- Al-Kanz – Economie islamique en France et dans le monde - https://www.al-kanz.org -

Quand la « burqa » faisait vendre

Marketing colonial. Le président Sarkozy est un homme formidable. Il a réussi à faire du bien à la France en prononçant la juste phrase, réduisant la chose politique au service minimum au point que ses pires détracteurs sont aujourd’hui soulagés par la promulgation d’une fatwa anti-burqa, alors même qu’ils étaient venu l’écouter dire comment il allait soigner la France, en piteux état. Heureusement qu’il y a l’islam pour réconforter les Françaises et les Français.

Imaginez donc si dans le discours du président Sarkozy il n’y avait pas eu cette phrase qui fait du bien à tant de monde et qui a fait oublier tous les autres problèmes, aussi graves soient-ils. Sans cette fatwa, Nicolas Sarkozy aurait été bien plus critiqué pour l’inanité de ses propositions. Mais il y a eu cette fatwa. Allahu Akbar, Sarkozy, en bon Docteur Folamour, a administré la juste dose pour qu’un doux anesthésiant s’empare du peuple de France. 400 000 euros la pilule, mais qu’à cela ne tienne. L’essentiel est ailleurs. Aujourd’hui, la France est sauve, la France est bien. Quand on vous dit que l’islam, ça fait du bien…

Et ça faisait déjà du bien à l’époque coloniale. Voyez l’image ci-après. Il s’agit d’une affiche publicitaire qui vantait la Tunisie. Le voile, intégral ou non, était alors une invitation au voyage et un argument marketing.

Tunisie - burqa
Affiche publicitaire de l’époque coloniale

Toute cette agitation, qui en dit long sur la déliquescence du débat politique en France, nous rappelle furieusement un passage de l’oeuvre de Frantz Fanon qui dans son ouvrage L’an V de la révolution algérienne (1959) écrivait ceci.

« Ayons les femmes le reste suivra »

Il y a chez l’Européen cristallisation d’une agressivité, mise en tension d’une violence en face de la femme algérienne. Dévoiler cette femme, c’est mettre en évidence la beauté, c’est mettre à nu son secret, briser sa résistance, la faire disponible pour l’aventure. Cacher le visage, c’est aussi dissimuler un secret, c’est faire exister un monde du mystére et du caché. Confusément, l’Européen vit à un niveau fort complexe sa relation avec la femme algérienne. Volonté de mettre cette femme à portée de soi, d’en faire un éventuel objet de possession.

Cette femme qui voit sans être vue frustre le colonisateur. Il n’y a pas réciprocité. Elle ne se livre pas, ne se donne pas, ne s’offre pas. L’Algérien a, à l’égard de la femme algérienne, une attitude dans l’ensemble claire. Il ne la voit pas. Il y a même volonté permanente de ne pas apercevoir le profil féminin, de ne pas faire attention aux femmes. Il n’y a donc pas chez l’Algérien, dans la rue ou sur une route, cette conduite de la rencontre intersexuelle que l’on décrit aux niveaux du regard, de la prestance, de la tenue musculaire, des différentes conduites troublées auxquelles nous a habitués la phénoménologie de la rencontre.

L’Européen face à l’Algérienne veut voir. Il réagit de façon agressive devant cette limitation de sa perception. Frustration et agressivité ici encore vont évoluer de façon permanente.

Merci à 512banque [1] pour le lien vers l’affiche
Source : Zoo humain [2]