Abattage rituel : le CRIF, Gros-Jean comme devant

Par Al-Kanz

Tant que les musulmans étaient les seules cibles, le CRIF préféra faire l’autruche. Après la mise en cause publique de François Fillon, son président est sorti de son silence.

On s’en souvient. En pleine polémique contre le voile, le CRIF (Conseil représentatif des institutions juifs de France) avait jugé bon de donner son son de cloche. L’ineffable Richard Prasquier, son président, reprenant les éléments de langage de l’UMP, s’était fendu de plusieurs interventions publiques, fustigeant ces musulmans qui testent la République.

Hurler avec les loups

Interviewé en février 2010 par le Parisien, Richard Prasquier jugeait bon d’apporter de l’eau au moulin des démagogues de l’époque, qui hier comme aujourd’hui avaient décidé de stigmatiser les musulmans plutôt que de s’occuper des préoccupations des Français.

« En tant que citoyen français, je crois que la burqa est incompatible avec l’ensemble des valeurs de notre société. Revêtir une burqa revient à rejeter notre contrat social. Spontanément, je serais en faveur d’une loi d’interdiction générale, malgré les problèmes juridiques que cela pose. »

S’il eût été plus heureux que M. Prasquier fasse preuve de plus de retenue, eu égard à certaines courants juifs, dont les pratiques cultuelles souffrent des mêmes remarques qu’il adresse aux musulmans (voir Frumka : la burqa juive ou plus proche de nous le courant Loubavitch), il aurait été bien plus judicieux de s’abstenir de hurler avec les loups, ce que le président du CRIF n’a pas manqué de faire. Dans une tribune toujours publiée sur le site du CRIF, Richard Prasquier apportait son soutien aux élus engagés dans leur muslim-bashing en ces termes :

« Lentement mais surement l’islamisme marque des points contre la République et contre ses principes fondateurs. »

Du Jean-François Copé dans le texte. Mais, le muslim-bashing, c’est utile, sauf quand ça éclabousse.

Du boomerang en islamophobie

Or aujourd’hui, ça éclabousse, çar cela devait inéluctablement éclabousser, comme nous l’écrivions à l’époque de la polémique sur les Quick prétendument halal.

« Cette indignation sélective est dangereuse. En jouant le jeu de l’extrême-droite et de ceux chez l’UMP qui ont choisi la voix du racolage pour s’attirer l’électorat du FN – rappelez-vous les sorties du CRIF, à qui nul n’avait pourtant rien demandé, à propos du voile –, certains individus ne font qu’attiser des démons qui ne se contenteront pas d’en finir avec les musulmans. Chaque chose en son temps. »

Si nous n’en sommes pas à une attaque en règle contre les juifs – ce qui équivaudrait, politiquement et électoralement, à un hara-kiri en bonne et due forme à qui s’y aventurerait –, à l’instar de ce que l’on observe actuellement contre les musulmans, c’est aujourd’hui la filière casher est en danger. S’attaquer au halal, c’est s’attaquer concomitamment au casher, puisque halal et casher, c’est bonnet blanc blanc.

Mais contrairement au halal, qui survivra sans difficulté à une clarification nécessaire et que nous appelons une fois encore de nos vœux, le casher en pâtira, tout comme les industriels qui entretiennent l’opacité actuelle. La viande halal vendue dans le circuit non rituel l’est pour des raisons de rentabilité économique, contrairement à toute la viande casher considérée illicite, et donc impropre à la consommation, par les rabbins sacrificateurs, soit près des deux tiers de la bête ; sans compter les carcasses entières qui ne satisfont pas à l’inspection rigoureuse des rabbins après abattage.

Prasquier, en plein désarroi

Bien mal en a pris donc au président du CRIF. Galvanisé à l’époque par une polémique alimentée quotidiennement par la droite et l’extrême droite, Richard Prasquier choisissait de conforter ceux qui considèrent que l’islamophobie est politiquement bankable. C’était sans compter les dégâts collatéraux auxquels nous assistons aujourd’hui. En cela, R. Prasquier a manqué de réserve et de vision, si bien qu’il se retrouve aujourd’hui à tirer les oreilles du Premier ministre, François Fillon, lequel pourrait, sauf à se dédire, faire une croix sur le prochain dîner du CRIF.

Voici ce que l’impertinent a osé dire lundi sur Europe 1 au micro de Jean-Pierre Elkabbach :

« Les religions devaient réfléchir au maintien de traditions qui n’ont plus grand chose à voir avec l’état aujourd’hui de la science, l’état de la technologie, les problèmes de santé »

Passons sur la déclaration niveau café du commerce pour ne retenir que la réaction de Richard Prasquier.

« Même s’il dit que c’est à titre personnel qu’il s’exprime, quand on est Premier ministre, on a une parole officielle. Nous sommes dans un pays de séparation de l’Église et de l’État. »

Mais encore.

