Après avoir soutenu Nestlé, dans l’affaire des Knacki prétendument halal au porc, sans même avoir procédé à ses propres vérifications, Carrefour a décidé de mettre de l’eau dans son vin, sans pour autant renoncer à louvoyer et à dissimuler aux consommateurs musulmans ses choix particulièrement discutables en matière de halal. Fin janvier, Carrefour fermait les yeux sur le rapport du laboratoire Eurofins pour affirmer, non sans une certaine arrogance, qu’il n’y a pas de porc dans les Knacki Herta halal. Dans une lettre adressée à un consommateur, le numéro 2 mondial de la grande distribution veut rassurer et précise noir sur blanc que des analyses microbiologiques sont effectuées pour s’assurer de l’absence d’ingrédients interdits, comprendre « absence de porc ».

Monsieur et cher client
Nous avons pris connaissance de vos remarques concernant nos produits.

Votre avis est essentiel pour améliorer la relation de confiance que nous souhaitons développer avec nos clients. C’est pourquoi nous vous remercions de nous avoir contactés pour nous faire part de vos attentes.

Tous les produits halal commercialisés sous la marque Carrefour sont certifiés par l’une des mosquées agréées par les pouvoirs publics (Grande Mosquée de Paris, d’Evry et de Lyon).

Par ailleurs, comme tous nos produits Carrefour, ces références font l’objet de contrôles réguliers par les services vétérinaires et par un organisme externe indépendant, chargé de réaliser des analyses physico-chimiques et microbiologiques afin de contrôler la sécurité alimentaire et, dans le cas présent, l’absence d’ingrédients interdits.

Vous remerciant de l’intérêt que vous portez à nos magasins et à nos produits, nous vous prions d’agréer, Monsieur et cher client, l’expression de nos salutations distinguées.

Service Consommateurs Carrefour France

Cette précision de Carrefour appelle deux remarques :
1- Bien que Carrefour n’a jamais cherché à établir une relation saine et respectueuse avec les consommateurs musulmans, préférant se réfugier derrière des « autorités religeuses, comme aiment à les appeler les industriels pour faire sa petite cuisine, on voit que l’affaire Herta continue de faire effet. Avant cette épisode, pas un seul service consommateur ne faisait état d’analyses biologiques pour détecter du porc.

2- Ce que ne dit pas Carrefour, c’est que l’enseigne recourt à l’assommage massif et à l’abattage mécanique : c’est une machine qui abat les animaux et non un sacrificateur musulman. Ajoutons qu’il n’y a aucun contrôleur indépendant et salarié par un organisme indépendant qui supervise chaque production. Nous sommes là dans la même configuration que Doux et ses poulets non halal ou encore de Nestlé. Or, comme le rappelait un cheikh, en octobre dernier, à propos des poulets Doux, une viande abattue dans les conditions imposées par Carrefour ne peut être halal (voir Un cheikh saoudien invite à ne pas manger les poulets Doux et donc chez KFC et Non-halal : Doux rencontre des acheteurs saoudiens)

Mais, Carrefour ne s’arrête pas là. Point tout aussi grave : Carrefour mise sur la confusion et une méconnaissance du marché du halal pour convaincre les consommateurs musulmans. Comment ? Relisons la lettre, plus particulièrement cette phrase : « Tous les produits halal commercialisés sous la marque Carrefour sont certifiés par l’une des mosquées agréées par les pouvoirs publics (Grande Mosquée de Paris, d’Evry et de Lyon). » Le premier venu comprend que la certification halal choisie par Carrefour est agréée par l’Etat (« pouvoirs publics »), par le truchement une mosquée. Or, si les mosquées de Lyon, d’Evry et de Paris sont bien agréées par les autorités françaises, ce n’est pas pour certifier halal, mais pour délivrer des cartes de sacrificateurs. Cette habilitation par l’Etat français porte uniquement sur la délivrance de ces cartes, à l’instar des préfectures habilitées à délivrer des permis de conduire, et non sur la certification à proprement parler. Comme nous avons pu l’écrire à propos de Reghalal, un sacrificateur n’est pas un contrôleur (voir Certification halal : comment Reghalal entretient la confusion). Carrefour le sait, mais mise aussi sur la confusion entre habilitation à délivrer une carte de sacrificateurs et certification.

Plus bas, Carrefour évoque un contrôle. Peu importe qu’il ne s’agisse pas des contrôles de l’organisme certificateur, l’essentiel est que la lettre fasse son effet. Certification, agrément, pouvoirs publics, contrôle, Carrefour a réussi à introduire les mots-clé qui réussiront à rassurer la bonne poire le client. L’objectif n’est évidemment pas d’« améliorer la relation de confiance que nous souhaitons développer avec nos clients », comme indiqué dans la lettre ci-dessous, mais bien de vendre ce halal qu’aucun musulman averti ne s’aventurera à consommer.

Lancement imminent de nouveaux produits Carrefour « halal »

Déterminé à conquérir des parts de marché avec sa gamme prétendument halal, Carrefour devrait lancer dès lundi de nouveaux produits aussi halal que les produits Doux, dénoncés notamment dans le reportage de Feurat Alani et Florent Chevollau sur Canal+ en octobre dernier.

Halal : Carrefour joue la carte de la confusion