Rappel préalable. L’abattage des animaux ne peut se faire sans étourdissement préalable, sauf dans le cas de l’abattage rituel où il est permis d’abattre les bêtes sans les étourdir préalablement. La loi stipule en effet que « l’étourdissement des animaux est obligatoire avant l’abattage ou la mise à mort, à l’exception des cas suivants :

a) Abattage rituel ;
b) Mise à mort du gibier d’élevage lorsque le procédé utilisé, qui doit être préalablement autorisé, entraîne la mort immédiate ;
c) Mise à mort d’extrême urgence. »
Article 8 du décret du 1er octobre 1997.

Qu’est-ce à dire concrètement ? Dans l’abattage traditionnel (entendre par là « non religieux »), une bête est endormie, plus exactement étourdie, avant d’être tuée. L’objectif serait de lui éviter toute souffrance inutile et d’assurer ainsi son bien-être jusqu’au dernier souffle. A contrario, dans l’abattage rituel, juif et musulman, mais aussi chrétien dans des pays comme la Roumanie, l’animal est conscient quand il est abattu. C’est précisément le décret cité plus haut qui permet d’abattre en toute légalité un animal conscient à condition qu’il s’agisse d’abattage religieux.

Qu’en pensent les Français ? Lundi 14 décembre, la fondation Brigitte-Bardot a publié les résultats d’un sondage commandé à l’IFOP. Selon cette étude, 72 % des Français désapprouveraient la dérogation citée plus haut, celle qui permet l’abattage sans étourdissement préalable. Nous apprenons par ailleurs que 43 % des Français ne sont pas disposés à consommer de la viande issue d’un animal abattu sans étourdissement préalable et qu’ils sont 59 % à être opposés aux abattages rituels d’animaux pour les fêtes religieuses, car ils jugent « inutile de faire souffrir des animaux ».

Que penser de ce sondage ? Premier élément : l’enquête a été menée du 8 au 10 décembre, dans un climat délétère où les amalgames vont bon train, et quelques jours à peine après la fête de l’Aïd al-Adha. Second élément : l’abattage rituel concerne autant les musulmans que les juifs, même si la fondation Brigitte-Bardot se garde bien de viser explicitement la shehita (abattage rituel juif). Troisième élément : il n’existe pas d’études scientifiques définitives qui attesteraient que l’abattage rituel soit plus cruel que l’abattage non rituel. Il y a deux écoles qui s’opposent sur ce point : l’une affirme que l’abattage rituel ne doit plus avoir cours, l’autre défend l’idée selon laquelle l’abattage rituel est préférable à l’abattage conventionnel. Joe Regenstein, spécialiste américain du casher et du halal, va jusqu’à affirmer que non seulement que « l’abattage rituel n’est pas plus cruel que l’abattage non rituel »), mais que « l’abattage rituel ferait moins souffrir l’animal, car il permet la sécrétion d’endorphines, d’opiacés naturels, qui font que l’animal meurt dans une sorte d’anesthésie naturelle » (Table ronde autour de l’abattage rituel, mardi 1er avril 2008, Paris).

Quel avenir pour l’abattage rituel ? Malgré les coups de butoir contre l’abattage rituel et le lobbying assumé des associations telles la fondation Brigitte-Bardot ou l’OABA, la dérogation autorisant l’abattage des animaux sans étourdissement préalable ne devrait pas être remise en cause de sitôt. Le 13 mai 2008, Mme Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur et des Cultes déclarait, en plein Grenelle de l’animal, lors de la conférence des rabbins européens : « L’Etat doit protéger les traditions cultuelles : je pense à l’abattage rituel que rien ne doit pouvoir remettre en question, même au nom de droits reconnus à la protection animale ». Début 2009, alors que l’Europe s’apprêtait à statuer une nouvelle fois sur cette question « des représentants communautaires [juifs, ndlr] se sont lancés dans un lobbying actif pour contrer les campagnes des défenseurs des animaux » (source Chiourim.org). Comme le rappelait en 2008 le rabbin Fiszon, si l’on devait imposer l’abattage non rituel en France « les juifs ne consommeraient plus de viande, et ce serait une véritable catastrophe. On se trouverait dans une situation comparable à celle de la Suisse, dont les motivations de l’interdiction de l’abattage rituel en 1894 étaient plutôt destinées à limiter l’entrée des juifs sur le territoire helvétique qu’à limiter la souffrance animale. » Plus puissant encore, le lobby agro-alimentaire qui a pesé de tout son poids lors du Grenelle de l’animal contre l’interdiction de l’abattage rituel verrait d’un très mauvais œil que l’on scie la branche sur laquelle il repose (et s’enrichit).

Cela étant, au-delà de cette question épineuse sur laquelle anti et pro-abattage rituel ne réussiront pas à se mettre d’accord, dans le contexte d’hyper-industrialisation actuel, les religieux, juifs et musulmans, et les défenseurs de la cause animale sont des alliés objectifs. Tous sont contre la maltraitance animale, les uns par conviction religieuse, les autres par empathie. De fait faudrait-il qu’ils dépassent cette divergence, certes profonde, pour travailler conjointement à un meilleur traitement de l’animal face à des industriels peu soucieux du bien-être animal.