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Créer son entreprise au Maroc : risque ou opportunité ?

par Mohamed Chouhad de la SCI Laubna


Sahara Maroc

Combien d’entre nous ont senti le besoin de créer leur entreprise dans leur pays natal ou d’origine – dans mon cas, le Maroc -, ceci afin de concilier vie professionnelle et vie spirituelle. La tentation est grande, les coûts de main d’œuvre sont peu élevés, les différentes campagnes de communications organisées pour vanter la destination « Maroc » y sont également pour quelque chose. Il est clair que depuis un certain nombre d’années le Maroc a opéré une avancée non négligeable en la matière. Il faut cependant être prudent, car le terrain peut s’avérer plus marécageux qu’il n’en à l’air.

Qui peut investir au Maroc ?

Comme nous le voyons régulièrement sur M&E [1], l’entrepreunariat est loin d’être un long fleuve tranquille. Vous imaginez bien que le fleuve doit être moins tranquille au Maroc. Cependant de nombreux investisseurs ont pu tirer leur épingle du jeu. Leurs points communs ? Ce sont des chefs d’entreprises aguerris… J’entends par là qu’ils ont connu les joies et les peines de la création d’entreprise dans leurs expériences passées, ils sont plus patients et surtout financièrement plus solide. Leur avantage vient également du fait qu’ils tirent également leurs principaux revenus de leur activité première et donc leur entreprise créée au Maroc est souvent une activité secondaire. Ils disposent également d’un réseau qu’ils ont pu construire au fil de leurs expériences, et ils savent qu’au final ils ne pourront compter que sur leur force de travail.

Quelles activités ?

Avant de se lancer dans telle ou telle activité, il convient aussi de se poser une question. Pourquoi cette activité n’existe pas au Maroc ou qui sont ceux qui exercent dans cette activité au Maroc ? Malheureusement, au Maroc, la collusion entre business et politique est encore trop forte. Par conséquent vous pouvez très vite déranger sans en avoir l’intention et ainsi vous retrouver dans une spirale sans fin. Dès lors que vote activité coïncide avec un des axes de développement majeurs de certains groupes, surpuissants, car proches du pouvoir et disposant de réseaux bien implantés, vous risquez subitement de rencontrer des difficultés d’ordre administratives ou autres.

Pour plus de prudence et dans la mesure du possible privilégiez des activités de services facilement transposables d’un pays à un autre. Citons-en deux :
1- Les centre d’appels : l’activité est au Maroc, les clients sont en France.
2- Le tourisme : les clients viennent par définition de l’étranger, même si vous pouvez en parallèle développer une demande intérieure.

A mon sens , il y a certaines activités qu’il faut éviter en voici une liste non exhaustive, mais qui offre un petit aperçu :
1- L’agroalimentaire. Voir le conflit qui a opposé l’ONA et Auchan ;
2- La promotion immobilière. Voir la débâcle de Fadesa même si la crise financière y a été pour beaucoup ;
3- L’automobile. Essayez d’importer un véhicule au Maroc, les droits de douanes parleront d’eux-mêmes ;
4- La téléphonie. Véritable chasse gardée de Maroc Télécom, même si d’autres opérateurs sont présents…

Quelle personnalité ?

S’il y a une qualité qu’il faut avoir lorsque l’on investit à « l’étranger », c’est la modestie. Combien d’investisseurs ont dû plier bagages parce qu’ils n’avaient pas cette qualité ? Vous rencontrerez de nombreuses personnes qui voient d’un très mauvais œil votre arrivée. Alors si en plus vous démontrez un certain cynisme ou du dédain face à vos collaborateurs, associés ou clients… croyez-moi le retour de bâton peut être beaucoup plus rapide que vous ne le pensez. Au-delà de certaines valeurs, il faut être tenace et surtout intègre, ne pas céder aux sirènes de la corruption. Vous risquez en effet facilement de devenir une vache à lait. De plus quel intérêt avez-vous à vouloir concilier votre désir d’être entrepreneur musulman si vous commencez par le haram (l’illicite).

Pour conclure si vous souhaitez investir au Maroc :
– prioriser les activités rapidement « rapatriables ».
– faites en sorte que l’activité marocaine soit votre activité secondaire.
– privilégiez les métiers de services qui nécessitent un investissement mesuré.
– évitez les secteurs stratégiques de certains grands groupes (ONA, Saham, FinanceCom).
– ne comptez surtout pas sur un oncle qui connaît un tel ou un tel etc. C’est un bien mauvais calcul.

Ou obtenir des informations ?

– Le CRI (centre régional d’investissement) permet notamment de centraliser toutes les formalités pour la création d’entreprise (votre entreprise créée dans un délai de 2 à 5 jours) pour plus d’info, consultez le site Casainvest [2]
– La Chambre de commerce et d’industrie de Casablanca / http://www.ccisc.gov.ma/ [3]

Si vous pensez réunir ces conditions, eh bien lancez-vous.

Crédit photo : Flickr – Baloulumix [4]