Finance islamique : « En France, il est indispensable de travailler à une prise de conscience générale »

Par Al-Kanz

Finance islamique. Effervescente en France entre 2008 et 2010, la finance islamique a connu un véritable engouement. Depuis les freins idéologiques empêchent Paris de devenir un hub, pour le grand plaisir de Londres. Interview.

aidimm

Finance islamique. Alors que Londres est toujours déterminée à devenir incontournable en matière de finance islamique, pour des raisons principalement idéologiques la France, qui dispose pourtant de bien des atouts, est à la traîne. La finance islamique, qui réconcilie la finance avec l’économie réelle, peut réussir en France, comme nous l’explique l’expert Oumar Seye, président de l’association AIDIMM.

Al-Kanz : Pourriez-vous avant toute chose dresser un état des lieux de la finance islamique en France ?
Oumar Seye : 
La finance islamique a fait l’objet de nombreuses avancées entre 2008 et 2010. Il y a eu à cette époque une véritable volonté politique pour promouvoir et faire de la France un hub (plateforme) de la finance islamique en Europe. En 2008, Paris Europlace annonçait des mesures concrètes en faveur de la finance islamique. En 2009 et 2010, des instructions fiscales sont publiées, permettant la mise en œuvre de produits tels que la murabaha, les sukuks, l’ijara, etc.
Depuis 2010, les principaux faits marquants sont liés à l’ouverture du premier compte bancaire shariah-compatibles et du lancement d’un produit de financement immobilier sous forme de murabaha par le groupe 570 et Chaabi Bank. C’est une étape majeure dans l’évolution de la finance islamique en France.
Enfin d’autres projets ont suivi en 2013 comme le sukuk Al Farooj. Nous sommes dans une véritable dynamique qui laisse présager d’un avenir plus généreux en solutions shariah-compatibles.

Al-Kanz : De quelle manière selon vous, la finance islamique pourrait faire du bien à l’économie française ?
Oumar Seye :
 L’essoufflement de l’économie française (chômage, croissance, nulle, baisse de la consommation des ménages, etc.) est indéniable. La finance islamique présente trois atouts majeurs pour la France :
– une demande en solutions shariah-compatibles de la part des ménages musulmans qui reste à satisfaire. Il y a là un véritable vivier de croissance au regard des millions de musulmans que compte la France,
– à l’échelle européenne, on constate un besoin de refinancement assez marqué (Etats, collectivités, projets de développement, entreprenariat). Les fonds islamiques en quête de débouchés pourraient trouver des opportunités d’investissement et par la même de soutiens d’activités à forte valeur ajoutée,
– les partisans d’une finance alternative, régulée, corrélée à l’économie réelle et profondément éthique dans ses principes et modes opératoires peuvent également s’y retrouver.

Al-Kanz : Pourtant, cette finance éthique a bien du mal à s’installer. Comment l’expliquez-vous ?
Oumar Seye :
 Il y a clairement un problème d’image. Les institutions financières françaises disposent de toute l’expertise pour structurer et distribuer des produits shariah-compatibles. Ces dernières sont d’ailleurs présentes dans les pays du Golfe au travers de filiales pleinement dédiées à la finance islamique. Le rapport à l’islam, les amalgames sont de véritables freins. Ajoutons que la communauté musulmane n’exprime par ailleurs pas assez ses besoins, pourtant bien réels.

Al-Kanz : Malgré tout, Aidimm continue à y croire. Qu’est-ce qui permet, au-delà du credo, de croire que des projets en finance islamique pourraient voir le jour en France ?
Oumar Seye :
 Aidimm continue à militer et demeure convaincue que l’édifice reste à construire. Malgré l’absence de banque islamique, des formations académiques sont dispensées, ce qui permet de faire émerger des compétences qui seront indispensables dans un avenir proche. Par ailleurs, sur le marché, même si elle est toute récente, l’offre du groupe 570, qui a réussi à structurer des produits sans intermédiation bancaire, incarne la possibilité de la finance islamique en France. Il faut y croire et continuer à encourager les nombreuses initiatives du moment.

Al-Kanz :  Pensez-vous que les particuliers, les consommateurs, ont un rôle à jouer dans la mise en place, certaine et pérenne, de la finance islamique ?
Oumar Seye :
 Oui, très clairement. D’ailleurs l’un des objectifs-clef d’Aidimm depuis sa création en 2005 demeure la sensibilisation des consommateurs. Il est indispensable de travailler à une prise de conscience générale afin que les principes majeurs de cette finance soient mieux connus et la cause amplement partagée. Il y une marge de progression encore importante en la matière.

