On le sait, la viande halal à l’école suscite nombre de crispations, chez ses détracteurs comme chez ses partisans. Les premiers agitent le chiffon rouge de l’islamisation de la société (sic) et/ou de l’atteinte à la laïcité (re-sic). Les seconds s’indignent que l’on refuse d’offrir à leurs enfants des menus halal.

Du halal très officiel dans les cantines de Strasbourg

Fin 2009, la ville de Strasbourg (Alsace) a choisi de renouveler le contrat qui la liait avec L’Alsacienne de Restauration (groupe Elior). Selon le site du groupe, c’est « grâce à son engagement en matière de développement durable, notamment sur sa politique de réduction de ses gaz à effet de serre » que cette société a remporté le renouvellement de son contrat avec la ville ; ce que confirme Nicole Dreyer, adjointe au maire chargée notamment de la restauration scolaire. Selon Mme Dreyer, c’est « parce qu’elle s’était engagée à répondre [au] cahier des charges qui était d’introduire de l’alimentation Bio et Bio + » et « de s’engager dans une démarche de réduction du coût carbone ». Et l’adjointe au maire d’ajouter que la ville de Strasbourg a choisi L’Alsacienne de Restauration afin de « substituer certains plats de viande », objectif qui semble être atteint puisque les cantines scolaires de Strasbourg offrent désormais des menus végétariens et halal.

On apprend d’ailleurs sur le site de la ville que :

Les repas standards représentent 83 % des repas servis,
Les repas halal : 15 %,
Les repas végétarien : 2 %

Source : Strasbourg.eu

C’est ainsi qu’à l’école Schoepflin les enfants pourront manger lundi 14 juin, des cordons bleu de volaille halal, mardi un émincé de bœuf halal du midi et le jeudi des merguez halal (menu du 14 au 20 juin 2010, voir cet autre menu au collège Hohberg). Strasbourg démontre que le halal à la cantine, au même titre que le végétarien, est possible. Pourtant le halal dans les cantines, en France, ne va toujours pas de soi.

« Je t’aime moi non plus »

Comme nous l’écrivions en 2008, mettre son enfant à la cantine n’est pas obligatoire. Si demander qu’on serve de la viande halal aux écoliers musulmans ne constitue pas (encore) un outrage et encore moins un délit, accéder à une telle requête ne relève pas de l’obligation, mais de la faveur. Or, cette faveur, d’aucuns aimeraient pouvoir l’accorder, pour une raison simple : offrir de la viande halal aux repas permettrait d’alléger l’ardoise, souvent salée.

Un professionnel de la viande, et parent d’élève favorable aux menus halal à l’école, nous disait récemment le désarroi de certains directeurs d’école et surtout de responsables locaux qui verraient d’un bon œil les cantines qu’ils gèrent se remplir. Or, ajoutait ce professionnel, dans certains établissements, c’est près des trois quarts des élèves qui pourraient choisir de manger à la cantine, mais qui ne peuvent le pas, sauf à déclencher les foudres des anti-halal. Soit un poste de dépense que l’on pourrait aisément supporter, mais que l’on laisse en souffrance pour éviter de subir les foudres d’un militantisme forcené. Sans toutes ses pressions laïcistes, les cantines iraient mieux, les écoles iraient mieux, les enfants iraient mieux.

Crédit photo : Flickr – Atomic Jeep