Islamophobie : après le mensonge de Fourest, la réécriture de Bruckner

Par Al-Kanz

Après le mensonge de Caroline Fourest sur l’origine du mot islamophobie, c’est au tour de Pascal Bruckner de rétropédaler.

En 2003, Caroline Fourest forgeait l’étymologie farfelue du terme « islamophobie » qui fera florès pendant toute une décennie.

Khomeyni, arme de destruction médiatique

« Le mot +islamophobie+ a été pensé par les islamistes pour piéger le débat et détourner l’antiracisme au profit de leur lutte contre le blasphème », écrivait-elle en 2003 dans la revue qu’elle a cofondée, Prochoix. Elle précisait alors que le mot « islamophobie » « a été utilisé pour la première fois en 1979, par les mollahs iraniens qui souhaitaient faire passer les femmes qui refusaient de porter le voile pour de +mauvaises musulmanes+ en les accusant d’être « islamophobes+ ».

Caroline Fourest mentait. Mais à l’époque, la révolution iranienne et le leader chiite Khomeyni avaient toujours très mauvaise presse. Or la marque de fabrique de Caroline Fourest, c’est précisément de coller à l’actualité et d’adapter le choix des épouvantails qu’elle agite toujours dans le même but : jouer sur les peurs pour éliminer médiatiquement ses détracteurs.

Du mensonge et de l’anathème pour durer

On ne s’étonne donc pas de l’entendre ces dernières semaines crier sur tous les toits que les voix musulmanes qui mettent à jour ses pratiques sont achetées par… le Qatar, sans évidemment apporter la moindre preuve de ce qu’elle avance. Et pour cause : là encore, Caroline Fourest ment sciemment pour jeter l’anathème sur qui la dérange.

Lire – 2003-2013 : démasquée, Caroline Fourest enterre le mot

Ajoutons à cela qu’après avoir été pendant dix ans la starlette de la République, celle qui a su mettre en garde la France contre le complot des barbus a vu son discours sur les islamistes – et avec son business – ruiné. La déconfiture est telle que l’égérie des réactionnaires islamophobes français et de celles et ceux qui, avec Manuel Valls, croient que le combat contre le voile islamique est essentiel pour la République, a déclaré publiquement sur Twitter que « l’origine du mot +islamophobie+ est un faux débat. Ce qui compte, c’est sa confusion sémantique. Il vaut mieux dire +anti-musulmans+. Cocasse quand on sait que tout l’imposture intellectuelle de Fourest a reposé sur l’étymologie prétendument iranienne du mot.

Lire – Islamophobie : quand Caroline Fourest supprime des mots dans son texte de 2003

Pascal Bruckner réécrit son histoire

Comme nous l’écrivions il y a quelques mois, Caroline Fourest n’est pas la seule à avoir usé de cette grosse ficelle. Pendant des années, toute une ribambelle d’intellectuels relatifs ont occupé l’espace médiatique et oeuvrer à lepéniser les esprits en agitant systématiquement le danger d’une déferlante islamiste qui passait désormais par la confiscation du débat public à travers la dénonciation de l’islamophobie.

C’est ainsi que sept ans après Fourest, Pascal Bruckner, une erreur de casting dans le paysage intellectuel français, s’épanchait en ces termes dans Libération.

Forgé par les intégristes iraniens à la fin des années 70 pour contrer les féministes américaines, le terme d’+islamophobie+, calqué sur celui de xénophobie, a pour but de faire de l’islam un objet intouchable sous peine d’être accusé de racisme.

L’invention de l’« islamophobie », Libération, 23 novembre 2010

Trois ans plus tard, le 31 octobre 2013, dans une tribune aux arguments éculés publiée dans Le Monde, Bruckner raconte une toute autre histoire, avec l’assurance de la girouette et les doigts à peine sortis du pot de confiture.

On le sait, depuis les régimes totalitaires, les langues, elles aussi, contractent des maladies qui peuvent les corrompre. « Islamophobie » fait partie de ces mots toxiques qui brouillent le vocabulaire et le dénaturent. Forgé par des administrateurs coloniaux français, au début du XXe siècle, pour protéger leurs « sujets indigènes » de toute contagion moderniste, il resurgit dans le discours public, au tournant de la révolution iranienne. Mais avec un autre sens : soucieux d’accéder à la dignité de l’antisémitisme, il tend à faire de l’islam un objet inaccessible à la critique, sous peine de poursuites. Il devient le nouvel instrument de propagation du fondamentalisme qui s’avance masqué, drapé dans les atours de la victime.

« Forgé par des administrateurs coloniaux » donc. Vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà ? Du tout, la réalité est plus sinistre : depuis que les sociologues Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed ont révélé l’apparition du mot islamophobie sous la plume de chercheurs français dans les années 10, les faussaires sont Gros-Jean comme devant. L’étymologie mensongère du terme a fait long feu. Elle n’opère désormais plus.

Lire – Maurice, Alain et Paul, ces Français qui inventèrent le mot

On notera toutefois que Bruckner ne renonce pas à Khomeyni. Il indique, certainement sans y croire lui-même, le terme « islamophobie » « resurgit dans le discours public, au tournant de la révolution iranienne ». On ne rit pas. On ne tire non plus sur une ambulance. Nous en resterons donc là.



Soutenez Al-Kanz, téléchargez l'application sur votre smartphone.

Téléchargez l'application Al-Kanz dans l'Apple store Téléchargez l'application Al-Kanz pour Android

Écrivez votre commentaire

Indiquez une adresse de messagerie existante. Elle ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 caractères sur les 1 000 autorisés

Sites Partenaires : Fisabilik | Oumzaza | Al-Kanz Consulting | Muslimpress
FERMER
CLOSE