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Mises au point de à propos de l'article "L'UOIF et les bonbons halal"

Suite à notre article « L’UOIF et les bonbons halal [1]« , nous avons reçu deux mises au point : la première, hier, de la part de Saad, responsable commercial de la société SCV, qui distribue – si nous avons bien compris – les bonbons de la marque Fini ; la seconde aujourd’hui. Elle émane d’El Bachir Boukhzer, président de Halal Services, organe de certification de l’UOIF.

Les deux mises au point ont été envoyées indépendamment l’une de l’autre. Celle de Saad est destinée aux librairies musulmanes et à une société qui commercialise les bonbons Fini. Elle fait évidemment suite à l’interdiction par Halal Services de toute vente de bonbons à l’occasion du rassemblement organisé par l’UOIF au Bourget (le RAMF).

Pour comprendre le lien entre les deux mises au point, il faut préciser que la décision de Halal Services fait suite à un voyage au Brésil notamment du responsable commerciale de la société SCV. La mauvaise interprétation d’une phrase sortie de son contexte, selon ce dernier, serait à l’origine de l’interdiction de toute confiserie contenant de la gélatine halal. C’est ce qu’explique Saad de la société SCV.

El Bachir Boukhzer, quant à lui, ne revient pas sur les raisons de considérer toute gélatine comme étant illicite à la consommation, ni sur ce fameux voyage au Brésil et cette phrase au centre de la controverse « Il n’existerait aucune gélatine halal au monde », qui a motivé l’interdiction au Bourget, mais sur les conséquences d’une telle prise de position, notamment dans le cas d’un producteur.

Saad, responsable commercial de SCV :

« Nous avons effectué ce voyage à Sao Paulo au Brésil le 12 avril 2008 pour une durée de quatre jours, afin de vérifier objectivement la gélatine des bonbons SFY fini. Nous avons très bien été accueillis par Cheikh Essadik el Othmani membre exécutif de l organisme de contrôle CDIAL et prédicateur aux affaires religieuses via la Ligue islamique mondiale, au sein de la grande mosquée Abou Bakr Seddik à Sao Bernardo. Il nous a relaté dans un premier temps le fonctionnement des abattoirs au Brésil, les unités d’abattages bovins et celles des poulets. Le CIBAL, haut conseil islamique, instance représentative des musulmans au Brésil, est mandaté directement par la Ligue islamique mondiale d’Arabie saoudite et la délégation des savants de al awkaf égyptien. Dr El Zoghbi, président du CIBAL depuis 1979, veille scrupuleusement à l’aspect licite des abattages et de tout ce qui a attrait à l’alimentation des musulmans dans une certification rigoureuse répondant à un cahier des charges soumis aux conditions religieuses et vétérinaires.

« Il n’existerait aucune gélatine halal au monde. », affirme Halal Services. Or cette phrase rocambolesque, mal placée, interprétée à mon insu, découle de la conversation lors d’une réunion avec le Dr El Zoghbi président du CIBAL au Brésil. Ce dernier nous expliqua que les sociétés de gélatine de par le monde sollicite très fortement le Brésil (bastion des viandes bovines dans le monde qui n’exploite que 5 % des ses richesses). Les abattoirs brésiliens commercialisent les matières premières nécessaires pour fabriquer de la gélatine. Parmi ces abattoirs, tous ne sont pas musulmans et n’ont pas le souci d’un abattage rituel soumis aux conditions de notre religion. Il a stipulé que beaucoup de sociétés de bonbons, même en Malaisie et en Indonésie, achètent les ossements de bovins, afin de fabriquer la gélatine sans rechercher la traçabilité de la bête égorgée. Cette affirmation ne remet pas en question tous les bonbons existant sur le marché, car tout dépend de l’organisme de contrôle en charge de la traçabilité des matières premières et de l’école de pensée, auquel il adhère, libre à chacun. Aussi, il existe plus de soixante grands abattoirs brésiliens et lignes d’abattages dans lesquels la majorité des pays du Moyen-Orient et du Golfe exige l’abattage rituel de la bête, des contrôleurs et des sacrificateurs présents à chaque abattage. Pour ce qui est des poulets, il y en a certes qui pratiquent l’électronarcose à 15-20 % se basant sur des fatwas de savants musulmans. Ceci est un autre débat.

