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Copé, comparse d’Hortefeux, au secours de l’arabe

Langue arabe. Alors que la foudre médiatique s’est abattue hier soir sur Brice Hortefeux, facétieux ministre de l’Intérieur, Jean-François Copé échappe aux critiques. Pourtant, le rire gras du meilleur ennemi de Nicolas Sarkozy après la lumineuse sortie d’une militante UMP (laquelle se félicitait que l’Arabe soit “catholique”, “mange du cochon” et “boive de la bière”) semble témoigner sinon d’une adhésion tout au moins d’une complicité pour le moins douteuse. Evidemment, la solidarité gouvernementale ne pouvait faillir à cause d’une vulgaire blague raciste. Brice Hortefeux n’a insulté que les Arabes. Les ministres du gouvernement, François Fillon en tête, nous expliquent qu’il ne faut pas en faire tout un fromage : Brice Hortefeux est un chic type. Peu importe si le verbatim, publié par Le Monde, ne laisse aucun doute. Au fond, on n’insulte que les Arabes :

Des participants : Amine, Amine…
Un participant : Ah ça, Amine, c’est l’intégration, ça, c’est l’intégration.
Une participante : Amine, franchement…
Brice Hortefeux : “Il est beaucoup plus grand que nous en plus” [à propos du jeune homme].
Un autre participant : “Lui, il parle arabe”.
(Rires de l’assemblée)
Jean-François Copé : “Ne vous laissez pas impressionner, ce sont des socialistes infiltrés”.
Une participante : “Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière”.
Brice Hortefeux : “Ah mais ça ne va pas du tout, alors, il ne correspond pas du tout au prototype, alors. C’est pas du tout ça.”
(Rires de l’assemblée)
Une participante : C’est notre petit Arabe.
Brice Hortefeux : “Bon, tant mieux. Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. Allez, bon courage…”

C’est ce même Jean-François Copé qui, surfant sur l’hystérie collective lors de la polémique autour du voile intégral, promettait d’en découdre avec les porteuses de voile intégral. L’averti nous expliquait doctement (sic)que “la burqa n’est pas une exigence coranique” et d’ajouter que “le port de la burqa ouvre un nouveau rapport de forces avec des extrémistes qui veulent tester la République”. Inutile de revenir sur l’ineptie et la démagogie de ses affirmations : M. Copé teste sa capacité à être présidentiable et à chasser sur les terres de son principal concurrent.

Profiter des pétrodollars

Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est toujours Jean-François Copé qui propose de réhabiliter la langue arabe dans les écoles. Le propos pourrait surprendre tant il tranche avec la famille politique de l’intéressé et le peu de cas que l’on a toujours fait en France de certaines langues longtemps allogènes. Qui n’a pas entendu ces institutrices, en maternelle, pestaient contre ces parents turcs ou maghrébins qui, à la maison, n’avaient pas transmis le français à leurs enfants ? Si votre enfant parle turc, arabe ou soninké à la maternelle, c’est une tare. S’il parle anglais, c’est merveilleux. Mais voilà qu’aujourd’hui le mépris laisse la place à un certain pragmatisme. La vigueur économique s’est déplacée vers l’Est, vers cet Orient aujourd’hui désiré. Les milliards, il faut pouvoir aller les chercher. L’homme fait preuve de pragmatisme, à l’instar du gouvernement qui n’hésite pas à changer la loi française pour accueillir la finance islamique [1].

Contenir la vitalité de l’islam

Seconde raison : l’apprentissage de l’arabe est en pleine forme dans les associations et mosquées françaises. Chassée des salles de classes, comme le rappelle un récent article du Monde [2], la langue arabe n’a jamais été aussi présente chez les enfants de la seconde et troisième génération. Français, autochtones, les musulmans n’ont plus de complexes à apprendre et à enseigner l’arabe, enseignement qui s’inscrit entre autres dans une réappropriation de l’enseignement islamique, longtemps confisqué. Bref, non, Jean-François Copé n’est pas devenu soudainement épris d’arabe. Comme il l’écrit lui-même, dans une tribune publié sur le site Slate.fr [3], sa démarche est cohérente.

Lire par ailleurs : Le système scolaire tend à exclure les enfants de migrants [4] (merci Mourad)