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Musulmans, OABA is watching you !

Vous trouverez en bas de page la réponse de l’OABA à notre article

Aïd el-kebir. A l’approche de l’aïd, dans une lettre envoyée à tous les préfets de France, l’OABA, association de défense des animaux, appelle à surveiller les abattoirs où les musulmans feront sacrifier leurs moutons.

Fliquer les abattoirs

L’OABA, c’est comme la fondation Brigitte Bardot, les relents xénophobes en moins. Frédéric Freund, directeur général de l’OABA, intervient d’ailleurs régulièrement sur Al-Kanz et nous avons eu l’occasion de l’entendre lors de la table ronde organisée par AVS [1]. Les positions de l’OABA sont modérées, il faut le souligner, et, hormis la question de l’étourdissement préalable avant abattage, tout nous rapproche. Cela étant, on ne peut être que mal à l’aise à la lecture de la lettre envoyée par son président, Jean-Pierre Kieffer, à l’ensemble des préfets de l’Hexagone. Dans cette lettre, l’OABA, non contente de faire la leçon à chaque préfet, demande que l’on flique tous les abattoirs où les musulmans se rendront à l’occasion de l’aïd el-kebir ; ce qui est dans ses habitudes : nous évoquions l’an dernier ces 320 familles contraintes par les agents de l’OABA et par les gendarmes de rentrer chez elles avec de la viande certainement non halal, puisque chaque bête fut électronarcosée avant l’abattage, c’est-à-dire assommée par voie électrique et sûrement blessée (voir notre article : Imposer l’électronarcose : les méthodes douteuses de l’OABA [2]).

Une réalité à nuancer

Personne ne peut nier que lors de l’aïd el-kebir nombre de sacrifices se déroulent dans des conditions pour le moins déplorables. Ce qui est évidemment condamnable, pour au moins une raison qui se suffit à elle-même : le Prophète (saws) nous ordonne de bien traiter les animaux. On ne peut pas vouloir célébrer une fête religieuse et honorer un rite tout en ne respectant pas les conditions de célébration de ce rite. En d’autres termes, on ne peut pas vouloir faire comme le Prophète (saws) et faire tout le contraire de ce qu’a fait le Prophète (saws). Pour autant, dans les abattoirs de l’aïd al-kébir, ce n’est pas pire qu’ailleurs [3]. Certes, cela n’excuse évidemment pas les mauvais traitements infligés dans certains cas aux bêtes lors de l’aïd. Pour autant, cela n’autorise personne à stigmatiser les musulmans en les accusant de tous les maux. Surtout quand on sait que mosquées et associations ne ménagent pas leurs efforts pour organiser le sacrifice et qu’elles font parfois face à l’arbitraire de l’administration et à une situation sur le terrain qui ne permet pas de faire en sorte que tout se fasse dans les meilleures conditions possibles.

Les musulmans, un bien pour les animaux et pour l’agriculture française

L’OABA dans son noble combat pour le bien-être des animaux devrait tenir un peu plus compte de la réalité :

1- Bidar, Al-Kanznaute et professionnel toujours en exercice dans un abattoir, rappelait récemment dans un commentaire [4] que « les musulmans grâce à leur présence de plus en plus importante dans les abattoirs apportent une nouvelle façon de se comporter en vers les animaux ». Les mauvais traitements envers les animaux sont vieux comme le monde. Les musulmans ne sont encore une fois pas pire que d’autres. Pas toujours exemplaires, mais tous savent qu’ils ont en la matière des principes clairs à respecter. On leur reproche bien souvent d’être trop près de ces principes pour ne pas les leur reconnaître dans le cas présent.

