Lors du rassemblement des musulmans de France (RAMF), organisé comme chaque année au Bourget, Mohamed Moussaoui, le président du CFCM, a déclaré ce qui suit :

En parallèle à ces batailles, le CFCM déploie également toute son énergie pour mettre en place une norme halal afin de régler le problème de certification, et responsabiliser ainsi les acteurs du marché halal et rassurer le consommateur.

Une absence dommageable

Si bataille il y a, le CFCM ne s’est jamais vraiment distingué par ses actes de bravoure. Pire, si effectivement, comme l’affirme Mohamed Moussaoui, « le CFCM déploie également toute son énergie » pour réguler et assainir le marché du halal, les margoulins ont de beaux jours devant eux. Tout au moins n’ont-ils pas à craindre les foudres de cette instance fantôme. Comment pourraient-ils s’effrayer de quelque action du CFCM quand celui travaille à rester silencieux ? Ce ne sont pourtant pas les occasions qui manquent.
Nul au CFCM n’ignore ce qui se passe depuis des années sur le marché du halal, véritable cour des Miracles, où fourmillent pêle-mêle cols-blancs travaillant pour le compte d’entreprises aux desseins bassement mercantiles, certificateurs véreux et bouchers peu regardant sur l’origine de leur marchandise. Malgré tout, le CFCM laisse faire. Quelques tentatives d’assainissement du marché ont bien existé, mais elles ont été le fait d’individus qui ne pouvaient porter à eux seuls cet immense chantier. Le dossier, même si épineux, est moins complexe qu’on veut bien le laisser croire, et, surtout, n’interdit en rien d’adopter des positions fermes et claires.

KFC-Doux : le silence insupportable du CFCM

Prenons l’exemple tout frais de l’affaire KFC-Doux et de leurs poulets non halal. Si le CFCM déploie toute son énergie pour réguler le marché du halal, pourquoi M. Moussaoui reste silencieux depuis des mois sur l’affaire du KFC ? Cela fait des années que les musulmans soupçonnent KFC de présenter aux clients qui le demandent des certificats halal de complaisance, à savoir ceux de l’AFCAI. Silence du CFCM, qui ne cherche pas à en savoir plus. En octobre dernier, M6 censure un reportage dénonçant les poulets non halal de Doux et de KFC. L’affaire fait grand bruit dans la communauté musulmane. Silence du CFCM, qui accepte cette humiliation publique des musulmans de France et de la loi, qu’il évoque pourtant si volontairement lorsqu’il s’agit de tancer les partisanes du voile intégral. Jeudi dernier, le site Telerama.fr diffuse ledit reportage. On y apprend très clairement que les poulets de Doux ne sont pas halal et que les clients musulmans de KFC sont clairement les dindons de la farce. Silence du CFCM qui a pourtant ici une formidable occasion d’être ce qu’il n’a jamais vraiment été d’enfin devenir le porte-parole des musulmans de France. Silence du CFCM mais discours lénifiant, deux jours plus tard au Bourget, de Mohamed Moussaoui qui semblait plus en service commandé qu’au service des musulmans.

Redorer son blason

Loin des effets de manche, le CFCM a là la formidable occasion de redorer son blason et de prouver qu’il n’est pas cette coquille vide, juste bonne à faire la leçon aux musulmans et à servir de tampon entre des autorités soucieuses de contrôler l’islam et des musulmans qui ne demandent qu’à ce qu’on leur fiche la paix. Mohamed Moussaoui saura-t-il faire preuve de cette dignité qui fait tant défaut au CFCM ? Aura-t-il le courage des hommes libres ? Condamnera-t-il les Doux et KFC ou leur offrira-t-il par son silence d’abord l’absolution ensuite un blanc-seing, celui qui vaudra pour tous ces acteurs de industrie agro-alimentaire qui aujourd’hui plus qu’hier trempent aussi honteusement qu’allègrement dans le marigot du marché du halal ?