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Distinguer l'abattage rituel quotidien de celui de l'aïd al-kebir est nécessaire

Abattage rituel. Troisième partie du verbatim de la réunion autour de la question de l’abattage rituel, lors du Grenelle de l’animal. Il apparaît, à la lecture de ce compte-rendu, que l’ensemble des discussions tournaient surtout autour de la question de la viande halal. N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires.

* Première partie : Abattage rituel : verbatim du Grenelle de l’animal (1) [1]
* Deuxième partie : “Imposer l’étourdissement préalable serait une véritable catastrophe” [2]

M. l’aumônier en chef ARBI rappelle utile et nécessaire de bien distinguer l’abattage rituel quotidien de celui de l’Aïd el-Kébir (structures en diminution et demandes en augmentation). Il suggère une normalisation qui impliquerait tous les acteurs : religieux, organisations de protection animale, associations de consommateurs, professionnels. Une normalisation du Hâlal lui semble l’élément permettant de réguler cette affluence constatée avec toutes ses dérives, ses carnages contraires aux principes religieux.

M. Jean-Pierre KIEFFER trouve cette réunion très constructive et soulève les nombreux points de convergence. Il souhaite que les associations de protection animale soient associées au vaste sujet de la formation. Leurs propres formateurs et enquêteurs sont très utiles aux sacrificateurs dans les abattoirs. Il ne remet pas en cause la dérogation de l’étourdissement préalable, mais insiste sur le fait que toute la réglementation soit appliquée strictement. Il regrette le peu de présence des services vétérinaires dans les abattoirs au poste d’étourdissement, l’aspect sanitaire est bien respecté.

M. Jérôme BIGNON suggère d’entendre à ce stade de la discussion les représentants du monde économique.

M. Nicolas DOUZAIN, FNICGV, pointe le contexte juridique. Le pésident de la République a pris l’initiative du traité européen qui, dans ses annexes, présentera un protocole sur la protection et le bien-être animal, ainsi que la charte des droits fondamentaux des citoyens européens. Les deux points permettent l’exercice des cultes sur l’ensemble du territoire de l’Union uropéenne. Dans les attendus de cette réunion, les engagements internationaux de la France étaient visés. Il n’y a pas en prévision au niveau de l’Union européenne à ce stade de volonté d’interdire les abattages rituels. En revanche, l’abattage rituel, tel qu’il est autorisé, doit faire partie des obligations générales en matière de protection animale. La formation est un point essentiel. Des engagements réciproques ont été pris pour travailler à l’ingénierie de cette formation, qui concerne les salariés des abattoirs et les sacrificateurs. La réglementation requiert la contention. Concernant les ovins, c’est une obligation franco-française, elle n’est pas européenne. Dans les débats communautaires qui auront eu lieu sur la révision de la directive abattage, peut-être que la France pourrait faire des propositions de rendre la contention mécanique obligatoire sur le territoire de l’Union européenne. Les conditions de respect des règles de protection animales sont dans les abattoirs agréés sans commune mesure avec celles observées dans le cadre des abattages rituels familiaux ou clandestins. Il ne souhaite pas qu’un amalgame soit fait entre les deux. L’éradication de ce type d’abattage est importante, y compris lors de la fête de l’Aïd el-Kébir et sur les conditions d’agrément de fermes abattoirs. Il souhaite qu’un point d’équilibre soit trouvé entre la liberté d’exercice des cultes et les obligations de protection animale dans un contexte de sécurité publique. A l’écoute de l’ensemble des interventions, il retient au moins trois points de convergence : la contention, la formation et le développement de la formation, la stricte application des règles par l’administration lors de l’agrément des abattoirs lors de la fête de l’Aïd el-Kébir.

M. David BLOCH, directeur d’abattoir, précise qu’il ne faut pas faire une généralité de la négligence de quelques opérateurs du bien-être animal dans les abattoirs. La formation du personnel rentre dans la gestion d’une entreprise.

M. Eugène SCHAEFFER, FNSEA, souligne qu’un progrès considérable a été enregistré ces dernières années et note la bonne volonté de tout le monde dans ce domaine. Il rappelle les méthodes du passé : contacts pris avec les éleveurs au moment de l’Aïd el-Kébir et sacrifice des animaux. L’évolution de la réglementation a fait que pratiquement tous les animaux sont identifiés, et qu’il est impossible qu’ils ne passent pas par un abattoir. Des abattoirs agréés existent pour les volailles (notamment abattoirs à la ferme).

M. le Recteur KABTANE souligne l’importance de la fête de l’Aïd el-Kébir chez les musulmans. Le nombre d’abattoirs devient de plus en plus insuffisant et il est fait recours à des abattoirs temporaires. Deux situations doivent être distinguées :
o L’abattage quotidien pratiqué dans les normes dans les abattoirs, auquel il faut apporter quelques améliorations.
o L’abattage de l’Aïd el-Kébir.

Il indique à titre d’exemple qu’un abattoir ne peut recevoir que 500 abattages familiaux pendant toute la période de l’abattage rituel. Il souhaite qu’une réflexion soit menée sur l’absence d’abattoirs dans certaines régions.

M. Jérôme BIGNON soulève que le calendrier de la fête de l’Aïd el-Kébir rend difficile l’adéquation entre l’offre et la demande par rapport aux capacités industrielles d’abattage.

M. Henri BRUGERE, professeur de physiologie et thérapeutique, École nationale vétérinaire d’Alfort, demande quelles sont les règles pour les volailles ? La jugulation ne devant pas être aussi simple que pour un bovin dans un système permettant de le faire.

M. le Recteur KABTANE explique l’utilisation de l’électronarcose avec la nécessité d’avoir un contrôleur en permanence sur la chaîne. Faut-il l’appliquer après l’abattage rituel ? C’est la question posée.

M. Henri BRUGERE fait circuler un document sur l’étourdissement qu’il commente. Certains points pris comme critères dans l’évaluation de la souffrance sont souvent peu significatifs. L’étourdissement peut être obtenu :
o de façon mécanique (perte de conscience temporaire, pistolet à masse percutante sans pénétration dans la boîte crânienne ou à tige percutante avec plus de traumatismes qui ne touche pas de zone vitale)
o de façon électrique (perte de conscience temporaire, sans similitude avec le sommeil normal ou l’anesthésie).

L’étourdissement est parfaitement réversible, tout à fait acceptable, l’animal se trouve dans des conditions physiologiques.

M. Jérôme BIGNON demande s’il y a des réactions.

M. l’Aumônier en chef ARBI, évoque ses visites auprès d’installations pratiquant l’étourdissement par choc électrique. La maîtrise totale de l’appareil est très difficile. Il a constaté pour un abattage de dindes que l’entreprise avait procédé à un investissement considérable dans la stabulation, l’éclairage, l’insonorisation des installations, afin qu’elles se sentent détressées, en osmose avec les règles nécessaires à la protection animale. Cet abattage n’opérait ni électronarcose, ni choc électrique, mais procédait à un abattage manuel, les animaux passaient calmement, sans battement d’ailes.