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Vivre ailleurs : les Emirats arabes unis

Partir. Taqiya a quitté la région parisienne voilà quelques années pour s’installer en famille aux Emirats arabes unis. Pour Al-Kanz, elle répond à quelques questions sur la vie d’une Française installée au Moyen-Orient.

Al-Kanz : Est-ce compliqué de s’installer à Dubaï et alentours quand on vient de France ?
Taqiya :
Eh bien pas tant que ça. Une fois que l’on a décroché un contrat de travail le reste est assez facile et rapide. La demande du visa de résidence (iqama) est faite par la société. Une fois ce visa de résident obtenu, le titulaire peut coopter sa famille pour que ses proches obtiennent à leur tour leur visa de résidence. A partir de là, les différentes démarches sont possibles : ouvrir un compte, se loger, inscrire ses enfants à l’école, etc. Contrairement à la France, il n’y a pas d’aide en cas de perte de son emploi et donc de son visa de résidence. Et sans ce visa, il n’est plus possible d’avoir droit à l’école, au logement. Ici, tout est lié à ce visa, lui-même lié à l’employeur. Il peut arriver que l’employeur mette “un bagne”, c’est-à-dire une interdiction de travailler ou de résider sur le territoire pour une période précise. Cela peut arriver dans le cas où vous souhaitez changer d’emploi mais que l’employeur refuse.

Al-Kanz : Se fait-on facilement à la vie locale ?
Taqiya :
Là, je dirai que ca dépend de sa capacité d’adaptation, car la vie ici est totalement différente de la vie en France, ce de la nourriture à la vie en société. Mais une fois bien installé, la routine prend le pas et l’on s’y habitue. Le brassage ethnique est très important. On trouve nombreuses nationalistes selon les proportions suivantes : d’abord les Arabes locaux (environs entre 15 et 20 % de la population du pays), les Indiens aux alentours de 40 % et les Arabes du Moyen-Orient (Syrie, Palestine, Jordanie, Liban, Égypte), dont je ne connais pas la proportion, du reste importante. On compte par ailleurs pas mal d’Iraniens et d’Irakiens, de Philippins, de Russes, de Pakistanais et d’Occidentaux (France, USA, Allemagne, Angleterre…). Et puis un peu un petit nombre de Maghrébins, d’Afghans, d’Ouzbek, de Kurdes et de Chinois. J’en ai sûrement oublié.

Al-Kanz : Qu’en est-il du logement ?
Taqiya :
Il est assez simple de se loger du côté de Dubaï et ses environs. Contrairement à Abu Dhabi, à Dubaï et aux émirats proches, on construit beaucoup. Ce qui fait qu’il y a beaucoup d’appartements disponibles. On peut dans la même journée de visiter plusieurs appartements. Il suffit de vous rendre dans la tour de votre choix et de demander au gardien qu’il vous fasse visiter un appartement. Si vous êtes intéressé, il faut alors contacter l’agence immobilière. Le loyer doit être payé généralement pour une année. L’appartement loué, l’ouverture de la ligne téléphonique, du gaz, de l’électricité et même d’Internet se font alors rapidement. D’ailleurs, dès votre emménagement, plusieurs personnes viennent s’assurer que tout fonctionne : portes de fenêtres ou de balcon, climatisation, etc. Il est aussi possible de signaler au gardien le moindre problème rencontré. Ce dernier se charge alors d’envoyer quelqu’un. Chaque immeuble comprend plusieurs services : gardiennage, piscines, salle de sport…

Al-Kanz : Et l’école ?
Taqiya :
Pour trouver une école, c’est un peu plus difficile. Il y a les écoles publiques qui sont payantes pour les non-locaux. Le cursus est essentiellement en arabe. Et il y a les écoles privées dont le cursus est moitié anglais moitié arabe. Choisir une école privée est assez complexe, car il y a différents cursus (anglais, américain, etc.). De fait, changer de cursus en milieu d année est quasi impossible. C’est très compliqué et horriblement cher. On ne fait pas ce que l’on veut et la qualité est en-deça du prix payé. Il faut bien se renseigner pour trouver l’école la “moins pire. Bien qu’il y ait de bonnes écoles, il n’est pas simple d’en trouver une qui réponde à toutes nos attentes (bon niveau scolaire, bonne pédagogie, discipline…). Il faut aussi savoir que les listes d’attente sont souvent pleines. Il faut donc s’y prendre le plus tôt possible.

Al-Kanz : Etes-vous revenue en France, depuis votre départ pour le Moyen-Orient ? Si oui, quel regard avez-vous porté sur votre pays de naissance ?
Taqiya :
Oui, une fois et je n’ai pas ressentie de nostalgie. Bien au contraire, j’avais hâte de rentrer “chez moi”. Je porte un regard de musulmane un peu frustrée dans mon pays. Ici, j’ai la chance de profiter d’une vie de femme musulmane et de maman, ce qui serait quasi impossible en France.

Al-Kanz : Vaut-il mieux partir quand on est encore célibataire, ou partir en famille est préférable ?
Taqiya :
En famille je pense, mais là aussi c’est selon les situations. Le travail est quand même prenant et fatiguant ici. Je ne pense pas que ce soit le meilleure endroit pour une femme qui cherche à s’épanouir. C’est juste un bon gagne-pain. Ca peut-être bien de partir seul pendant quelques mois le temps de s’installer et d’avoir son propre logement et après faire venir sa famille.

Al-Kanz : On sait que la crise n’épargne pas les Emirats. Pour autant, cette conjoncture difficile offre des opportunités à saisir. Que conseillerez-vous à ceux qui veulent s’installer aujourd’hui à Dubaï ?
Taqiya :
Bien que je ne travaille pas, je conseillerais de faire très attention à ne pas se faire utiliser, car cela arrive surtout en cette période de crise où certains ont perdu leur travail tout juste après leur installation. A Dubaï, la crise est très sérieuse. Les offres de travail se raréfient et on compte beaucoup de licenciement dans tout les secteurs. En revanche, Abu Dhabi continue son développement loin de la crise. C’est donc un meilleur choix pour le travail, si on cherche à s’expatrier en ce moment.

Al-Kanz : Si vous ne deviez donner qu’un seul conseil aux prétendants au départ, quel serait-il ?
Taqiya :
Venir voir sur place avant le grand départ. Les avis sont très différents d’un individu à l’autre. Tout dépend aussi de l’objectif : si l’on vient travailler pour son propre compte ou en tant qu’employé. Dans le second cas, il faut être sûr d’avoir un bon contrat et un bon employeur qui prend en charge les frais de logement, de voyage et de la scolarité des enfants. Dernier détail : l’anglais courant est obligatoire pour travailler et vivre ici. Le pays est très agréable à plusieurs niveaux. C’est propre et sécurisé. Ici, on peut se promener tard en toute sécurité. Il fait certes chaud, mais tout est climatisé. Et puis, il y a l’océan, de très belles mosquées, un mélange culturel sympathique, de la nourriture variée et halal. Pour ma part, je n’aurais jamais pensé m’attacher autant à ce pays, qui au début ne me plaisait pas beaucoup


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