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Effrayé par le reportage de Canal+, le groupe Doux sort de son mutisme

Voilà des mois que le groupe Doux, comme KFC qui botte en touche et renvoie systématiquement les journalistes à l’agence Elan, refuse tout contact avec la presse. “Le groupe n’a rien à dire sur le halal” : tous les journalistes qui ont essayé d’en savoir plus sur la certification douteuse des poulets Doux se sont vu opposer une fin de non-recevoir. Même l’organisation OABA, un organisme de protection animale, est persona non grata chez Doux, comme nous le confiait Frédéric Freund. C’est dire si Doux cultive le secret.

Le reportage de Jean-Charles Doria en 2009 n’a pas suffi à ébranler le géant volailler, qui comme KFC, sûr de son impunité a continué comme si de rien n’était. Il aura fallu l’opiniâtreté de Feurat Alani et Florent Chevolleau, cosignataires du reportage de ce soir sur Canal+, qui se sont rendus dans l’usine bretonne de Doux et dans les bureaux de l’AFCAI, cette minuscule association qui prétend certifier des millions de poulets exportés notamment au Moyen-Orient, pour faire sortir Doux de son mutisme. Et pour cause. Pendant des années, le groupe breton a joué avec le feu, faisant fi des signaux pourtant très clairs qui lui étaient envoyés :

– En février 2009, Casino sanctionne Doux en cessant de commercialiser les poulets Dar Al-Mazak, marque du volailler, précisément parce qu’ils n’étaient pas halal. Casino est alors pleinement engagé sur le marché du halal avec son projet Wassila. Soucieux de respecter des consommateurs qu’il veut conquérir, le groupe stéphanois fait fi tant du contexte difficile, nous sommes alors en pleine crise, que du risque de perdre un fournisseur de taille. Casino a choisi le respect du halal au mercantilisme à court terme, au risque de se froisser définitivement avec Doux. Les faits lui donnent aujourd’hui raison.

Doux KFC Casino
Poulets Doux non halal, mais certifiés halal par l’AFCAI, supprimés des magasins du groupe Casino, mais toujours en vente chez Carrefour, Auchan, etc.

– En octobre 2009, M6 censure le reportage de Toni Comitti Production. Le Net musulman s’enflamme, certains restaurants KFC sont en partie désertés. KFC panique et provoque une réunion d’urgence avec un professionnel du halal à qui elle demande de l’aide pour rattraper le coup. Cette prise de conscience fait long feu. Quelques mois plus tard, KFC décide de solliciter la SFCVH-mosquée de Paris non pas pour remettre de l’ordre dans ses pratiques, mais pour couvrir l’AFCAI. C’est ainsi que depuis le 9 juillet 2010, les certificats halal dans les restaurants KFC ont été remplacés par de nouveaux certificats sur lesquels on apprend que par enchantement l’AFCAI est une organisation sérieuse.

Certificat KFC SFCVH

La majorité des organismes de certification cités dans ce certificat devraient faire sourire les professionnels de la filière halal. Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que KFC, comme Doux, n’a strictement rien changé dans sa façon de travailler et tout ce qui a été dénoncé dans le reportage de Jean-Charles Doria, censuré par M6, perdure. Ajoutons que ce certificat, daté du 9 juillet 2010, est censé prouver que le halal est respecté chez Doux. Or, le témoignage d’un employé Doux, recueilli trois semaines avant par les journalistes Feurat Alani et Florent Chevolleau, confirme que les poulets Doux ne sont pas halal ; ce qui contredit la communication de la SFCVH-mosquée de Paris qui dit à qui veut l’entendre qu’elle a travaillé pendant quatre mois avec KFC.

Pas de changement donc et des consommateurs musulmans tenus dans un tel mépris que Doux se pensait intouchable et à l’abri de tout retour de bâton. Bien mal lui en a pris. Si le reportage de ce soir venait dépasser les frontières pour atteindre ne serait-ce que l’Arabie saoudite, c’est la société Doux elle-même qui risque la faillite : après une année 2008 record, durant laquelle le chiffre d’affaires pour le seul Moyen-Orient a atteint 480 millions d’euros, soit 33 % du chiffre d’affaires global, le groupe se satisfait, dans son rapport 2009, d’une consolidation de “sa présence au Moyen-Orient, marché historique du groupe, grâce à un renforcement de sa part de marché en Arabie Saoudite (40 % de parts de marché contre 36% en 2008), principal marché de la région, et grâce à la conquête de nouveaux marchés tels que l’Irak, l’Iran et la Jordanie.” Le rapport ajoute que depuis 2009 “la marque Doux fait également l’objet d’une campagne de promotion et d’affichage dans la distribution traditionnelle, notamment aux Emirats Arabes Unis, au Qatar, au Yémen et en Oman. L’objectif de cette campagne est double : renforcer la notoriété de la marque Doux et réaffirmer la naturalité des produits.” En outre, “absent du marché égyptien en 2007, le groupe en détient aujourd’hui 18 %. Le groupe travaille avec deux distributeurs dans les régions du Caire et d’Alexandrie qui représentent à elles deux 31 % du commerce de poulet.”

Aujourd’hui, Doux fait moins le coq et sort de son mutisme. Interrogé par l’AFP, le porte-parole du groupe indique qu’il assure “une production halal depuis plus de 50 ans pour des pays du Moyen-Orient conformément à un cahier des charges” et que l’AFCAI “bénéficie de la confiance des autorités religieuses des pays importateurs, tels que l’Arabie saoudite”. Toutes ces déclarations qui n’engagent que Doux ne résisteront pas à ce que les téléspectateurs verront ce soir dans le reportage.

Dernier point : nous approchons du mois du hajj, dhul-hijja. Les premiers pèlerins devraient se rendre dans les prochains jours à La Mecque dans l’espoir de voir leur pèlerinage, leurs prières et leurs invocations acceptées. Beaucoup devraient consommer sans le savoir des poulets Doux.