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Halal : embarrassé, Quick sort de son chapeau un agrément… qui n’existe pas

Halalgate. Le groupe Quick est embarrassé. Très embarrassé. L’heure est grave. Si bien qu’il mène depuis quinze jours une campagne de réinformation… pour le moins calamiteuse. Internet, restaurants, radios communautaires, Quick a investi plusieurs supports pour rassurer les consommateurs musulmans sur le caractère halal des viandes proposées dans ces 22 restaurants prétendument “halal”. Mais Quick ne rassure pas. Si la fréquentation post-ramadan semble reprendre, un scénario à la Herta n’est absolument pas à exclure, vu la stratégie adoptée.

Voici deux affiches placardées, parfois en double, sur les vitrines des 22 restaurants dits “halal” de Quick.

Photo prise au Quick d’Argenteuil (via Argenteuilblog [1])Halal : embarrassé, Quick sort de son chapeau un agrément... qui n'existe pas

Regardons de plus près la première, nous reviendrons en détail sur la seconde dans un prochain billet in cha’a-Llah.

Pour l'aïd, Quick vous offre une blague... halal

Un autisme dommageable

Toujours la même rengaine. On utilise un champ lexical donné : certifier, certification, agrément, mosquée, halal, norme, garantir, etc. ; on ajoute les termes “qualité” et “hygiène”, tout cela pour noyer le poisson et ne pas apporter les réponses que les consommateurs attendent très clairement :

1- la mosquée de Paris certifie la viande de volaille : oui, elle certifie une viande qu’elle ne contrôle pas à proprement parler puisque la SFCVH-mosquée de Paris n’emploie elle-même aucun contrôleur. Pour rappel, c’est la mosquée de Paris qui certifiait les saucisses Herta prétendument halal qui ont été contrôlées positif au porc, comme le révélait en janvier dernier le site Débat-Halal. Cela ne joue pas en faveur de Quick.

2- la mosquée d’Evry certifie la viande de bœuf : exact et comme la mosquée de Paris, elle n’emploie aucun contrôleur, de l’aveu même du recteur de la mosquée d’Evry, sur France 24, qui dit “faire confiance” à ses partenaires (sic). Cette viande de bœuf provient de la société Socopa, qui a été désavouée par le groupe Casino pour non-respect du cahier des charges halal [2]. En clair, Quick se fournit chez Socopa que le groupe Casino a décidé de sanctionner parce que ces viandes ne sont pas halal. Face à cette décision accablante pour Socopa, Quick a choisi non pas de rassurer les consommateurs en prenant ses distances, ou à tout le moins en indiquant être attentif à la situation. Non, Quick renouvelait publiquement mi-août son entière confiance à Socopa. La confiance, y a que ça de vrai.

Entretenir la confusion

Noyer le poisson, c’est typiquement que ce font tous ces industriels qui ont choisi les mosquées d’Evry et de Paris. Et tous se moquent des consommateurs en invoquant une prétendue norme, comme on a pu le voir dans le reportage de Feurat Alani diffusé sur Canal+ [3], lorsqu’une employée du service consommateurs de Carrefour explique à un consommateur que Carrefour respecte “la réglementation halal en vigueur ». Intox. Il n’existe aucune règlementation halal en vigueur. Pourtant, Quick s’y réfère et choisit le même angle de défense que Carrefour et d’autres. Reprenons l’affiche ci-dessous, notamment la première phrase. Voici ce que l’on peut lire :

“Quick vous garantit l’utilisation exclusive dans ce restaurant de viandes certifiées halal par organismes compétents et dépositaires de l’agrément.

Un agrément utile… mais qui n’existe pas

Des viandes certifiées halal par des organismes compétents et dépositaires de l’agrément, donc. Très intéressant. Vraiment très intéressant. Nous sommes-là dans la même stratégie que, par exemple, Reghalal qui entretient la confusion pour ne pas avoir à répondre de l’absence de contrôleurs salariés par son partenaire certificateur, en l’occurrence l’ACMIF-mosquée d’Evry. Comme Reghalal (Certification halal : comment Reghalal entretient la confusion [4]), Quick veut nous faire croire que la certification halal de ces organismes est agréé par l’Etat. Or, le seul agrément qui existe aujourd’hui est celui qui permet, depuis 1994, aux mosquées de Paris, d’Evry et de Lyon de délivrer des cartes de sacrificateurs. Un sacrificateur a pour seul mission de mettre à mort les bêtes qui lui arrivent. Il ne peut être au four et au moulin et ne peut donc sacrifier, contrôler, certifier, ce qui n’est de toute façon pas sa mission. La ficelle est grosse et même outrancière. S’il y a bien un agrément, il n’est que d’ordre administratif et ne concerne jamais ni la certification ni le contrôle. Il permet simplement à ces mosquées de délivrer les cartes, comme la préfecture délivre des permis de conduire.

Ainsi, Quick joue sur le fait que les trois mosquées sont habilitées à délivrer des permis de sacrificateur pour faire croire que l’Etat leur reconnaît leurs compétences à contrôler. Dans ces conditions, toute secrétaire de préfecture apte à donner le papier rose est de facto inspectrice du permis de conduire. Peu importe si son travail n’est que de remplir des cases dans un ordinateur et non pas de contrôler sur le terrain que les règles sont respectées. La stratégie de Quick est totalement incompréhensible et mène inexorablement le groupe droit dans le mur. Et ça n’est certainement pas en tapant sur Al-Kanz que cela résoudra les choses.

S’il vous vient à l’idée de demander des explications à Quick, refusez que l’on vous enfume avec ce discours réchauffé. Si l’on vous affirme qu’il y a des certifications, allez plus loin et demandez donc comment peut-on certifier sans contrôler. La certification est un témoignage. Sans contrôle, elle n’a plus vraiment de sens. Si l’on vous parle de confiance, rappelez donc tous les scandales qui continuent d’être révélé. Demandez par ailleurs pourquoi si Socopa propose vraiment de la viande halal, Casino l’a désavoué en la blacklistant. Que le géant Quick charge le misérable taulier du site Al-Kanz en lui prêtant des “propos diffamatoires” – qui du reste n’ont jamais été tenus, soit. Briser le thermomètre quand il y a de la fièvre est toujours une réaction primaire en cas de panique. Mais que le groupe Casino, le mastodonte de la grande distribution, désavoue après audit le fournisseur en viande halal que Quick défend becs et ongles, sans d’ailleurs avoir réalisé le moindre audit après la décision de Casino, là c’est une énorme pierre dans le jardin de Quick, que la chasse au Al-Kanz ne permettra pas de dégager.

Lire ou relire : Quick « halal » : fin de partie pour les mosquées d’Evry et de Paris [5]