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Mouton de l’aïd : comment la grande distribution fraude en toute impunité

boucher supermarche©Shutterstock [1]

L’aïd al-adha [2] aura lieu in cha’a-Llah cette année aux alentours du 5 octobre, samedi 4 ou dimanche 5 octobre. Cette fête, qui avec l’aïd al-fitr constitue les deux seules fêtes du calendrier musulman, dure trois jours, les fameux jours dits de « tachriq ».

C’est pendant ces trois jours que les musulmans doivent s’acquitter du sacrifice d’une bête. En France, les musulmans choisissent plutôt un agneau. D’autres jettent leur dévolu sur un boeuf, qu’ils se partagent.

Des dizaines de millions d’euros en trois jours dans l’économie française

En 2011, 258 000 ovins et environ 4 000 bovins ont été sacrifiés en France en 2011 [3] à l’occasion de l’aïd al-adha. C’est ainsi que chaque année plusieurs dizaines de millions d’euros sont injectés en quelques jours dans l’économie française, plus particulièrement dans la filière agricole.

Les éleveurs d’agneaux, particulièrement touchés par la crise et étouffés par la grande distribution et les géants de la viande, trouvent de fait dans l’aïd al-adha un second souffle, vital pour leurs exploitations. On comprend dès lors la teneur des analyses publiées quelques semaines après l’Aïd al-Adha par des instituts comme l’INSEE [4] ou par le ministère de l’agriculture. Imaginons la panique si fatigué du muslim-bashing, les musulmans décidaient massivement de privilégier le sacrifice par procuration et boycotter l’agneau français [5].

La grande distribution a compris, comme pour le ramadan, qu’il y avait là une manne. Mais comme pour les produits halal [6], l’agneau vendu dans les grandes surfaces, supermarchés, hypermarchés et autres n’offre pas les garanties suffisantes qui permettraient aux consommateurs musulmans de passer commande en toute tranquillité.

Ce dont se moque la grande distribution

Le sacrifice du jour de l’aïd al-adha répond à un rite précis et défini que l’on doit observer. Il est absolumet intolérable que chaque année la grande distribution s’adonne sciemment pour des raisons purement mercantiles à ce qui n’est rien d’autres qu’une profanation. Citons trois points particulièrement litigieux, trois pratiques qui ne respectent pas le rite, mais qui permettent aux enseignes de la grande distribution de gagner beaucoup d’argent.

la bête est tuée avant l’heure : la logique de l’aïd al-adha est en contradiction avec la logique commerciale. La règle veut que l’animal soit abattu le jour de l’aïd, après la prière matinale, soit grosso modo après 9h. Or, et c’est le cas aussi de nombreux bouchers musulmans, la grande distribution se fiche de ce critère fondamental. Un animal abattu avant la prière n’est pas un animal de l’aïd. Depuis quelques années, l’étau se resserrant autour des margoulins, de plus en plus d’enseignes indiquent abattre leurs bêtes après la prière. La transparence fait son chemin. Pour autant, ce mouton n’est pas un mouton de l’aïd, islamiquement parlant.

la bête n’est pas sacrifiée conformément aux exigences du halal, elle est non halal : de nombreux professionnels passent commande des semaines à l’avance à des abattoirs étrangers. L’agneau irlandais par exemple fait le bonheur de ceux qui veulent tromper les consommateurs musulmans. Les moutons sont alors abattus plusieurs jours avant l’aïd al-adha, de façon non halal, sans aucun contrôle et sans qu’il ne soit garantie que le sacrificateur remplisse les conditions requises. Ils ne sont pas halal et ne peuvent pas être considérés comme étant des moutons de l’aïd. Puis les bêtes sont importées en France et, notamment, stockées au marché international de Rungis. Le jour de l’aïd, elles sont livrées aux boucheries, voire avant dans la grande distribution, pour être ensuite remises aux clients musulmans, qui pour la plupart pensent acheter un mouton de l’aïd.

la bête est tuée à la chaîne, elle n’est pas sacrifiée nominativement, comme il se doit. Le sacrifice de l’aïd est nominatif. En d’autres termes, un animal sacrifié à l’occasion de ce rituel doit l’être pour le compte d’une personne nommée. Quand on passe commande son mouton dans son hypermarché, comme on commande un billet pour un match de football, on peut difficilement s’attendre à ce que l’agneau que l’on récupèrera le jour de l’aïd soit bien celui qui nous a été abattu nominativement. Une enseigne de la grande distribution ne s’embarrassera pas de ces précautions.

