Quand c’est halal, c’est discriminatoire

Souvenez-vous. En 2002, le Franprix halal d’Evry, c’était discriminatoire. Manuel Valls, ambitieux du PS et accessoirement maire de cette ville de l’Essonne, en avait fait une histoire personnelle : il fallait coûte que coûte faire regretter aux frères Djaiziri d’avoir choisi la voie du business sans porc et sans alcool. La surmédiatisation de l’affaire, ainsi que le harcèlement des services administratifs – rappelez-vous ce reportage TV où les gérants montraient à la caméra les produits mis à la poubelle par les services sanitaires pour cause de date de péremption dépassée, ce qui n’était absolument pas le cas -, avaient eu raison de l’initiative des frères Djaiziri. Ni la loi ni même le bon sens, sauf quand il est français, ne remettaient pourtant en question le choix de ces entrepreneurs.

Au diable le libéralisme économique

Aujourd’hui, c’est au tour de René Vandierendonck, maire PS de Roubaix, de juger discriminatoire le choix stratégique de Quick. L’édile s’est même empressé de saisir la Halde, de prendre un avocat et de convoquer le directeur régional de France Quick (sic). En France, lorsqu’il s’agit des musulmans les libertés ne peuvent s’appliquer simplement. Une enseigne comme Quick n’a pas la liberté d’entreprendre comme elle l’entend ni celle de répondre à une demande bien spécifique dès lors que la clientèle visée n’est autre que celle des consommateurs musulmans. Même les responsables de droite, à l’instar de Luc Chatel ce matin sur RTL, en sont à renier leur credo : le business de niche est un communautarisme.

En réalité, là encore, ce n’est pas tant que Quick dédie 8 restaurants, seulement 8 sur 350 au total, qui pose problème. C’est encore et toujours l’islam. Aurait-on eu droit à toutes ces saillies médiatiques si au lieu du halal Quick avait choisi un autre positionnement, une autre niche, celle du bio ? un Quick thématique avec exclusivement des menus mexicains ou chinois aurait-il eu une telle résonance médiatique. Non assurément, non.

Franprix casher, KFC tout « halal »

La frustration des habitués du Quick incriminé, qui ne peuvent plus manger de bacon, est réelle et légitime. Ce qui n’est pas le cas des réactions démagogiques, et pour certaines stupides, des politiques. Et si vraiment c’est le communautarisme qui pose problème pourquoi tolère-t-on qu’en plein Paris, au 240 boulevard Voltaire, dans le 11e arrondissement, on puisse trouver un Franprix entièrement casher ? Qu’attendent les zélotes républicains pour convoquer le directeur régional de Franprix et lui rappeler que la République ne tolère pas le les libertés religieuse et d’entreprendre communautarisme. Et plus généralement quid de ces 50 % d’abattoirs qui font dans le halal ou de ces entreprises, bien françaises, qui vendent en catimini des produits carnés halal à l’insu des consommateurs ? Sans parler de la chaîne KFC qui depuis des années prétend vendre du poulet halal dans tous ses restaurants. C’est même écrit sur leur site :

Quick halal : discrimination ou positionnement ?
Capture d’écran du site KFC.fr

Cohérent, le maire de Roubaix va certainement s’insurger contre KFC dès qu’il prendra connaissance de cette réalité. Pire, il devrait piquer une colère noire lorsqu’il apprendra que KFC affirme clairement vendre du poulet halal, alors que ce poulet n’est pas halal.

Crédit photo Une : Flickr – Dustpuppy