Aung San Suu Kyi : “il n’existe pas en Birmanie d’ethnie rohingya”

Par Al-Kanz

Coming out. Aung San Suu Kyi, qui prépare les prochaines élections en Birmanie, considère qu’il n’existe pas de Rohingyas birmans.

Mosquée détruite en Birmanie - Rohingya
Mosquée détruite en Birmanie – Crédit Rohingya refugee Bangladesh

Aung San Suu Kyi, celle qui longtemps incarna dans les médias occidentaux le symbole de la lutte pour la démocratie et des droits de l’homme, est aujourd’hui députée birmane. L’ancienne opposante au régime birman, assignée à résidence pendant quinze ans, reprend à son compte le discours populiste des autorités, au risque de conforter les extrémistes bouddhistes dans leur volonté d’éliminer les minorités musulmanes de Birmanie.

Célébrée en Europe pendant les pogroms en Birmanie

En juin 2012, celle que l’on surnomme la « Dame de Rangoun » faisait une tournée européenne. Acclamée par tous, elle rencontra en France le président de la République française François Hollande, le maire de Paris Bertrand Delanoë et l’ex-président Nicolas Sarkozy. Ce dernier, alors en fonction, alla jusqu’à envoyer en Birmanie Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères pour la décorer de la légion d’honneur. On célébrait celle qui incarna longtemps dans les médias occidentaux le symbole de la lutte pour la démocratie.

Juin 2012, c’est aussi à cette période que les musulmans de Birmanie, qu’ils soient rohingyas ou citoyens birmans, sont de nouveau pris pour cible par des extrémistes bouddhistes, menés par « l’Hitler birman », selon la formule du journaliste David Aaronovitch, le moine Wirathu. Depuis, les pogroms anti-musulmans se multiplient au vu et au su de tous. Le rapport alarmant de l’ONG Human Rights Watch évoquant noir sur blanc un nettoyage ethnique n’a pas suffi à mobiliser la communauté internationale. Silence d’Aung San Suu Kyi.

Du silence au « Rohingya, une invention bengalie »

Pire, la prix Nobel de la paix déclare en octobre 2012 ne pas vouloir « mettre d’huile sur le feu ». Elle essuie alors à raison les critiques de celles et ceux qui l’ont soutenue dans son combat, à l’instar de Nang Sen, activiste birmane en exil qui, comme le rappelle la journaliste Sara Taleb dans un article du Huffingtonpost, se sent « triste et trahie ».

Lire : Aung San Suu Kyi, opposante birmane devenue politicienne, s’attire les critiques

Ce sentiment de trahison devrait perdurer et s’étendre à d’autres soutiens de la désormais députée birmane, que le Dalaï Lama en personne n’a pas réussi à convaincre de dénoncer l’épuration ethnique des musulmans de Birmanie, Rohingyas et Birmans.

Nyan Win, porte-parole de « The Lady », comme il l’appelle, a été interviewé par le Global Post. Selon ce dernier, Aung San Suu Kyi, « a été forcée de parler des Rohingyas » » et ajoute : « Elle croit qu’en Birmanie il n’existe aucune ethnie rohingya. C’est un nom inventé du bengali [langue parlée au Bangladesh voisin]. Elle ne peut donc rien dire sur les Rohingyas. Mais il existe une pression internationale pour qu’elle s’exprime à ce sujet. C’est un problème. »

Aung San Suu Kyi, soluble dans le gouvernement birman

Ce faisant, Aung San Suu Kyi adopte et répète les éléments de langage des autorités birmanes, qui cachent à peine leurs soutiens aux pogroms menés par les extrémistes bouddhistes. En juillet 2012, le président actuel, Thein Sein, déclara qu’il n’y a d’autres solutions pour les Rohingyas que l’expulsion hors des frontières birmanes ou les camps. « Nous prendrons nos responsabilités pour notre propre peuple, mais il est impossible d’accepter les Rohingyas, entrés clandestinement » en Birmanie, précisa-t-il au haut commissaire aux réfugiés des Nations unies, Antonio Guterres.