Dr Zoghbi nous a fait part de la globalisation des abattages des bovins manuellement au Brésil, décision dite « ministérielle » du fait de l’aspect qualitatif de la viande égorgée hamdoulilah ! La quantité de matière première issue de bovins pour fabriquer de la gélatine se décline de la manière suivante : 600 bovins abattus pour fabriquer 1 tonne de gélatine. A partir de là, Dr El Zoghbi à expliqué très simplement que si nous venions à comparer à l’échelle industrielle mondiale des productions de gélatine non halal et celle dite halal « il n’existerait aucune gélatine halal au monde » du fait de cette proportionnalité des faits. Concernant la gélatine de marque Gelita utilisée pour les bonbons, SFY répond intégralement au process de contrôle strict du CIBAL dans un respect des convictions religieuses musulmane et sous l’autorité du conseil de la Ligue islamique mondiale présidée par Dr. Muhammad Bin Abdul Mohsin Al Turki.

Donc que les paroles soient bien reprises dans le contexte sans altération ni fabulation à mauvaise escient, afin de se frayer une notoriété de contrôle ou autres… provoquant de ce fait des torts nourris, de polémiques stériles pour beaucoup de nos frères et de nos sœurs qui essaient de se montrer productifs et créatifs !»

Boukhzer El Bachir, président de Halal Services

L’article « L’UOIF et les bonbons halal » publié sur le site Al-Kanz (www.al-kanz.org) dénonce la contradiction qui existe entre l’avis du Conseil européen de la fatwa et la position de Halal Services », organe de certification de l’UOIF, sur la question de la gélatine animale, et conclut ainsi sur une touche ironique : « En clair, l’UOIF considère que l’on peut consommer sans gêne un aliment contenant de la gélatine, ou tout autre composant d’origine animale, et, dans le même temps, l’UOIF considère qu’il n’existe aucune gélatine halal. Ce paradoxe prêterait à sourire si personne n’avait été lésée par cette prise de position difficile à comprendre ». Nous estimons qu’il est de notre devoir d’éclaircir le consommateur musulman à ce sujet.

Il existe deux approches du halal : celle du consommateur et celle du producteur. Le consommateur dépend entièrement des produits qui se trouvent sur le marché ; son pouvoir d’agir sur la nature des produits qui lui sont offerts est donc très limité et résulte d’un travail de lobbying très complexe. S’il doit éviter tous les produits qui font l’objet de doutes quant à leur licéité, le poids de la contrainte serait tel que les difficultés deviendraient insurmontables, surtout lorsqu’il s’agit d’un responsable de famille qui doit subvenir aux besoins variés de ceux dont il a la charge, et qui consomme des produits qui utilisent ce genre d’ingrédients de base.

Pour tous ces consommateurs musulmans, l’appel à la dérogation fondée sur des avis juridiques authentiques est une nécessité qui leur permet de se conformer à leur religion sans difficulté ni gêne. L’avis du Conseil Européen de la Fatwa fondé sur des recherches sur la gélatine animale est un exemple de dérogation que nous respectons et défendons. C’est là l’esprit de la religion, et recourir à la dérogation en cas de difficulté est un fondement de notre jurisprudence (fiqh).

Cependant, il convient de rappeler qu’une fatwa ne change pas la règle ni le statut de l’élément en question, mais offre seulement un allégement et une facilité d’application.
La logique des producteurs du Halal (dont les organismes de certification Halal font partie) et des professionnels de l’agroalimentaire est totalement différente. La fatwa ne les concerne pas et c’est une grave erreur que d’y recourir. Un organisme de certification est tenu de fournir le maximum d’efforts pour exiger des professionnels de l’agroalimentaire de n’utiliser que des ingrédients totalement Halal. Les exigences de rentabilité ne permettent en aucun cas de se prévaloir d’une fatwa destinée aux consommateurs afin de certifier halal des produits contenant des ingrédients à base de gélatine animale qui peuvent être remplacés par d’autres ingrédients tout à fait licites.

Notre objectif est d’éviter de recourir à la fatwa en exigeant du producteur de fabriquer des produits qui satisferont tous les musulmans, y compris ceux qui ne sont pas convaincus par cette fatwa, ou qui, tout simplement, ne souhaitent pas qu’un dérivé de porc, même transformé et juridiquement Halal, fasse partie de leur alimentation et, par la suite de leurs tissus, organes et cellules.

En conclusion, un consommateur musulman a le droit de se baser sur une fatwa pour consommer de la gélatine animale, mais un organisme de certification ne doit certifier que les produits Halal par nature et non pas les produits rendus tel par le truchement d’une fatwa.