- Al-Kanz – Economie islamique en France et dans le monde - https://www.al-kanz.org -

Finance islamique : « les années à venir devraient être riches en développements »

chaabi-570-simm [1]

En décembre 2011, le premier produit financier conforme aux principes qui régissent la finance islamique était mis sur le marché par le Chaabi Bank et la société 570 [2]. Un an et demi plus tard, interview avec Amine Nait Daoud de la société 570.

Al-Kanz : Pourriez-vous rappeler en deux mots ce qu’est la murabaha ?
Amine Nait Daoud :
Le financement immobilier murabaha est un contrat de vente à crédit par lequel un vendeur (ici la banque) vend un actif (ici un bien immobilier) à un acheteur (ici le client) à un prix (le prix de revente) supérieur au prix d’acquisition. La marge commerciale représente le gain réalisé par la banque dans l’opération.

En image :

Al-Kanz : Dix-huit mois après le lancement de votre produit quel bilan tirez-vous ?
Amine Nait Daoud :
 La mise en place du financement immobilier murabaha a demandé beaucoup d’énergie et de temps. L’offre est aujourd’hui bel et bien déployée, avec à ce jour une centaine de dossiers traités, ce qui est très satisfaisant étant donné que nous n’avons que très peu communiqué sur l’offre. Les premiers retours des clients nous encouragent à poursuivre nos efforts.

Dieu, par Sa miséricorde, m’a honoré lors de la signature du premier dossier, par la présence de la mère du client, qui ressemblait d’ailleurs comme deux gouttes d’eau à la mienne. Voyant son fils et sa belle-fille signer l’acte de propriété et par la même tourner une nouvelle page de sa vie, elle a versé quelques larmes – ce qui est assez rare chez un notaire –, puis m’a regardé et m’a dit en arabe – également assez rare chez un notaire : « Mon fils, qu’Allah te récompense et t’accompagne dans ta vie comme tu as aidé mon fils à réaliser son projet dans le halal ». Voilà en résumé pourquoi on se lève le matin…

Al-Kanz : Doit-on y voir les signes d’un véritable ancrage de la finance islamique en France ou est-il prématuré pour l’heure de tirer toute conclusion ?
Amine Nait Daoud :
 A vrai dire les retours dépassent nos attentes ! Les autorités ont accueilli avec plaisir le lancement d’une offre. Les acteurs du marché y voient un levier de croissance pour la France. Je pressens d’ailleurs la conversion de nombre d’agents immobiliers à la finance islamique dans les années à venir…. S’agissant des clients, nous percevons un grand enthousiasme dans la communauté musulmane autour de ces produits.

Mais ce n’est qu’un début car les conditions d’éligibilité du produit proposé ne sont pas encore à la portée de tout le monde. Nous pourrons dire avoir atteint un cap quand le produit sera banalisé et accessible au plus grand nombre, sans aucune sélection de statuts ou de bourses. La route est encore longue mais le chemin est tracé…

Al-Kanz : Au SIMM en 2011 ou au rassemblement des musulmans de France (RAMF) et du salon du Val d’Oise en 2012, votre stand ne désemplit pas. L’intérêt est-il réel ou cette affluence est trompeuse ? Constatez-vous le même engouement en dehors de ces événements ? A combien estimez-vous le nombre de personnes vous ayant directement contacté depuis le lancement du produit 570-Chaabi Bank.
Amine Nait Daoud :
L’engouement est réel, les chiffres le prouvent. Typiquement, nous enregistrons à ce jour près de 20 000 prises de contact malgré une communication relativement timide. Néanmoins, les réactions face à la finance islamique sont exactement celles que nous avions distinguées dans les différentes études menées avec notre partenaire, l’association AIDIMM [3]. Lzs profils type sont, par ordre de préférence :

– Je m’intéresse, je consomme, et je soutiens ;
– Je m’intéresse et je consomme, mais reste discret ;
– Je ne m’intéresse pas ;
– Je m’intéresse et je fais tout mon possible pour démolir ce que vous faites (je caricature à peine).

