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Du porc dans les produits halal Sebiane et Tahira, selon la télévision belge

Mise à jour mercredi 21 septembre 18h24 : la société Tahira vient de nous contacter pour démentir formellement tant le rapport du laboratoire Progenus que les conclusions du reportage. Un droit de réponse devrait nous être envoyé dans les prochaines heures in châ’a-Llâh.

Mercredi 15 septembre, la chaîne belge RTBF diffusait, dans l’émission Questions à la Une, un reportage consacré au marché du halal [1]. Pour les besoins de son enquête, le journaliste, Bruno Clément, a choisi de faire analyser par Progenus [2], un laboratoire spécialisé, une quinzaine de produits de marque différentes achetés au hasard dans le commerce, ainsi que dix pitas achetées dans des snacks. Après analyses, il s’est avéré que sept produits contiennent des légères traces de porc et deux autres contiennent du porc. Traces d’un côté, présence de l’autre, quelle est la différence ?

Premier cas : de légères traces de porc

Ici, il s’agirait d’une contamination de la viande non porcine, en théorie halal, avec des résidus de viande porcine. Cela arrive plus souvent qu’on ne le croit, notamment dans les usines où l’on traite à la fois de la viande de porc et de la viande halal. Bidar, lecteur d’Al-Kanz et lui-même sacrificateur, évoquait ce problème de contamination pas plus tard qu’hier dans un commentaire (voir Marque halal : Carrefour abandonne Yasmine et choisit la mosquée de Paris [3]). De même, Bernard Godard rappelait dans une interview à CB News ce que de nombreux musulmans déplorent depuis des années, à savoir que “des produits non halal peuvent entrer dans la composition des produits ». Et B. Godard de mettre en cause l’absence de contrôle des mosquées d’Évry et de Paris (voir Explosif : « les certifications de la mosquée de Paris et d’Evry ne sont pas sérieuses » [4]). Comme les organismes de certification qui leur sont respectivement rattachés (ACMIF pour l’une, SFCVH pour l’autre) ne procèdent à aucun contrôle systématique et n’ont pas leurs propres contrôleurs indépendants, hormis “la confiance”, rien ne garantit aux consommateurs que leurs partenaires industriels prennent toutes les précautions nécessaires pour que les chaînes de production qui accueillent le “halal” soient toujours débarrassées de toute présence de viande porcine.

Précisons, au passage, qu’il est scandaleux que l’on puisse accepter qu’un spécialiste de viande porcine puisse avec les mêmes machines, dans les mêmes usines produire de la viande “halal”. C’est scandaleux, mais ça n’empêche pas les syndicats de la filière charcutière de travailler depuis quelques mois à une offensive massive pour s’accaparer le marché du halal et à imposer une norme qui respectera leurs exigences, et non celles des principes islamiques. Ils ont avec eux un partenaire de poids : les consommateurs musulmans, qui bien qu’ayant le pouvoir de changer le cours des choses, dorment.

Second cas : de la présence de viande de porc

Second cas : le problème est ici plus grave, puisque dans un tel cas il y aurait volonté manifeste d’incorporer de la viande de porc. Régulièrement, des cas de fraude similaires défraient la chronique. On se souvient d’une société basée dans le nord de la France condamnée en 2007 pour avoir fabriqué et commercialisé des merguez halal au porc [5] ou plus récemment du cas de ce chef d’entreprise qui s’est retrouvé devant le juge à Saint-Brieuc, toujours à cause de merguez au porc [6]. Évidemment, dès qu’il y a présence de porc, les musulmans sont choqués, outrés, dégoutés. A contrario, alors que c’est tout aussi grave, s’agissant de la viande faussement “halal” ou de la viande qui n’est pas rigoureusement garantie halal, c’est plutôt l’indifférence qui prédomine. Il suffit de se rendre chez KFC ou dans un Quick prétendument halal pour s’en rendre compte. Mais revenons-en au reportage et aux deux marques mises en cause.

Selon Bruno Clément et le laboratoire qui a procédé aux analyses, il y aurait la marque Sébiane, dont les responsables n’ont pas souhaité répondre aux questions du journaliste.

Du porc dans les produits halal Sebiane et Tahira ?

Du porc dans les produits halal Sebiane et Tahira ?

Il y aurait par ailleurs cette mortadelle en conserve de la marque Tahira. L’un des responsables de la marque est interrogé dans le reportage, sous l’œil de la caméra, par Bruno Clément. D’abord surpris par les propos du journaliste mettant en cause son produit, ce dernier réfute le rapport d’analyses en affirmant que c’est un faux. Il aurait par la suite fait savoir par téléphone que Tahira se serait faite avoir par un fournisseur.

Du porc dans les produits halal Sebiane et Tahira ?

Que penser de tout cela ? Tout d’abord que le rapport d’analyses peut difficilement être un faux. Les risques de poursuites judiciaires sont trop importantes et le sujet bien trop sensible pour que la RTBF ou Progenus prennent le risque de produire un rapport bidonné. On peut donc penser que tant Bruno Clément que le directeur du laboratoire d’analyses sont conscients de la gravité des affirmations qu’ils avancent et qu’il ne s’agit pas là d’un énième reportage visant à faire de l’audience au détriment des deux sociétés incriminées. Le contraire serait grave.

Pour autant, au-delà de ce reportage et des accusations précises qu’il porte, il faut avoir conscience que ce type de pratiques frauduleuses est monnaie courante et pas seulement en Belgique. Rappelez-vous la gélatine de porc contenue dans des bonbons censés contenir de la gélatine bovine (voir Bonbons halal : la gélatine de porc, c’est bien du porc [7]). 2) Tout ceci est loin d’être une exception belge. Le problème est que les consommateurs musulmans ne veulent pas sortir de leur léthargie. Il est plus confortable de se dire qu’il n’y a pas de problème et que les quelques hurluberlus qui tirent la sonnette d’alarme sont dans le meilleur des cas excessifs que de regarder la réalité en face et d’agir en conséquence. Dieu merci, de nombreux journalistes ont pris conscience du halalgate qui se joue depuis des années en France et dans le reste du monde. Car, comme on l’a vu avec le reportage sur les poulets Doux non halal, vendus chez KFC et entre autres dans toute l’Arabie saoudite, “Allah a dit” n’est pas suffisant pour de très nombreux musulmans. Il faut que ce soit “TF1 a dit”, “M6 a dit” pour qu’ils commencent à prendre conscience qu’on les roule dans la farine et qu’ils s’empiffrent de haram. Mais là encore, Dieu merci, Canal+ va dire dans un reportage diffusé le 11 octobre prochain. Si le reportage tient toutes ses promesses, il devrait faire pas mal de bruit…

Pour voir un extrait du reportage, cliquez sur le lien suivant : Questions à la Une – Mangerons-nous tous bientôt halal [8]