Mon petit soldat,

Papa t’écrit cette lettre pour t’expliquer ce qu’il ne t’a jamais expliqué. Nous étions trop occupés, il faut le dire, en compagnie de ta sœur, à jouer, à rigoler, à nous raconter des histoires, chacun dans sa langue, mais aussi apprendre à nous connaître ou à nous reconnaître (à vos débuts) et puis à commencer à apprendre l’autorité, puisque comme papa le dit toujours, il n’y a pas d’obéissance à Dieu dans la désobéissance aux parents. Il faudrait que je t’explique aussi qui est Dieu, mais tu dois le savoir mieux que moi, vu que Ses Anges qui t’accompagnent tout le temps n’écrivent encore rien pour toi ou contre toi. Comme une feuille blanche avant que tu ne la prennes d’assaut avec tes pastels. Je t’écris avec des mots d’adultes, j’espère que tu saisiras le sens de ces mots le temps voulu, peut-être à une époque où tu liras sur une feuille magique que tu dérouleras après l’avoir sortie de ta poche.

Certaines personnes me disent parfois qu’avoir déjà deux enfants à mon âge, c’est ruiner ma jeunesse, mais je mesure l’ampleur de ma joie chaque jour que Dieu vous fait grandir. Vous êtes mon amour de jeunesse, sans le savoir.

Je te mets d’ailleurs en garde contre les adultes de cette société. Dehors tout n’est pas aussi doux et rose comme le doudou de ta petite sœur. On vous dira d’abord à la cantine qu’aujourd’hui il n’y a que de la viande au menu, une viande que bien sûr vous ne pouvez pas consommer. Tout ceci à cause de personnes qu’on appelle « nutritionnistes », qui ont dit que les protéines ne venaient que des animaux. On interdira aussi à ta sœur l’entrée à l’école et à maman les sorties d’école. Les gens n’aiment pas les habits que porte maman, ils l’insultent parfois même, jusqu’à la comparer à la sorcière, celle dont vous avez peur lorsqu’on vous laisse dans le noir, celle qui a ce gros bouton sur le nez et qui a une voix monstrueuse. Il faudra donc que je trouve une école… pour apprenties sorcières. Je sais, les adultes sont méchants avec nous, et nous font redoubler d’effort, mais c’est pour Dieu et pour vous que nous faisons tout cela. Vous me direz “Papa est souvent triste”. Je m’excuse, en toute logique, un père comme moi ne doit pas être pessimiste, mais depuis que papa a changé de religion les gens sont méfiants, voire méchants avec lui.

Je vous rassure, je n’irai pas troquer vos prénoms pour d’autres au nom de la République, vous comprendrez par vous-mêmes que maman et moi avons choisi ce qu’il y a de mieux pour vous à nos yeux : une identité islamique. Ce pays, la France, vous a vu naître, mais ne veut pas vous voir grandir comme papa et maman le veulent. C’est à ses fruits qu’on reconnaît l’arbre, j’espère un jour trouver une terre fertile où cultiver la meilleure éducation pour vous. Les gens disent que les enfants sont le reflet de leurs parents. Que le miroir de l’éducation ne soit pas alors déformant. Souviens-toi toujours de cette phrase : la valeur d’un homme se mesure au poids de sa piété.

Peu m’importe, vous êtes ce que j’ai de meilleur. Me savoir être père me procure des larmes de joie qui diluent souvent mon humeur sèche.

Article rédigé par Sébastien, chroniqueur sur FoulExpress.com et membre de l’association éponyme

Crédit photo : rblanding