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Chapeau bas, Monsieur Zekri !

L’islam en France a toujours été sous tutelle. Le CFCM est son émanation la plus visible. Ustensile du président Nicolas Sarkozy, il a toujours eu une vocation utilitaire, au mépris même des musulmans qu’il représente. Le CFCM n’a d’ailleurs jamais véritablement défendu les musulmans, mais a plutôt servi, à différentes occasions, de caution au pouvoir.

Aujourd’hui, il y a en France comme une odeur de jasmin. Pendant des années, on a savamment opposé les méchants musulmans qui veulent tester la République et les musulmans modérés, souvent encravatés et appréciés des autorités. L’un des cas les plus médiatiques est dans toutes les mémoires : un responsable associatif, parlant très mal le français, est devenu en quelques semaines la coqueluche des médias. Propulsé du jour au lendemain sur le devant de la scène, proclamé “imam” – ce qu’il n’est pas –, il devait être celui par qui l’ordre reviendrait dans la communauté musulmane. L’ordre ? celui qui veut que jamais un musulman ne bronche. Si la lourde machine médiatique a réussi à convaincre quelques naïfs que ce protégé du maire était menacé par des “intégristes”, il faut croire que les autorités n’ont pas choisi le bon poulain. La sauce n’a pas vraiment pris, la propagande non plus, puisque lesdits méchants n’ont jamais renoncé à leurs droits élémentaires, ceux de tout citoyen français.

Qu’on se le dise : partout en France, les conflits qui éclatent dans les associations musulmanes sont souvent entre deux parties, l’une fidèle à un édile, qui estime que tenir la mosquée, c’est a minima s’attirer un capital sympathie auprès des électeurs musulmans, l’autre refusant toute tutelle et toute ingérence du politique dans la gestion associative du lieu de culte. La première compte des immigrés de la première génération, peu lettrés en général et, sinon impressionnés, tout au moins rétifs à toute opposition à la puissance publique. Ils ne décident de rien, verrouillent tout dans l’association qu’ils gèrent et rejettent la moindre initiative venant des fidèles. La seconde, la plus nombreuse, réunit tous ces musulmans, nés en France le plus souvent, élevés au biberon républicain, et n’acceptant pas de voir gérer leur association depuis le bureau du maire, voire de plus haut. Les premiers, encravatés comme il se doit, ne jurent que par la dictature, les seconds, douteusement barbus, mais pas toujours, par la démocratie. On comprendra pourquoi dans la quasi-totalité des associations qui gèrent les lieux de culte le bureau en place on trouve les mêmes représentants depuis des années. Pas d’adhérents, pas d’assemblée générale, des décisions prises dans le plus grand secret. Les plus habiles réussissent toutefois à entretenir le sentiment que les fidèles sont écoutés et que, s’ils occupent les fonctions qui sont les leurs, c’est parce que personne d’autres ne veut assumer ces tâches si ingrates (sic).

Dans ces conditions, tout acte décidé en dehors du bureau est par nature séditieux : se réunir dans la mosquée en-dehors des heures de prière, organiser une conférence, vouloir aménager une bibliothèque, etc., toute initiative devient un acte politique qui risque, pense-t-on, de remettre en cause la main-mise du bureau en place sur la gestion du lieu de culte. D’où, en partie, la sclérose qui frappe les associations musulmanes et, par exemple, la difficulté à mener vite et bien des projets de construction de mosquées. D’où, aussi, les sorties médiatiques et les appels contre les intégristes qui testent la République de ces élus qui voient leur chasse-gardée menacée par des fidèles bien trop indépendants et instruits à leur goût.

Mais, aujourd’hui, il y a en France comme une odeur de jasmin ; si bien que même ceux qui hier disaient “amen” au pouvoir n’en peuvent plus de cautionner le mépris extraordinaire avec lequel on traite les musulmans. C’est ainsi qu’hier, dans un geste fort, très fort, Abdallah Zekri, responsable dans le Gard de la mosquée de Paris, a publiquement déchiré sa carte d’adhérent de l’UMP. Au-delà du coup médiatique, réussi et savamment mis en scène, le geste est plus que symbolique. Il lave l’honneur des musulmans traînés dans la boue depuis si longtemps. Pour cela, et rien que pour cela, chapeau bas M. Zekri !

Dans cette vidéo, on entend une nouvelle fois Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris, qui ne démérite pas non plus, puisqu’il a osé demander publiquement l’annulation du débat de la honte prévu le 5 avril prochain. Notons en outre la présence de Abderrhaman Dahmane qui vient de se faire limoger par Nicolas Sarkozy pour avoir critiqué ce débat et traité de “peste pour les musulmans” le parti dirigé par l’ennemi intime du président, Jean-François Copé.

Quelle est douce, cette odeur de jasmin.