En novembre 2007, Stéphane Guerin, blogueur québécois, écrivait un billet peu amène sur ACN (Faire de l’argent avec ACN ? Non merci). Quelques mois plus tard, en mai 2008, Stéphane récidivait : l’article de novembre 2007 était placé 2e sur le moteur de recherche de Google. Une belle épine dans le pied d’ACN, comme l’écrit alors le blogueur. Et pour cause : tous ceux qui cherchaient des informations sur cette étrange société tombaient immédiatement sur le billet de Stéphane Guerin. Sans le savoir, ce dernier avait fait très mal à ACN, si mal que trois ans et demi après le billet est encore commenté : 3 350 commentaires, dont le dernier date du… 27 mai, soit aujourd’hui. A l’époque, cette histoire nous avait amusé.

Deux ans plus tard, inauguration du syndicat des patrons musulmans, la synergie des professionnels musulmans de France, à l’espace Wilson, à Saint-Denis, dans le 93. La soirée débutait à 19 h, dans la salle du rez-de-chaussée. Une demie heure avant, alors que les membres de la SPMF s’affairaient à vérifier que tout était au point, des jeunes gens en costume cravate prennent langue avec certains responsables du SPMF : ils sont embêtés, car ils ont réservé la salle du haut et attendent plusieurs centaines de personnes. Or, il n’y avait pas assez de chaises pour tout le monde. Embêtés et même passablement échaudés : on leur aurait indiqué qu’ils seraient ce soir là seuls maîtres des lieux. Deuxième problème : les centaines de personnes attendues ne savaient pas très précisément pourquoi elles venaient (dixit le responsable). L’inauguration du syndicat tombait mal : comment allaient-elle faire pour ne pas se tromper de salle ? A l’étage, les organisateurs de cette réunion bien étrange se préparaient. Détail cocasse (ou pas) : l’une des responsables arrivée sans hijab sortit de son sac un voile pour s’en recouvrir la tête. Séduire l’auditoire passe aussi par-là. Chez ACN, on fait attention au moindre détail.

19 h. Le hall est plein. Beaucoup de jeunes gens typés : des Arabes, des Noirs, la vingtaine, très fashion pour certaines, quelques femmes en hijab. Pendant de longues minutes, ils attendent impatiemment que débute la soirée, même s’ils ne savent pas encore précisément de quoi il va s’agir. Recrutés « par un pote » qui leur a promis monts et merveilles, ces personnes, venues « pour voir », espèrent enfin trouver le moyen de gagner de l’argent. Un responsable religieux de la région parisienne, très régulièrement sollicité à propos d’ACN, résume la situation de façon lapidaire : « Ce sont tous les ratés de notre communauté qui vont chez ACN. » La formule est violente, dérangeante, mais bien moins que le spectacle désolant de ces jeunes gens dans la force de l’âge, certes en proie à des difficultés, avides d’argent facile et qui croient dur comme fer qu’ACN est le Graal.

Voilà des mois que ledit responsable religieux appelle à la prudence et invite ceux qui l’interpellent au sujet d’ACN de s’en tenir éloigné. Certains, prudents, l’écoutent. D’autres, séduits par le vernis marketing des discours d’ACN, plongent tête baissée. Aujourd’hui, le site Capital.fr consacre une enquête à cette « multinationale aux étranges méthodes de recrutement ». L’article est fourni et le propos très clair. Mieux, Capital a sollicité un avocat spécialisé en droit du travail. Ce dernier lève le lièvre : « l’ennui, c’est que l’immense majorité des représentants d’ACN, si j’en crois l’étude de gains menée par la DGCCRF en 2007, n’empochera finalement presque rien. Voilà le résultat : des milliers d’adhérents déçus et une belle cagnotte pour ACN. » L’association Que Choisir, qui a mis en place une cellule pour recueillir des témoignages, est toute aussi claire : « Derrière ses promesses d’économies et d’innovation, l’opérateur de téléphonie ACN cache un système de distribution à la limite de la légalité. »

On l’a constaté avec l’affaire KFC et ses poulets non halal : il faut attendre que ce soit un média qui s’empare d’un problème pour qu’il soit véritablement pris au sérieux et que chacun prenne ses responsabilités. Tant que ce sont des particuliers, un petit site Internet ou deux rasés, trois tondus qui mettent en garde, ça ne fonctionne pas. C’est malheureux, c’est consternant, mais c’est surtout triste pour tous ceux qui entre temps subissent telle ou telle situation. Espérons que cette enquête de Capital fera des petits et que tous ces jeunes désœuvrés des cités se rendent compte que l’argent facile, ça n’existe pas et que de toute façon l’argent n’est véritablement savoureux que lorsqu’il provient d’un véritable travail.

Pour lire l’enquête de Capital, cliquez sur le lien suivant : ACN, une multinationale aux étranges méthodes de recrutement

Crédit photo Une : Flickr – sybarite48