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Témoignage d’entrepreneurs : Nadia Ferreira de Carsalis

Témoignage d’entrepreneurs. D’aucuns décident de renoncer à la vie confortable du salariat pour devenir leur propre patron. D’autres, qui veulent aussi changer de vie, décident de partir à l’étranger. Et d’autres encore décident non seulement de devenir leur propre patron, mais à l’étranger. C’est le cas de Nadia Ferreira et de son époux qui se sont installés au Maroc et y ont lancé Carsalis, leur entreprise de location de voiture à Agadir [1].

Al-Kanz : Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
Nadia Ferreira :
30 ans, Maman de 2 enfants en bas âge, je suis gérante associée, avec mon époux, de la société de location de voitures Carsalis basée à Agadir au Maroc. Je suis aussi actuellement en création d’une boutique en ligne de vêtements islamiques : Siana. Diplômée d’une école paramédicale, je me dirigeais vers une carrière salariale jusqu’à la retraite. Mon époux, quant à lui, a 34 ans et a, entre autres, exercé durant sept ans la fonction de concepteur CAO de circuits imprimés au sein du bureau d’études d’une entreprise spécialisée dans la micro-électronique basée dans les Yvelines.

Al-Kanz : En quoi consiste l’activité de votre entreprise ?
Nadia Ferreira :
Carsalis est une agence de location de voitures créée en juin 2008 à Agadir. Nous livrons sur demande dans cette ville et dans d’autres villes du royaume. Je travaille en binôme avec mon époux. Je m’occupe de toute la partie gestion/administration/secrétariat. Cela me permet de rester active intellectuellement et de découvrir des domaines que je ne connaissais ni ne maîtrisais auparavant. C’est très enrichissant ; cela tout en restant tranquillement derrière mon PC à la maison. Mon époux, lui, est plutôt sur le terrain. Il est en contact direct avec les clients, gère le parc automobile (entretien et réparation), s’occupe de livrer les voitures à l’hôtel ou encore à l’aéroport. Notre clientèle étant essentiellement constitué d’européens, ils sont souvent surpris d’avoir affaire à un multazim, mais cela se passe en règle générale très bien.

Al-Kanz : Pourquoi avoir tout quitté pour le Maroc ? Vous n’étiez pas bien en France ?
Nadia Ferreira :
Si bien sûr, nous étions bien en France, mais nous avions envie de changer d’air. Nous voulions tenter l’expérience de vivre dans un pays musulman. Et puis si nous n’avions pas franchi le pas, nous aurions peut-être regretté. Allâhu ahlam… Je suis d’origine marocaine, je ne partais pas non plus en terre complètement inconnue. J’avais quelques repères et je savais plus ou moins comment appréhender les mentalités. En revanche, dans les premiers temps cela a été un peu plus difficile pour mon mari, qui lui est européen. Mais il s’est adapté relativement rapidement. Et puis nous avons également eu l’opportunité de rencontrer sur place d’autres musulmans français qui comme nous avaient choisi de tenter leur chance au bled. Cela nous a beaucoup aidé. Surtout après l’échec de notre premier projet. A ce moment, nous n’avons pas baissé les bras pour autant. Nous avons fait beaucoup d’invocations et nous nous sommes donc lancés dans la création de notre agence de location de voitures en plaçant notre confiance en Allah et tout en étant conscients que le rizq (la subsistance, ndlr) vient de Lui.
La question de la scolarisation de notre enfant s’est aussi posée. Nous souhaitions qu’elle se familiarise assez rapidement avec la langue arabe et que les valeurs qui lui seraient inculquées à l’école ne soient pas contraires à nos préceptes religieux.

Al-Kanz : Est-ce aisé d’entreprendre au Maroc quand on vient de France ?
Nadia Ferreira :
D’un point vue strictement pratique, il est relativement aisé de créer sa propre boîte. Le Maroc a ses dernières années simplifié les formalités de création d’entreprises pour les investisseurs étrangers. Il est devenu possible dans certains cas, en fonction du secteur d’activité choisi, de créer sa société en une semaine. Chaque grande ville dispose d’un CRI (centre régional d’investissement). Ces centres sont de véritables mines d’informations pour les futurs entrepreneurs. En ce qui nous concerne nous avons fait appel, en complément du CRI, à un cabinet de consulting pour nous aider dans nos multiples démarches de création. Il faut avoir bien entendu les reins solides, et comme l’a souligné Mohamed de la SCI Laubna [2], beaucoup de patience, de ténacité et de modestie. Ne pas se laisser faire, ne faire confiance qu’à un nombre restreint de personnes et savoir bien s’entourer.

Al-Kanz : Comment voyez-vous votre avenir d’entrepreneur au Maroc in châ’a-Llâh ?
Nadia Ferreira :
Sous les meilleurs auspices, in châ’a-Llâh. Nous espérons avec l’aide d’Allâh développer notre agence de location de voitures et d’agrandir notre parc automobile tout en restant fidèles à nos principes et en veillant à ne pas désobéir à Notre Créateur. Respecter les règles du commerce telles que nous les a enseignés notre prophète. Parallèlement à cela, je suis actuellement en cours de création d’une ligne de vêtements islamiques pour femmes et enfants (abayas, jilbabs, khimars, sitars…) : Siana [3]. La boutique en ligne devrait bientôt être opérationnelle, bi idni-Llâh. J’espère que ma collection répondra aux attentes de nombreuses sœurs.

Al-Kanz : Si vous deviez encourager celles et ceux parmi les Al-Kanznautes qui n’osent pas encore franchir le pas de la création d’entreprise, que leur diriez-vous ?
Nadia Ferreira :
Pour créer sa société que ce soit en France, au Maroc ou ailleurs, il faut bien entendu faire preuve d’initiative, de motivation et de détermination, de créativité et d’imagination. Ne pas se décourager au moindre obstacle rencontré, car des obstacles il y en aura inévitablement. Une fois votre idée en tête et un apport financier (variable en fonction de votre projet), lancez vous ! Commencez vos recherches, allez sur le terrain et n’attendez pas que les choses se fassent toutes seules. Documentez-vous. Si vous connaissez des personnes ayant déjà eu l’expérience de l’entrepreneuriat, n’hésitez pas à leur demandez conseil. N’hésitez pas non plus à demander l’avis de vos proches… Faites salât al-istikhara (prière de consultation [4]), beaucoup d’invocations et demandez à Allâh de vous aidez et de vous facilitez dans votre entreprise.

Sachez dès le départ où vous vous allez et la raison qui vous pousse à y aller. En l’occurrence pour un entrepreneur musulman, cela ne se résume pas uniquement au fait de vouloir « faire de l’argent ». Ce qui nous pousse à y aller, c’est le fait d’avoir la possibilité d’aménager son emploi du temps pour pouvoir faire ses prières à l’heure ou fêter l’aïd en famille par exemple, de pouvoir porter une tenue en adéquation avec nos préceptes religieux, d’éviter la mixité, de consacrer du temps à l’éducation de ses enfants etc. C’est aussi le fait de participer activement au développement de notre communauté en choisissant des partenaires et des collaborateurs ayant les mêmes affinités, etc.

Et nous demandons à Allâh de nous assister.