Thein Sein a tenu parole. Mise en place en 2012 officiellement pour juguler « les tensions » entre musulmans et bouddhistes, une commission gouvernementale vient de rendre publique son rapport. L’une des mesures consiste ni plus ni moins à contrôler les naissances des musulmans rohingyas, déchues en 1982 de leur nationalité et depuis considérés au mieux comme des apatrides, mais le plus souvent comme des clandestins qu’il faut renvoyer au Bangladesh. Ou éliminer. La mesure nataliste des autorités birmanes que le planning familial devra appliquer en est l’application.



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Vos réactions (18 commentaires)

  1. ALBIDAR    

    Elle montre son vrai visage Al-hamdulillah.

    En même temps, on n’attendait pas spécialement quelque chose venant de sa part… C’est logique qu’elle soutienne les siens non ?

    1
  2. Ahmed    

    Allahouma damir el dhalimine

    2
  3. Ahmed3    

    Voilà un effort de compassion de sa part :

    « C’est très triste parce qu’aucun d’entre eux n’a connu d’autre pays que la Birmanie. Ils ne se sentent appartenir à aucun autre endroit et vous êtes triste pour eux qu’ils ne parviennent pas à se sentir appartenir à notre pays non plus. C’est une situation très triste »

    3
  4. Mourad    

    Salam alaykoum

    La Birmanie est un pays qui dans le futur va payer le prix fort de son comportement envers les musulmans. Le prix fort et très cher…

    La roue tourne, ce n’est qu’une question de temps et nous ne sommes pas pressé, pas du tout !

    Patience incha’Allah, patience…

    4
  5. aAB    

    As-salâmu ‘alaykum

    C’est Luc Besson, il me semble, qui avait fait un film en l’honneur de cette charmant dame, non?

    Il doit être fier et content. Ou peut-être pas. On lui a demandé ce qu’il en pensait?

    5
  6. Nasser    

    La realpolitik…

    6
  7. Abuljoud    

    salam

    tout le monde ne peut pas devenir Ghandi ou Mandela…

    il y a des gens qui ont des convictions inébranlables et d’autres qu’on peut finir par acheter!

    Le musulman aussi sera ébranlé sans sa foi et mis à l’épreuve et parfois parmi nous aussi il y en a qui attrappent la chalgoumite…

    Qui vivra, verra [des vertes et des pas mûres] !

    7
  8. Justine    

    Assalâmou alaykoum wa rahmatoullâhi wa barakâtouhou,

    Aung San Suu Kyi, une marionnette du système (à son insu) depuis le début de son engagement : Dajjal connait parfaitement les passions humaines. Du fait de sa féminité et de sa volonté de fer, elle a été choisie pour incarner l’emblème de la DEMONCRATIE (pseudo démocratie) post dictature en Birmanie.

    Qu’importe que le peuple rohingya soit ou non une réalité pour elle. La réalité est que des êtres humains sont en train de se faire massacrer au nom d’un racisme nationaliste, et c’est tout ce qui compte.

    Wa salâm

    8
  9. kais    

    assalamou aleykoum,
    contre attaque médiatique au Bangladesh ?

    http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130506.OBS8243/bangladesh-22-morts-dans-une-manifestation-islamiste.html

    on parle d’islamistes…..

    kais.

    9
  10. kacem78 [iPhone 3GS]    

    السلام عليكم لقد لاحضنا عندما يقتل المسلمون في أنحاء العالم لا يتكلم عنهمً احد كأنهم لاشي لا نرى جمعيات حقوق

    10
  11. Abdenour    

    Assalamou alaykoum,

    Voici une émission intéressante sur une nouvelle mesure discriminatoire concernant les Rohingyas. La mesure consiste à limiter le nombre de naissances autorisées à deux. Une mesure avec des conséquences désastreuses pour les familles (surtout femmes) musulmanes.

    http://www.aljazeera.com/programmes/insidestory/2013/05/201352763853283982.html

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  12. Daoud    

    Les Rohingyas, ce sont un peu nos roms. Personne n’en veut, qu’ils sont sources de tous problèmes, et tous le monde dit qu’ils viennent d’ailleurs…Que Dieu nous pardonne

    12
  13. doudou    

    ahhhhhh c’est prix nobel de la paix…….
    quel écart entre des personnes comme Mandela et les guignols tel que Aung San Suu Kyi, Obama….

    13

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