Al-Kanz : Samedi 22 juin, vous organisez une formation sur toute une journée. En quoi consistera-t-elle ?
Oumar Seye :
 Aidimm organise en moyenne trois séminaires par an. Le séminaire du 22 juin qui se tiendra sur une journée aura trois objectifs :
– un rappel des fondements de la finance islamique avec un zoom sur des notions essentielles telles que la monnaie, la différence entre le commerce & l’intérêt, l’endettement dans sa vision islamique
– un état des lieux de cela finance islamique en France ainsi qu’en Europe
– une table ronde afin que le public puisse librement échanger avec nos invités (Groupe 570, Chaabi Banque, Ansar Finance, etc.)

Les inscriptions se font sur le site de l’association www.aidimm.com

Tarif (participation aux frais d’organisation)
Membre adhérent AIDIMM : 12 € (saisir le code de réduction reçu par mail)
Non-adhérent étudiant/chercheur d’emploi : 19 €
Non-adhérent actif/salarié/entrepreneur/professionnel : 27 €

Une fois votre inscription confirmée, vous recevrez tous les détails par mail. Si vous ne pouvez payer en ligne par carte bancaire, vous pouvez adresser un chèque à l’ordre d’Aidimm au 12 rue Sadi Carnot, 93170 Bagnolet en mentionnant au dos du chèque votre nom et votre prénom, votre e-mail et votre n° téléphone.

Un ticket d’entrée vous sera alors envoyé par l’administration dès réception de votre règlement

Pour tout complément d’information, veuillez contacter l’association AIDIMM par mail à formation@aidimm.com ou par téléphone au 06 95 07 12 70.

Code de réduction pour les Al-Kanznautes. L’AIDIMM offre une remise de 10 euros pour la formation, si lors de la préinscription vous indiquez le code de réduction suivant : ADFI1522.



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Vos réactions (4 commentaires)

  1. Mehdi    

    Sans rentrer dans la controverse de la finance islamique.

    Faut-il vraiment se réjouir que des musulmans s’endettent auprès d’établissement financiers musulmans ou non?

    Pour moi non car quand je vois mes amis non musulmans (voir mêmes les musulmans) qui ressassent leur crédit comme un fardeau je me dis que ces endettements a 150 000 jusqu’à 300 000 euros. c’est un poids pour le musulman. Je ne le souhaite donc pas a mes frères.

    Et tout ça pour enrichir une poignée de personne.

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  2. Oumar Seye - Aidimm    

    Assw Mehdi,

    Nous traitons de la vision islamique de l’endettement à l’occasion des formations AIDIMM. Du besoin d’endettement de ses règles ainsi que des conseils « islamiques » en la matière.

    Ce besoin existe, mais vous avez raison, doit être comblé avec mesure.

    Quant à l’enrichissement d’une poignée de personnes, les travaux en cours visent à apporter des solutions. L’esprit de la finance islamique étant de participer de façon éthique au bien de l’ensemble de la société

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  3. nass    

    slm je voudrai savoir svp si la finance islamique peut financer en fond propre un projet en france.merci

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  4. ilham    

    Salem Aleykoum.
    Je suis TRES déçue et remontée par la soit disant mise en place de cette finance islamique en FRANCE.
    J ai participé à différents séminaires et salons en présence du groupe 570.
    Je le suis entretenue et posée moult questions et les réponses m ont séduites dont j y ai adhéré à 100%.
    Je suis allée jusqu au bout de la démarche et là grosse desillusion !!!
    j ai rencontré un conseiller bancaire de la banque chaabi harmonis qui m a parlé de la murahaba de façon imprécise sur différents aspects et pour nous achever nous annonce que la marge commerciale equivalait a 6-7% du montant du bien. Concrètement avec une banque traditionnelle (riba) on a une capacité d emprunt de 400 000 € et avec la banque islamique a peine 200 000 a rembourser en 10 ans !
    La banque islamique prend une marge commerciale sur le prix total du bien donc cela revient 2 fois plus cher qu un credit classique avec riba !
    Et quand je l ai dit au conseiller il m a dit c’est ça le prix du halal !
    Super!

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