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Quick n’est pas halal

Quick halal ? Après le mythe du KFC halal, c’est au tour du Quick dit « halal » de faire parler de lui.

« Pour faire face à un environnement de tension accrue sur la consommation en 2009, Quick pourra s’appuyer sur la force de son concept et la reconnaissance par les consommateurs de son adéquation avec leur goût et leurs nouveaux mode de vie. » Voilà ce que l’on peut lire sur le site de l’enseigne Quick qui ne manque pas de joindre l’acte à la parole, puisque plusieurs de ses restaurants ont décidé de passer au halal.

Après Toulouse, Marseille et Roubaix, Argenteuil (95), Garges-lès-Gonesse (95), Villeurbanne (69) mais aussi Buchelay (près de Mantes-la-Jolie dans les Yvelines) sont les nouvelles villes où Quick a décidé de tester le marché du halal. Si la nouvelle n’est pas étonnante, il convient d’être très prudent.

Huit restaurants tentent l’expérience

Voilà quelques semaines, l’Internet musulman bruissait de ces rumeurs qui se propagent toujours à une vitesse fulgurante : Quick aurait choisi la voie du halal. La rumeur s’est avérée exacte : un premier test à Toulouse a vu le Quick halal [1] casser la baraque.

D’autres restaurants Quick ont emboîté le pas (voir Quick halal à la mode KFC ? [2]). Puis d’autres encore, comme celui d’Argenteuil ou celui de Garges-lès-Gonesse. En tout, huit restaurants Quick ont été choisis pour mener une expérience-pilote. L’objectif étant bien évidemment de tester ce nouveau eldorado marché.

Il semblerait que ce ne soit que des restaurants franchisés qui tentent l’expérience, expérience menée si discrètement que plusieurs directeurs de restaurant (Paris, Montreuil, Corbeil-Essonne) que nous avons contactés ignoraient tout de cette initiative.

Halal aux couleurs de Quick
A Argenteuil, le halal est aux couleurs du Quick

Dans le restaurant d’Argenteuil, il ne s’agit pas simplement d’une feuille A4 collée sur une vitrine, mais bien d’une affiche très officielle estampillée Quick. L’enseigne assume son choix et suit ainsi l’exemple du groupe Casino [3], précurseur en la matière.

Le halal ne se limite pas à la viande

D’aucuns se réjouissent de cette initiative de Quick. Le Quick halal, comme le Macdo halal, fait fantasmer bien des ventres. Cela étant, si l’enseigne ne veut pas perdre des plumes à l’instar du KFC non halal qui a fait croire pendant des années que ces poulets non halal étaient précisément halal, Quick doit s’assurer que toute sa démarche est cohérente et surtout entière. Qu’est-ce à dire ?

Vendre halal doit se faire selon les principes du halal. Tout le monde s’offusquerait de voir une enseigne comme Oxfam, fondée sur le commerce équitable, vendre des chaussures Nike fabriquées par des petites mains pakistanaises ou chinoises. Il y aurait là une incohérence insupportable.

De même, il n’est pas acceptable de se dire halal et de vendre des produits non halal. Vouloir commercialiser du halal nécessite en effet de se plier à quelques règles. D’où la distinction fondamentale entre « viande certifiée halal » et « restaurant certifié halal ».

Prudence : viande certifiée halal et non restaurant certifié halal

Un restaurant certifié halal est un restaurant contrôlé par un organisme tiers dont la mission est de vérifier non seulement que la totalité des produits vendus par ce restaurant est halal (et ne contient aucun produit non halal), mais encore que la viande, spécifiquement, est certifiée véritablement – et non frauduleusement – halal.

C’est le cas des restaurants, tels l’Alambra ou encore Half Time que l’on a pu découvrir dans un reportage de France 5 (Reportage d’Arte sur le halal et la certification [4]). Ces restaurants reçoivent tous les jours, trois fois par jour et à l’improviste, la visite d’un contrôleur qui met son nez partout.

Ce dernier a carte blanche pour vérifier tous les produits alimentaires stockés dans le restaurant. En échange, le restaurant reçoit une certification qui rassure une clientèle effrayée par les fraudes au halal. Ainsi pour quelques centaines d’euros par mois (prix de la certification), ces restaurateurs choisissent la transparence, qui plus est via un organisme tiers, seul critère qui vaut aux yeux des consommateurs musulmans.

Quick n’est pas (encore) halal

Qu’en est-il pour ces huit restaurants Quick ? Aucun n’est certifié halal. Les plus à l’écoute auraient supprimé alcool et bacon (remplacé par de la dinde) de leur carte, tous auraient simplement changé de fournisseur de viande.

Seule donc la viande serait certifiée halal. Or, on sait que tout aliment contenant des produits contenant de l’alcool ou origine animale [5] sont non halal (précisons toutefois qu’il y a divergence sur ce point). Ainsi un restaurant Quick non certifié peut très bien vendre de la viande halal et d’autres produits non halal.

Même KFC, épinglé pour ses poulets non halal [6], précise bien sur son site que « les autres ingrédients utilisés dans [ses] restaurants ne sont pas certifiés halal. » C’est dire si cette distinction n’est pas farfelue.

Ajoutons qu’aujourd’hui, chez Quick, la viande proviendrait de la société Socopa. Or, cette société ne brille pas sa volonté de transparence. Officiellement, les commerciaux de Socopa assurent qu’un entrepreneur désireux se fournir en viande dite « halal » auprès de cette société peut tout à fait visiter ses locaux.

Mais quand il s’agit de passer à l’acte, après avoir fait mariner l’entrepreneur, Socopa refuse toute visite et indique qu’il n’est pas possible de se rendre sur place pour constater que les bêtes sont sacrifiées selon le rite musulman, et non par une machine comme c’est le cas pour les poulets Doux [7].

C’est là une posture fâcheuse. Certes, cela ne remet pas fondamentalement en cause les pratiques de la société en matière de halal. Malgré tout, quand bien même toute société est libre de rendre publique ou non ses pratiques, dans le contexte actuel, celles qui veulent investir le marché du halal doivent absolument montrer patte blanche.

C’est contraignant, mais c’est le prix à payer aujourd’hui, chat échaudé craignant l’eau. D’où la nécessité pour Quick, et les prochaines enseignes qui feront de même, de nouer des partenariats avec des entreprises non seulement qui ont choisi la transparence, mais encore qui ont recours à des organismes de certification dont le sérieux n’est plus à démontrer.

Si Quick veut réussir son pari, il est impératif que cette exigence soit remplie. Faute de quoi, la confiance pourra difficilement s’établir. En attendant que Quick choisisse la voie du tout-halal et du halal certifié comme tel, sans opacité ni louvoiement, nous nous abstiendrons d’y mettre les pieds (aujourd’hui et demain d’ailleurs, vu que la malbouffe nuit gravement à la santé). Le halal ne souffre pas les approximations.