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Carlos Ghosn, patron de Renault, favorable à la finance islamique

Finance islamique [1]. Le 3 novembre dernier le ministère de l’Économie et des Finances accueillait une conférence sur la finance islamique. Jusque-là ce type d’événements réunissait essentiellement des banquiers, des avocats, des politiques.

Ce jour-là, il y eut aussi Carlos Ghosn, PDG de Renault et de Nissan. On peut se demander si la présence de cette homme de la Realpolitik n’avait pas vocation sinon à convaincre tout au moins à rassurer ceux qui doutent encore de la pertinence de Christine Lagarde. Ce dernier, fidèle à sa réputation d’homme pragmatique, s’est illustré dans une intervention que nous vous proposons de découvrir.

Diversifier les sources de financement

Insistant sur la nécessité, en cette période de crise, de diversifier les sources de financement, Carlos Ghosn a rappelé qu’il est important de ne pas « perdre de vue l’économie réelle ». “En ce sens, a-t-il ajouté, la finance islamique qui se concentre sur le financement de l’économie réelle en s’appuyant sur un sous-jacent tangible n’est pas tombée dans les dérives qu’a pu connaître un certain nombre d’éléments de la sphère financière internationale.” Et de préciser que “concrètement, il existe plusieurs domaines pour lesquels [il pourrait] avoir recours et [il souhaiterait] avoir recours à des financements islamiques” :

– pour le financement de projets futurs : les pays musulmans seraient ainsi une cible privilégiée, avec tout ou partie des projets financés islamiquement. Le Moyen-Orient, l’Asie, mais aussi le Maghreb sont concernés.
– pour le financement corporate : Carlos Ghosn évoque alors le marché des sukuk [2], marché obligataire islamique, “pour diversifier la base d’investisseurs et augmenter les souscriptions des investisseurs”. Mais selon lui ce marché semble encore assez fermé.
– pour le financement islamique pour les ventes aux importateurs : et le PDG de Renault d’évoquer alors le leasing “très proche de l’ijara ».

Le rôle des pouvoirs publics est essentiel

Après donc ce bref topo, Carlos Ghosn s’est attaché à démontrer qu’il est nécessaire que Paris adapte sa législation pour prendre part au développement prometteur de la finance islamique.

“Tout cela plaide pour que la place de Paris se développe comme un nouvel acteur du financement islamique, avec la mise en place d’instruments financiers standardisés compatibles avec nos pratiques actuelles, compatibles avec les règles islamiques, rapidement et facilement utilisables par les directions financières et juridiques des entreprises basées en Europe. En résumé, nous pensons qu’il faut donc encadrer, standardiser les outils financiers pour les rendre plus simples, moins chers, plus familiers et donc plus accessibles aux emprunteurs européens.

Enfin, Carlos Ghosn termina son discours par un parallèle entre la finance islamique et le véhicule électrique. Le produit est bon, “mais son utilisation ne doit pas être plus complexe, son coût pas plus élevé qu’un coût thermique conventionnel”.

Car c’est “à cette seule condition qu’on arrive en faire un produit de masse”. Ainsi, toujours selon le patron de Renault, “la finance islamique pour se développer doit aussi relever ce double défi : simple d’utilisation et compétitive. Le rôle des pouvoirs publics est essentiel pour assurer le démarrage.”