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Gare aux allégations de santé

M. Aït M’hammed est médecin généraliste et représentant français des produits Mujezat Al Shifa [1]. Nous lui avons demandé de nous expliquer ce que recouvre le terme d’alicament, à la mode il y a quelques années, mais particulièrement décrié depuis peu. La raison ? Les consommateurs musulmans, friands d’alicaments, sont peu regardants sur la qualité des produits et, de fait, se font souvent abuser. Un alicament est un aliment qui fait office de médicament.

Depuis janvier 2009, le contrôle des allégations de santé est effectué par un partenariat entre la DGCCRF (direction générale du commerce, de la concurrence et de la répression des fraudes) et l’EFSA (Agence européenne de sécurité sanitaire des aliments) dans le but d’établir un registre communautaire des allégations. Pour le moment, cette base de donnée est très réduite. Des professionnels proposent des allégations, preuves scientifiques à l’appui. Le dossier, ainsi constitué, est validé par la DGCCRF qui vérifie que le dossier est complet, puis est envoyé à la Commission européenne qui valide ou non le dossier. A ce jour, environ 95 % des propositions d’allégations ont été refusées.

Toutes les sociétés dont les alicaments ont été mis sur le marché européen avant 1995 bénéficient d’un sursis jusqu’en 2021. Une fois cette date révolue, elles seront passibles d’un contrôle au cours duquel leurs allégations devront être justifiées ou le cas échéant retirées. L’autre solution consiste à se limiter uniquement à des allégations reconnues ou issues du registre communautaire en cours de constitution.

Par ailleurs, une allégation de santé ne peut porter que sur trois volets : l’amélioration d’une fonction de l’organisme (transit, mémoire, etc.), la prévention d’un facteur de risque (cardio-vasculaire, comme l’excès de mauvais cholestérol) et le soulagement d’un état de maladie (mal de gorge, fatigue…). Il faut donc faire preuve de prudence avant de consommer ce type de produit en vérifiant l’authenticité des allégations, présentées comme une valeur ajoutée au produit et l’innocuité de ce dernier. Ceci est encore plus vrai lorsque les produits sont importés et qu’ils échappent au circuit habituel de contrôle vétérinaire ou phytosanitaire.

Devant l’engouement actuel pour les produits issus de l’agriculture biologique et le soin au naturel, certains vendeurs, peu scrupuleux, n’hésitent pas à proposer des produits sans aucune preuve de sécurité sanitaire et sans traçabilité par ailleurs. Pour d’autres, des produits présentés comme issus de la médecine prophétique obtiennent une adhésion immédiate et une confiance souvent aveugle. Pourtant, l’exigence d’un produit sain, de qualité, aux allégations prouvées et à la sécurité sanitaire assurée n’est pas du domaine du luxe. On peut ainsi voir de la farine d’orge (talbina) importée et vendue sans conditionnement hermétique alors que très sensible à l’humidité (avec risque de moisissures). Ou encore des préparations d’épuration intestinale constitués de mélanges d’herbes dont certaines, comme le séné maki qui, en consommation régulière, provoque une inflammation chronique des intestins pourvoyeurs de cancer colo-rectaux.

La règle est donc la prudence et la science avant la parole et l’action.