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Le hijab (voile islamique) est autorisé dans les écoles

Le hijab (voile islamique) est autorisé dans les écoles suissesAprès le canton de Bâle (Suisse) qui a édicté et mis en place de nouvelles dispositions relatives à l’éducation et la liberté religieuse et de conscience (lire notre billet : Piscines obligatoires pour les musulmanes. Mais en survêtement… [1]), c’est au tour de la Direction de l’instruction publique du canton de Berne de proposer, dans un rapport de huits pages, des « aides à la décision » au corps enseignant et aux « responsables de la formation, les autorités scolaires et les autorités de surveillance ».

Le rapport « Traditions et symboles religieux : quelle attitude adopter ? » de la Direction de l’instruction publique a un objectif clair : éviter le conflit et favoriser le dialogue entre l’école et les familles – notamment celles dites « très religieuses » – qui ont des convictions n’allant parfois pas spontanément de pair avec celles de l’école mais qu’il s’agit de respecter tant que faire se peut. Le ton est clairement à la compréhension.

Les personnes, issues de minorités se trouvant dans un milieu social, culturel et religieux différent du leur, cherchent à préserver leur identité, leurs valeurs et leurs normes (par exemple en ce qui concerne la sexualité, le mariage et la famille) en demandant une dispense.
Des préoccupations de ce genre sont naturelles et compréhensibles. Les efforts pour préserver son identité sont légitimes, notamment en raison de la liberté de religion, de croyance et de conscience.

A la compréhension et à l’amalgame. Le propos est en effet parfois bien surprenant :

Contexte

Dans le contexte d’une famille dont la relation entre les genres est hiérarchisée, la vertu des filles et des femmes est très importante pour l’honneur de toute la famille. Pour protéger cette vertu, une séparation spatiale entre les personnes de genre différent est parfois considérée comme indispensable ; en outre, les filles peuvent se voir assigner un mari (avant même la puberté) afin d’éviter qu’elles n’entrent en conflit avec la morale sexuelle et l’honneur de la famille et qu’elles ne subissent de sévères punitions.

Certes le rapport s’intitule « Traditions et symboles religieux », mais il aurait été bon de préciser clairement quand est-ce qu’il s’agit de traditions et quand est-ce qu’il s’agit de religion. S’agissant de l’islam, la « séparation spatiale » pour reprendre les termes employés n’est jamais motivée par la volonté de protéger la « vertu des filles ». Que cette conception soit partagée ça et là et que certains sacralisent « la vertu de la fille » n’autorise nullement à pratiquer l’amalgame, puisque rien dans l’islam ne dit que la « vertu de la fille » est un principe fondateur de la séparation des sexes.

La suite du texte laisse à penser que les rédacteurs ont eu quelque mal à garder le fil. On se demande en effet ce que vient faire le paragraphe ci-dessous qui vient juste après le paragraphe précédent :

Recommandation

Lorsqu’une enseignante se sent trop peu respectée par un père ou un élève, elle doit mettre en évidence le fait qu’elle est « la cheffe » dans la salle de classe.

[…]

Dans les entreprises formatrices, les règles à respecter doivent être clairement communiquées et appliquées, en particulier dans les cas où des apprenants de sexe masculin doivent respecter une supérieure de sexe féminin ou lorsqu’ils doivent accomplir des travaux qu’ils considèrent comme « féminins ».

La confusion est totale. Ni la religion ni les fidèles ne sont comptables de la mauvaise éducation et des comportements cavaliers et inacceptables des élèves ou des parents d’élèves. Ces quelques lignes sont même outrancières : on confond irrespect et tradition ou religion, comme si le manque de respect était constitutif d’une tradition ou relevait de la religion. Si un père adopte une attitude incorrecte à l’égard d’une enseignante, ce n’est pas parce qu’il est de telle ou telle nationalité ou de telle ou telle religion. Ce peut être et c’est tout simplement parce qu’il manque d’éducation.

Jusque-là il apparaît que la Direction de l’instruction publique du canton de Berne avait besoin d’éditer un ouvrage de savoir-vivre et de bonne éducation et non un guide sur l’attitude à adopter face à des gens de culture et de religion allogènes.

En Occident, le voile et le tchador ont acquis une symbolique islamique depuis la révolution iranienne. Ils sont même devenus le symbole d’un islam qui associe religion et objectifs politiques et marque ainsi bien la différence entre les civilisations islamique et occidentale. Cependant, le port du foulard ou du voile islamiques ne doit pas être comparé sans réfléchir avec l’islam politique. Ces deux vêtements peuvent aussi être des accessoires de mode ou correspondre à une tradition ethnique.

Après l’amalgame, les poncifs. La déferlante médiatique de 2004 et de l’affaire du voile semble avoir laissé des traces en Suisse. Pour autant, les recommandations du rapport en matière de tenue vestimentaire laissent aux élèves la liberté de porter hijab, foulard ou crucifix, liberté dont les limites restent à l’appréciation de lla direction de l’école.

Recommandation
Les écoles du canton de Berne n’ont jusqu’ici pas émis de directives quant à la tenue vestimentaire des élèves. Cependant, si l’école ne peut plus accomplir sa mission de formation en raison de consignes religieuses, la liberté au niveau de la tenue vestimentaire est à limiter par la commission scolaire ou la direction d’école (les tchadors et les burka, par exemple, sont des voiles recouvrant l’ensemble du corps qui rendent difficile la communication et le mouvement des élèves).

Les entreprises peuvent thématiser les directives vestimentaires avec tout le tact qui se doit. Elles peuvent par exemple rappeler que, dans les pays musulmans, les femmes ôtent leur foulard quand cela s’avère nécessaire pour des raisons d’hygiène ou de sécurité. Elles attirent ainsi l’attention sur le fait que, dans un contexte musulman, une attitude pragmatique par rapport à la tenue vestimentaire est également courante.

Télécharger le rapport (format PDF, 72 Ko) :
Traditions et symboles religieux : quelle attitude adopter ?

Crédit photo : Sektordua [2]