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Bachir, chibani sans amis, aimerait discuter

Chibani corp ou comment faire du service à la personne dans les foyers Sonacotra

Dans un précédent article, intitulé Chibani Society ou comment faire du service à la personne dans les foyers Sonacotra [1], nous écrivions ceci :

Mémoire oubliée de l’immigration en France, les chibani sont ces migrants de la première heure qui n’ont jamais vraiment posé leur valise. Les uns ont toujours cru demeurer de façon provisoire loin du bled, le temps de se faire un petit pécule et rentrer retrouver femme et enfants. Les autres ont raté le train du regroupement familial et n’ont jamais pu ramener leur petite famille dans leur pays d’adoption. Il fallait malgré tout continuer à nourrir les siens restés au bled.

Les chibani vivent seuls et chichement depuis des années, pour la plupart dans des petites chambres d’hôtel ou dans des foyers Sonacotra. Longtemps oublié par les pouvoirs français, ils ont aussi fait les frais d’une indifférence de ceux-mêmes qui comme eux venaient de l’autre côté de la Méditerranée. Ni ici ni là-bas, nombreux attendent. En retraite ou en préretraite, ils sont malades, fatigués, las.

Selon les chiffres de l’Adoma (nouveau nom de la Sonacotra), 94 % des résidents sont des hommes et 51% sont originaires du Maghreb (Algérie, Tunisie, Maroc). En outre, on compte aujourd’hui plus de 20 % de résidents âgés de plus de 65 ans. Les chibani sont de plus en plus vieux.

Si aujourd’hui nous reparlons des chibani, c’est à la faveur d’un appel à la solidarité et au partage. Bachir, un vieux monsieur marocain, vit dans un foyer parisien. Bachir y passe ses soirées et ses nuits. Mais après le déjeuner, ce retraité doit quitter les lieux, car le foyer ferme ses portes jusqu’en début de soirée. Bachir, sans amis, se retrouve ainsi tous les après-midi seul, assis sur une chaise dans une station du métro parisien : soit Oberkampf soit Richard Lenoir (ligne 5).

Bachir n’a pas besoin d’argent. Bachir n’a besoin de rien, sinon d’avoir un peu de compagnie. Il aimerait pouvoir discuter, partager, échanger avec quelqu’un. Si vous êtes parisien ou si vous passez régulièrement par ces stations de métro, n’hésitez pas à vous arrêter quelques minutes pour saluer Bachir ou, mieux, pour un brin de causette. Vous rendrez un peu plus de dignité à un de ces trop nombreux chibani, oubliés de presque tous. Et si vous n’êtes pas parisien, faites passer quand même le message.

Merci pour Bachir.