2- L’agriculture française est malade. L’aïd el-kebir est une formidable bouffée d’oxygène pour des milliers d’éleveurs d’agneaux qui n’en peuvent plus de travailler pour un salaire de misère. Il est des signes qui ne trompent pas : quelques semaines avant l’aïd, c’est le branle-bas de combat dans la filière ovine, pour qui cette fête est évidemment incontournable. Il devient même compliqué, tant pour les abattoirs que pour les bouchers, de trouver des mâles. Ce n’est pas tant qu’il y ait une pénurie, mais les éleveurs gardent leurs bêtes jalousement pour pouvoir les vendre d’une part directement aux particuliers, d’autre part aux abattoirs à qui ils peuvent imposer à l’occasion de l’aïd un prix décent. Douce revanche pour ces malheureux agriculteurs contraints de vendre à perte toute l’année.

Combien de temps encore va-t-on criminaliser les musulmans ? Quand est-ce que toutes les parties concernées se mettront autour d’une table pour que ce problème – qui est un vrai problème – trouve une issue favorable. D’autant que la seule pierre d’achoppement, c’est l’étourdissement préalable. Tout le monde est d’accord sur le reste. Ne peut-on pas mettre de côté cet écueil et travailler à ce que l’aïd el-kebir ne soit plus l’occasion pour les uns de tirer à boulets rouges sur les musulmans et pour les autres de procéder à leurs obligations sans avoir à se demander un mois avant si, cette année encore, la galère sera de saison ?

Lettre du président de l’OABA aux préfets à l’occasion de l’aïd el-kebir

Monsieur de la Préfecture de

Paris, le 28 octobre 2008

Objet : fête musulmane de l’aïd al-adha

Monsieur le Préfet,

Selon les informations recueillies par l’Oeuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoirs lors du comité de pilotage qui s’est tenu le 8 octobre 2008 au ministère de l’Agriculture et de la Pêche, la prochaine fête musulmane de l’Aïd al Adha (encore appelée Aïd el Kébir) devrait se dérouler du 8 au 10 décembre 2008.

La forte demande d’abattages des communautés musulmanes est susceptible d’entraîner dans votre département l’aménagement d’abattoirs agréés, pour la durée de l’aid al-adha.

J’attire toute particulièrement votre attention sur le fait que ces abattoirs temporaires, répondant à des normes strictes (Cf. la note de service DGAL/SDSPA/SDSSA/N2008-8266 du 8 octobre 2008), ne doivent pas être confondus avec les anciens sites dérogatoires, interdits depuis la décision du Conseil d’Etat en date du 10 octobre 2001, faisant suite à la requête de l’OABA.

Par conséquent, l’autorité administrative ne peut délivrer d’agrément à ces abattoirs temporaires que si leurs conditions de fonctionnement, préalablement vérifiées lors d’une phase d’essai, permettent de respecter les règles relatives à l’environnement, à l’hygiène alimentaire et à la protection animale.

Sur ce dernier point, il convient de préciser que l’abattage rituel pratiqué sans étourdissement préalable à la saignée est une dérogation apportée à la réglementation générale qui reste subordonnée à la présence d’un dispositif de contention mécanique des animaux abattus, contention qui doit être maintenue pendant la saignée et jusqu’à la mort des animaux (article R. 214-74 du Code rural).

Cette contention mécanique (ce qui exclut une simple table ou berce sur laquelle sont maintenus les animaux à la force des bras) permet non seulement de réduire le stress des animaux mais garantit également une meilleure qualité et une plus grande capacité d’abattage. A défaut de contention mécanique, l’abattage rituel ne saurait bénéficier de cette dérogation à l’étourdissement préalable à la saignée.

En outre, il convient de rappeler que les abattages rituels ne peuvent être pratiqués que par des sacrificateurs habilités par l’un des trois organismes religieux agréés : la grande mosquée de Paris, la mosquée d’Evry et la grande mosquée de Lyon. Chaque sacrificateur doit pouvoir justifier de son habilitation délivrée exclusivement par l’une de ces trois mosquées.

Par ailleurs, si la mise à disposition de locaux, installations, matériels ou équipements en vue de procéder à un abattage rituel en dehors d’un abattoir est interdite et sanctionnée d’une contravention de 4e classe (article R. 215-8 II du Code rural), le fait de procéder ou de faire procéder à un abattage rituel en dehors d’un abattoir constitue désormais un délit, passible d’une peine de 6 mois d’emprisonnement et/ou 7 500 € d’amende (article L. 237-2 I du Code rural).

