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Facebook est devenu l’eldorado de la concurrence directe et déloyale

Facebook : concurrence déloyale et asphyxie
Crédit – Phil Sexton [1]

S’il y a bien un phénomène qui gangrène les e-commerçantes, il s’agit sans conteste des vendeuses non déclarées sur Facebook. La déclaration de chiffre d’affaires des autoentrepreneurs s’est avérée plutôt épicée, puisque les taux d’imposition ont été revus à la hausse dernièrement. Grand nombre d’entre nous en sont arrivés au point de se demander si c’était vraiment rentable de poursuivre l’aventure de l’entrepreneuriat. D’un côté les charges augmentent, l’activité d’achat-revente est difficilement rentable et de l’autre côté, nous devons faire face à la multiplication des vendeuses à la sauvette. Focus sur un phénomène décourageant.

Les fournisseurs, premiers responsables ?

Nous avons posé la question à la gérante de la boutique HijabGlam qui a bien voulu répondre à nos questions. Voici l’interview.

Marie : De plus en plus de personnes vendent du prêt-à-porter, des hijabs, des accessoires de mode sur Facebook. La plupart du temps nous retrouvons des articles très similaires, voire identiques à ce qui est vendu dans des boutiques déclarées. Les mêmes grossistes fournissent à la fois les boutiques déclarées et les boutiques non déclarées. Comment expliquez-vous le fait que les personnes non déclarées puissent s’approvisionner chez ses grossistes ?

HijabGlam : Malheureusement les fournisseurs sont les premiers responsables. J’ai été très souvent étonnée de constater que les grossistes rechignent à me faire une facture. Ils préfèrent de loin être réglés en liquide, sans traces, ce qui permet aux non-déclarés de commercer très facilement. Après trois ans d’expérience, je n’ai jamais rencontré un seul grossiste qui refuse à quelqu’un un achat sous le manteau.

Marie : Si l’on comprend qu’une part de responsabilité incombe aux fournisseurs que dire des vendeuses qui pratiquent délibérément des prix bas ?
Lorsque vous proposez un foulard à 7 euros, une vendeuse sur Facebook va le vendre à 4 euros. Elle ne paie pas de charges, son bénéfice est net, c’est de la concurrence déloyale. Nous constatons même que certaines vendeuses vont jusqu’à baisser leurs prix au point de ne gagner que quelques centimes. Ces agissements ont-ils des répercussions sur votre e-commerce et votre motivation ?

HijabGlam : Effectivement, ces comportements ont de nombreuses répercutions. Je dirais que 80 % de mes concurrentes vendent illégalement via facebook. Leur argument principal est de vouloir rendre accessibles les produits à leurs clientes avec des prix bas. Je veux bien croire en leur intentions, mais ces « vendeuses » ne se rendent pas compte de l’énorme mal qu’elles font subir aux vendeuses déclarées. En effet, en plus de crouler sous les taxes (TVA, impots, taxe pro, etc.), nous sommes obligées de nous aligner à leurs tarifs pour pouvoir vendre. Au final, nous finissons par travailler pour rien. Cette concurrence nous asphyxie littéralement… financièrement, et moralement cela devient invivable.
Reprenons l’exemple du foulard vendu 7 euros par une société déclarée, et 4 euros par une non-déclarée. On imagine que la vendeuse non déclarée gagne un bénéfice net de 2 euros. La société déclarée, elle, ne touchera que 1,27 euros (une fois les taxes soustraites) [note d’Al-Kanz : soit 73 centimes de différence. Multipliés par des centaines, voire des milliers de produits vendus par mois ou par an, ces 73 centimes par unité représentent plusieurs milliers d’euros de perdus.] Non seulement, la société déclarée gagne donc moins, mais en plus, elle attirera moins de clientes du fait de son prix de vente.

A quoi bon s’engager dans l’aventure entrepreneuriale

HijabGlam parle “d’asphyxie”. C’est effectivement le sentiment ressenti par un grand nombre d’auto-entrepreneuses musulmanes. A quoi bon s’engager dans une aventure entrepreunariale si l’on constate que plusieurs commerçantes déclarées y laissent des plumes ?

Au quotidien, nous sommes confrontées à la maintenance de nos sites web, nous consacrons du temps à la bonne tenue de notre comptabilité, nous calculons correctement nos prix en fonction de l’imposition, nous prenons des risques financiers. A côté de cela, nous remarquons le nombre croissant de nouveaux comptes vendeurs illégaux sur Facebook.

Difficile de garder le moral, puisque finalement il n’y a pas grand chose à faire si ce n’est subir. Nous sommes d’accord que la concurrence a un aspect positif puisqu’elle encourage l’entrepreneur à  innover et à se dépasser, mais que faire lorsque celle-ci est déloyale ?

Un autre type de concurrence néfaste fleurit sur Facebook. Cette fois-ci, ce sont les entrepreneuses créatives qui en sont victimes. Nous vous en parlerons dans un prochain article avec le témoignage de Brochetonvoile [2].