abattage rituel tel qu’il est pratiqué aujourd’hui ne participe pas d’une démarche constructive. On ne peut pas raisonnablement se poser en défenseur de l’animal, dire que c’est l’abattage sans étourdissement pre mortem qui pose problème et communiquer sur la religiosité, si l’on peut dire, de la viande. Au fond, qu’un animal soit sacrifié au nom d’Allah, au nom de Yahvé ou autre doit être secondaire pour qui défend le bien-être animal. Sauf si l’on fait feu de tout bois et que l’on recherche des alliés objectifs, comme peuvent l’être, en la matière, les anticléricaux de tout bord : le problème n’est alors plus l’absence de signalétique sur la barquette de viande dans les rayons de Carrefour, mais le fait que ce soit de la viande de musulman ou de la viande de juif. Ce glissement de la lutte contre la souffrance animale à la démagogie anticléricale nous paraît non seulement contre-productif mais encore dangereux.

Et vous qu’en pensez-vous ?

Pour en savoir plus sur la position du ministre britannique de l’Agriculture, lire l’article suivant :
Halal and kosher meat should not be slipped in to food chain, says minister