N’achetez pas votre mouton dans votre hypermarché

Pour toutes ces raisons, nous vous recommandons vivement d’éviter d’acheter votre mouton dans l’une des enseignes de la grande distribution. De même, si vous commandez votre mouton chez un boucher musulman, assurez-vous qu’il respectera les règles du sacrifice de l’aïd al-adha. Les plus sceptiques pourront relire notre billet consacré aux faux moutons de l’aïd à Rungis.

Lire – Faux moutons de l’Aïd à Rungis, les photos [7]

Il est important que cette tromperie massive cesse. Mais cela ne se fera qu’à la seule condition que chacun d’entre nous décide véritablement d’agir et agisse. Il ne faut rien attendre des instances musulmanes qui pour les uns participent directement à la fraude, c’est un secret de Polichinelle, soit se taisent pour ne pas froisser ces organisation délinquantes mais politiquement utiles.

La mobilisation contre les massacres à Gaza [8] a démontré qu’ensemble les citoyens, c’est-à-dire nous tous, peuvent se faire entendre. Voilà des années que nous essayons de convaincre la communauté musulmane d’agir de façon suffisamment persuasive pour que l’impunité dont jouissent les fraudeurs ne soit plus qu’un mauvais souvenir.

Agissons – Ce que chacun peut faire

Toute cette fraude perdure, car nous ne réagissons pas, nous n’agissons pas. Voici quelques actions à mener. Croyez-nous, elles sont efficaces, mais elles auront un réel impact si vous, lecteurs, êtes nombreux à les mener.

Parlez-en autour de vous. Prévenez votre famille, vos amis, vos voisins. Laissez un mot à l’accueil de votre hypermarché en précisant que si des moutons sont vendus pour l’aïd comme des moutons de l’aïd vous ferez un signalement à la Répression des fraudes. Ecrivez au maire de votre ville, ainsi qu’aux députés et au préfet. Imprimez une feuille A4/A5 sur laquelle vous écrirez simplement de ne pas acheter son mouton dans telle ou telle enseigne et distribuez dans les boîtes aux lettres de votre quartier. Tout cela ne vous prendra que quelques minutes. Faites-le.

Pensez par ailleurs à en parler aux responsables de l’association qui gère la mosquée de votre ville, afin que l’imam fasse une annonce aujourd’hui vendredi avant ou après son sermon. Plus la mobilisation sera grande, plus la grande distribution comprendra que le temps où l’on trompait les consommateurs musulmans est révolue.

Ne négligez pas ces modestes actions qui auront un énorme impact à condition que nous soyons assez nombreux pour ne plus accepter d’être tant méprisés. L’islamophobie, c’est aussi être escroqué impunément car considéré comme des citoyens de seconde zone. Si vous ne deviez retenir qu’une seule raison pour agir, c’est que si personne n’agit des milliers de familles musulmans, des personnes âgées, vulnérables vont se faire avoir, comme c’est le cas depuis des années. Pensons à elles.

Dès aujourd’hui et pour les quinze jours à venir, envoyez des SMS, partagez l’information sur Facebook et Twitter. Faites-le, si vous pensez que vous n’avez pas à être méprisés car vous êtes musulmans. Le changement passera par vous incha’a-Llah. Ou ne passera pas.

Rediffusion du 16 octobre 2012. Pensez à prendre en photo les panneaux de publicité présents depuis quelques jours dans votre hypermarché et à nous les envoyer à l’adresse suivante : webmaster[@]al-kanz.org. Faites-le, c’est important.