Zakia halal
Zakia « Halal » – Les émeutes de la faim, version beur chic bon genre

Juillet 1998, la France remporte la Coupe de monde de football. L’équipe black-blanc-beur est portée aux nues. La France, guérie de ces maux, se regarde enfin en face et admet qu’elle a changé. Pendant des mois, commentateurs sportifs, journalistes, politiques, et spécialistes en tout genre – nous pensons notamment à un papier consternant de l’historien Michel Wieviorka dans la revue L’Histoire -, nous ont vendu une France apaisée, soudainement fraternelle, une France qui, par la magie du football, a réussi à gommer tous les problèmes qui la minait. Dix ans plus tard, en juillet 2009, Ferico, filiale de Panzani, poids lourd de l’industrie agro-alimentaire, décide de communiquer sur TF1 pour vanter les mérites de sa gamme réputée halal, Zakia. Là, encore, mais dans une moindre mesure, des spécialistes, des journalistes et autres se sont ébahis : avec le spot de publicité pour les produits Zakia, les consommateurs musulmans pouvaient désormais prétendre au même statut que la ménagère de cinquante ans.

Du business, rien que du business

Disons-le tout de suite : Si Ferico a été la première société à lancer une campagne de publicité pour un produit halal à la télévision française, l’objectif n’était ni philanthropique ni islamophile, mais mercantile. Si le spot de pub pour Zakia « Halal » a été diffusé à une heure de grande écoute sur TF1, et avant sur M6, ça n’a jamais été pour faire avancer une quelconque cause, comme on a pu l’entendre ça et là. Cela a tout au plus décrispé la concurrence, qui depuis fourbit ses armes et se prépare à faire de même (outre un nouveau spot dans les prochains jours pour la gamme Zakia « Halal », deux autres marques réputées devraient avoir leur publicité en télévision avant le mois de ramadan). Si la publicité Zakia marque une évolution de la société française, il faudrait modérer l’enthousiasme un certain discours angélique qui veut nous laisser croire que Ferico a fait avancer les mentalités.

La seule lecture qui tienne est commerciale : en frappant la première, Ferico donnait le la, et, surtout, s’offrait une couverture médiatique très appréciable. Il n’est pas un article aujourd’hui qui traite de la visibilité des produits halal, sans qu’il ne soit fait peu ou prou référence à la publicité Zakia « Halal » de juillet 2009. Ferico n’a pas non plus fait montre de courage. Le pari semblait a priori osé ; en apparence seulement. Le jeu en valait véritablement la chandelle. Frapper le premier, c’est certes essuyer les plâtres, mais c’est surtout rafler la mise avant les concurrents restés timidement en retrait. Le coup – et surtout le coût – était d’ailleurs bien calculé : dans un contexte où le halal se banalise et où il n’est plus tant risqué de montrer son intérêt pour les consommateurs musulmans, les retombées médiatiques en terme d’image et de notoriété, et donc en terme de prévision de ventes, plaidaient en faveur d’une telle initiative. Ferico n’aurait jamais communiqué sur une chaîne de télévision si les perspectives commerciales n’étaient pas importantes. Le pari a pu paraître fou, mais bien moins que le jackpot qui l’a motivé.

Zakia « Halal », « pas pour les premiers rangs de la mosquée »

Je n’ai jamais vu personne prendre autant de produit en même temps ! Ils nous prennent pour des sauvages ou quoi
Source : Bladi.net

Après la diffusion du clip publicitaire, les réactions ont été vives ou compatissantes. Les uns reprochèrent à Ferico une certaine forme de mépris, les autres se dirent que « pour un première, c’est déjà ça ». Et puis, il y a eu cette troisième catégorie de personnes qui considèrent qu’il faut se réjouir, parce qu’une marque a bien voulu « se mouiller » et faire la promotion de produits en direction des consommateurs musulmans. La bonne blague ! Voir une flopée de petits beurs, à l’air crétin, se précipiter sur des rayons uniquement composés de produits Zakia « Halal » et applaudir bêtement, non merci. La publicité Zakia « Halal » n’était pas simplement « has been », « ringarde », « désuète » ou « tragique », pour reprendre certains propos de journalistes, elle était aussi insultante. Cette publicité, c’était les émeutes de la faim, version beur chic bon genre. Même ceux qui consomment les produits certifiés par la mosquée de Paris – dont nous ne sommes pas – n’ont guère dû se reconnaître dans ce spectacle déplorable. Mais en aurait-il pu être autrement ? Pas sûr. Car chez Ferico, on « ne vise pas les premiers rangs de la mosquée » (dixit) et comme il apparaît dans l’article de Chloé Leprince, publié sur Rue89.com, « il reste du chemin jusqu’à la cible des six millions de musulmans en France ». Tout n’est pourtant pas perdu. Il suffit à Ferico de se départir de ces représentations erronées et dépassées sur lesquelles cette société s’est appuyée pour réaliser son clip publicitaire, et peut-être de s’entourer de véritables compétences qui connaissent vraiment les musulmans de France.