Il y a encore un gros travail à faire en matière de sensibilisation et de pédagogie, terrain sur lequel nous essayons d’œuvrer au mieux aux côtés d’AIDIMM par le biais de conférences, séminaires, outils pédagogiques, etc. De même, nos efforts de vulgarisation par la bande dessinée sont un axe à développer. D’où l’importance du partenariat avec le studio BDouin.

Al-Kanz : Etes-vous aujourd’hui à même de dresser le profil type du client intéressé par la finance islamique ?
Amine Nait Daoud :
Sur le plan socio-économique, il s’agit typiquement de foyers disposant de revenus situés autour de 4500 euros par mois, d’une épargne constituée avoisinant les 75 000 euros et âgés en moyenne de 35 ans. Quant à l’aspect socioprofessionnel, les professions libérales, souvent des médecins, et les cadres sont surreprésentés.

Sur le plan religieux, vous serez probablement surpris de ma réponse, mais la finance islamique est finalement une thématique qui rassemble les musulmans, quelle que soit la ferveur – en tout cas apparente – de leur pratique. C’est là un grand bienfait. Encore une fois, l’enjeu est bien de démocratiser cette solution financière pour la rendre accessible à tous, au-delà même des seuls pratiquants ou musulmans.

Al-Kanz : A son lancement, le produit que vous proposez en partenariat avec la Chaabi Bank a suscité de l’espoir, mais aussi de la déception puisque seuls les ménages à hauts revenus étaient éligibles du fait de la période de remboursement limitée à dix ans. Est-ce toujours le cas aujourd’hui ou non ?
Amine Nait Daoud :
Il s’agit d’une première étape nécessaire au bon développement de l’offre et non d’une volonté de sélectionner les ménages à hauts revenus. D’ailleurs, nous avons bon nombre de clients résidents en province qui ont des revenus moyens, mais peuvent bénéficier d’un financement immobilier murabaha, parce que les prix de l’immobilier sont beaucoup plus abordables dans leurs régions qu’en Île-de-France.
Il est également important de rappeler que la limitation à dix ans est essentiellement due à l’absence, pour le moment, d’une solution d’assurance « emprunteur » conforme à l’éthique musulmane. Une telle assurance couvre le client et surtout la famille en cas de décès ou d’invalidité. Il s’agit donc plutôt d’une volonté de protéger le client plutôt que de sélectionner les ménages à hauts revenus.

Al-Kanz : Les attentes des particuliers comme des professionnels pour des solutions de financement sans riba sont grandes. Il n’est pas une semaine, voire pas un jour, sans que nous ne recevions un courriel, qui pour un prêt pour acheter une maison, qui pour un rachat de crédit classique, qui pour l’achat d’une voiture. Quelles sont les demandes qui vous sont faites aujourd’hui ?
Amine Nait Daoud :
 Les demandes que nous recevons concernent à 70 % l’immobilier, puis le financement professionnel et enfin l’épargne et l’automobile. La répartition correspond à ce que nous anticipions même s’il ne faut pas sous-estimer la demande pour l’épargne et le financement automobile qui sont des besoins réels, mais secondaires et donc souvent laissés de côté du fait de la priorité donnée à l’immobilier.

Al-Kanz : Enfin, doit-on s’attendre dans les semaines et les mois à venir à la mise sur le marché de nouveaux produits financiers ?
Amine Nait Daoud :
Pour le moment, nous parlerons plutôt d’évolution des produits existants avec notamment de nouvelles opportunités de placement dans l’économie réelle, d’épargne régulière, mais aussi et surtout de financement immobilier sur des durées plus longues que dix ans in cha’a-Llah.
Cela dit, les années à venir devraient être riches en développements : financement des professionnels, financement automobile. La crise que traverse le secteur poussera nécessairement les constructeurs à chercher des relais de croissance, sans oublier un gros dossier encore peu exploré, l’assurance takaful. Et en bonus, une plateforme de crowdfunding, mais pour en savoir plus, il faudra nous réinviter dans les prochains mois.

Al-Kanz : Comptez-vous lors de la participation au RAMF qui débute vendredi prochain au Bourget faire de nouvelles annonces ?
Amine Nait Daoud :
Oui ! Mais il faudra passer nous voir pour en savoir plus… Nous vous accueillerons avec plaisir sur nos stands, côté foire ou côté pavillon Jeunesse à votre convenance.