Anass Patel : « les valeurs du crowdfunding sont au coeur de l’éthique musulmane »

Par Al-Kanz

Crowdfunding. Associations et petites entreprises vont pouvoir accéder au financement sans passer par les banques. Une révolution.

crowdfunding
©Shutterstock

Finance islamique. Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME et à l’Economie numérique, est-elle entrée dans l’histoire ? Il est évidemment trop tôt pour l’annoncer. L’assouplissement annoncé la semaine dernière qui va permettre au financement participatif de prendre véritablement son envol en France est en soi une révolution.

Jusque-là le carcan exercé sur l’économie française par le monopole bancaire étouffait nombre de projets en demande de financements. Désormais, la loi permettra le recours au crowdfunding (financement par la foule) à hauteur d’un million d’euros, sans passer par les fourches caudines des banques. Chaque internaute pourra ainsi prêter ou donner de l’argent pour financer un projet – à concurrence de 1 000 euros maximum par projet – via la plateforme de crowdfunding de son choix.

Entretien avec Anass Patel, patron de la société 570 easi, qui lance prochainement Easi UP, plateforme de crowdfunding selon les principes éthiques de l’islam.

Al-Kanz : Pourriez-vous nous expliquer le plus simplement possible en quoi consiste le crowdfunding et comment il peut se traduire concrètement ?
Anass Patel :
Il s’agit d’un mécanisme très simple qui permet de collecter les fonds nécessaires à la réalisation de projets, qu’ils proviennent d’entreprises, de particuliers ou d’associations. Mais la nouveauté, c’est que les outils numériques et les réseaux sociaux permettent une accélération de la collecte et une plus grande diffusion des campagnes de promotion par les porteurs de projets auprès d’une communauté élargie.

La nouvelle dynamique correspond au fond à une logique sociale déjà présente dans les sociétés anciennes que le système bancaire a voulu étouffée : les tontines d’Afrique ou d’Asie, les caisses communes au niveau des groupements de communauté, l’économie informelle ou de l’entraide, etc. sont tous des exemples de « financement par la foule » (traduction de crowdfunding) avant l’arrivée d’Internet. 


Al-Kanz : Pourquoi les associations et les petites entreprises voient le crowdfunding sinon comme la solution, à tout le moins comme une solution à nombre de leurs soucis de financement ?
Anass Patel :

Le sens de la communauté prend une nouvelle dimension dans le cadre de réseaux sociaux, empiriques ou nouvellement digitalisés, de plus en plus structurés et accessibles même à grande distance géographique. Les réseaux agissent comme des moteurs de la dynamique de financement autour de ce que les chercheurs appellent les trois cercles du crowdfunding :
– d’abord tirés par les liens forts comme la famille, les amis proches, et s’agissant des musulmans les frères-sœurs en Dieu,
– ensuite basés sur les liens faibles tournés autour de connaissances, des réseaux professionnels ;
– et enfin diffusés vers toutes autres personnes qui peuvent être attirées par votre projet, soit pour l’émotion, soit pour la confiance soit pour l’impact social ou économique que vous aurez.

Les principes du crowdfunding sont basés sur des valeurs universelles qui sont également au cœur de l’éthique musulmane : le lien, la communauté, la confiance, la solidarité, l’entrepreneuriat plutôt que le prix, le marché, la rente, la spéculation, etc.

easi up
Crowdfunding sur Easiup

Al-Kanz : Quelles sont les perspectives pour les entrepreneurs en général, les entrepreneurs musulmans en particulier ?
Anass Patel :
Avec le projet de loi de Fleur Pellerin qui tend à faire de la France le pays pionnier du financement participatif, on devrait assister à un vrai changement pour le financement de projet que ce soit au niveau des levées de fonds (prises de participation au capital d’entreprises) ou du prêt participatif pour des montants jusqu’à un million d’euros, ce qui correspond à la majorité des quotités du capital amorçage ou du financement des TPE donc des entrepreneurs.

Al-Kanz : Comment pourriez-vous reformuler en des termes moins techniques pour celles et ceux peu versés dans le domaine ?
Anass Patel :
Pour bien illustrer ces enjeux, prenons l’exemple des péages d’autoroute par rapport au monopole bancaire qui prend un coup. C’est comme si soudainement on dit que les petites voitures à qui on avait interdit les autoroutes pendant des décennies (car trop lentes) vont pouvoir tout d’un coup aller sur les belles autoroutes de France, plus rapides et plus efficientes, sans payer les péages, tout en pouvant s’approvisionner dans les magnifiques stations d’essence avec du pétrole propre et pas si cher.

On espère une vraie libéralisation pour laisser le crowdfunding fonctionner au mieux.

En gros, les platefomes de crowdfunding représentent les stations-services, qui vont dispenser le capital, le cash nécessaire afin de faire circuler les économies des épargnants au profit des vrais projets des entrepreneurs, comme l’essence qui est nécessaire pour faire avancer les voitures. Et ceci sans monopole des mastodontes de la route qui imposent des frais exorbitants aux péages d’autoroute.

On espère une vraie libéralisation pour permettre au crowdfunding fonctionner au mieux. Ce sont les épargnants qui auront le pouvoir de décider d’accompagner tel ou tel projet, existant et qui souhaite se développer avec des nouveaux fonds propres, ou de miser de façon solidaire sur telle ou telle idée d’entrepreneur, en création et nécessitant un financement flexible.

Comme les règles du jeu vont être les mêmes pour tout le monde, il n’y a pas de raison de penser que les entrepreneurs musulmans ne sauront pas tirer leur épingle du jeu. De notre point de vue, c’est surtout du côté des épargnants musulmans qu’il conviendra de faciliter les choses, en leur permettant de trouver des projets conformes à leur éthique, au service de l’économie réelle.



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