Sur ce point, il serait souhaitable que les forces de l’ordre soient informées de la date de la fête de l’Aïd et de la présence éventuelle de sites d’abattages (temporaires ou pérennes) dans leur circonscription, afin qu’elles puissent mobiliser un nombre suffisant d’agents pour faire cesser et relever les infractions qui viendraient à leur être signalées.

Je vous saurai gré, Monsieur le Préfet, de bien vouloir me faire connaître les dispositions que vous entendez prendre afin que les abattages rituels opérés dans votre département, lors du prochain Aid al Adha, respectent au mieux les exigences normatives rappelées par la présente.

Comme les années précédentes, l’OABA sera particulièrement vigilante quant au respect de cette règlementation et n’hésitera pas, en cas d’infractions, à agir par voies administratives et judiciaires, pouvant sur ce second point, utilement appuyer les constatations des agents des services vétérinaires.

Vous remerciant de votre bienveillante attention et de la diligence de vos services, je vous prie d’agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de ma considération distinguée.

Le président
Docteur Jean-Pierre Kieffer
Chevalier de l’Ordre national du mérite
Chevalier de l’Ordre du mérite agricole

Source : OABA

(Merci à F. pour l’info)

Edit : mardi 18 novembre. L’OABA nous répond

Réponse de l’OABA

L’OABA est une association légaliste et non abolitionniste. Nous ne réclamons ni l’interdiction de la célébration de l’Aïd, ni la fin de l’abattage rituel les 362 autres jours de l’année. Et ceci pour une raison évidente : l’abattage rituel est autorisée par les textes nationaux qui sont la transposition des textes européens.
Toutefois, ces textes encadrent les abattages rituels pour que soient respectées les exigences en matière de protection animale, d’hygiène alimentaire et de protection de l’environnement.

La lettre de l’OABA adressée aux Préfets de la République ne fait que reprendre les exigences normatives de la République. Ni plus, ni moins.

Il n’est nullement question de stigmatiser les musulmans. D’ailleurs les procédures pénales initiées dans le passé par l’OABA n’ont jamais visé les musulmans qui avaient égorgé leur mouton en violation de la loi mais ceux qui leur avaient permis de le faire.

A ce titre, l’OABA constate et dénonce depuis plusieurs années les dérives du système mis en place lors de l’Aïd où certains Préfets agréent des « abattoirs » temporaires alors qu’il ne s’agit ni plus ni moins que de fermes où les animaux sont sacrifiés à même le sol dans des conditions abjectes et révoltantes, tant pour les animaux que pour les musulmans eux-mêmes. De même, l’OABA dénonce et n’hésite pas à poursuivre certains éleveurs qui, pour quelques euros de plus, permettent à leurs clients de sacrifier leur bête sur leur propriété ou qui vendent leurs animaux sans se soucier des conditions dans lesquelles ces derniers seront transportés puis tués.
Toutes ces personnes se rendent complices des abattages illégaux et Al Kanz a raison d’écrire qu’il ne faut pas « criminaliser » les musulmans. Il est en effet facile de stigmatiser « les musulmans » en oubliant « les autres » qui ont permis ou profité du sacrifice réalisé dans des conditions non conformes à la réglementation…

En écrivant aux Préfets, l’OABA n’a fait que rappeler les règles à respecter. Tout comme vous, nous souhaitons que l’Aïd reste une fête et ne devienne pas un carnage. A cette fin, il est utile de diffuser la plaquette informative rédigée à l’intention des sacrificateurs habilités par les Mosquées agréées, le CFCM et l’OABA, sous l’égide des ministères de l’Agriculture et de l’Intérieur :
http://www.oaba.fr/pdf/reglementations/plaquette_AEK08.pdf

Frédéric Freund, directeur de l’OABA