« Nous insistons suffisamment sur la loi de 1905 pour dire qu’un Premier ministre, quand il s’exprime publiquement, même à titre personnel, n’a pas à s’immiscer dans des traditions religieuses. »

Tant que les politiques ne s’en prenaient qu’au halal Richard Prasquier n’y trouvait rien à redire. Il a fallu que le Premier ministre, non sans un certain courage, ait osé citer aussi le casher, ce qui est somme toute naturel puisqu’il est question d’abattage rituel et non spécifiquement de halal, pour que cela devienne intolérable.

Et le président du Crif d’ajouter.

« Quand on est Premier ministre de la France, une position personnelle devient ipso facto une position officielle, or le gouvernement n’a pas à donner des conseils en matière de tradition religieuse », a-t-il souligné.

Qui a suivi tant les sorties publiques de l’UMP et de ses caciques pendant, entre autres, toute la période anti-voile ne pourra réprimer un lol. Il fallait oser, Richard Prasquier a osé. Il faut dire que les autorités juives sont dans une panique sans précédent.

Une mobilisation bien tardive

Il était donc couru d’avance que la filière casher allait être rattrapée par les diatribes anti-halal de ces dernières années. Pour autant, si l’essentiel des attaques contre le halal ne sont qu’un prétexte pour s’en prendre aux musulmans, c’est par ricochet et non par antisémitisme que la communauté juive est aujourd’hui concernée, contrairement à ce que l’on peut lire ça et là ; par exemple sur le site du CRIF.

On peut en effet y lire le billet de Bruno Halioua, secrétaire général de l’association des médecins israélites de France (AMIF), qui atteint très vite le point Godwin, agitant une fois n’est pas coutume l’anathème de l’antisémitisme tout en passant à côté du problème réel : celui de l’opacité voulue et organisée autour de l’abattage rituel, qui loin de servir juifs et musulmans, donne du grain à moudre aux extrêmes et aux opportunistes de droite. Inefficace et contreproductif.

Plus raisonné et pragmatique, mais arrivant tout comme le CRIF après la bataille, le rabbin Mendel Samama prend une nouvelle fois position publiquement sur cette question, invitant la communauté juive à se mobiliser, dans un billet intitulé : « L’abattage rituel en danger ? Sarkozy dans les pas de Marine Le Pen ? ». De même le Consistoire, par la voix du rabbin et vétérinaire Bruno Fiszon, dit toute son inquiétude face à une polémique qui n’épargnera pas le casher. Ce dernier pointait déjà en 2008, à l’occasion du Grenelle de l’animal, le danger de l’étourdissement s’il devait être imposé aux juifs et aux musulmans.

« S’il [l’étourdissement] devait être imposé en France, les juifs ne consommeraient plus de viande, et ce serait une véritable catastrophe. On se trouverait dans une situation comparable à celle de la Suisse, dont les motivations de l’interdiction de l’abattage rituel en 1894 étaient plutôt destinées à limiter l’entrée des juifs sur le territoire helvétique qu’à limiter la souffrance animale.

— « Imposer l’étourdissement préalable serait une véritable catastrophe », 2008

En définitive, si le CRIF excelle dans la mise au ban de tout individu, groupe ou organisation soupçonné d’antisémitisme, les circonstances actuelles lui interdisent d’invoquer l’anathème suprême. Il n’y a en effet aucun antisémitisme ni islamophobie à vouloir que chacun sache précisément ce qu’il y a dans son assiette. Cela relève du droit le plus élémentaire du consommateur. Que ce qui a motivé des présidentiables à discuter de l’abattage rituel puisse avoir pour origine l’un et/ou l’autre n’y change rien. Tant que les musulmans étaient les seules cibles, le CRIF préféra faire l’autruche. Aujourd’hui, bien dépourvu, il ne lui reste plus qu’à tancer ceux qui comme François Fillon se permettront de discuter, à tort ou à raison, de l’intérêt de l’abattage rituel.



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Vos réactions (2 commentaires)

  1. halalovore    

    Moi ce qui me désole le plus dans toute cette histoire c’est le silence, l’inexistance du CFCM.
    A quoi servent-ils? Qui servent-ils.

    Ce ne sont que des bénis-oui oui. Prompt à inviter le ministre des cultes pour l’iftar pendant le Ramadan. Quelle mascarade.

    Maintenant que les juifs défendent leurs traditions mordicus. Le CFCM incapable de se faire entendre et d’être aussi respecté que l’ Crif va sortir du bois pour dire qu’il condamne. Ridicule.
    Et s’il ne le fait pas c’est aussi ridicule.
    Voilà ce que l’on gagne qu’on a pas d’indépendance.

    1
  2. Oum imene    

    As salamu aleykoum

    Masha Allah, tout est dit.
    Peut-être que maintenant nos représentants vont enfin réagir! trop la honte pour eux à mon avis.
    Et puis c’est connu dès qu’un sujet touche les juifs, ils crient à l’antisémitisme, c’est facile et le pire ça marche!!!!
    L’kheir incha Allah.

    2

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