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Ce boeuf est-il halal ?

Abattage rituel. Viande halal et abattage de l’animal vont de pair: la façon dont va être abattue la bête est une condition de la licéité de la viande.

Aujourd’hui, le débat autour de la viande (vraiment) halal tourne essentiellement autour de la question de l’étourdissement de l’animal avant l’abattage.

Les uns affirment que l’on peut étourdir un animal avant de l’abattre sans que cela ne nuise au caractère halal de la viande. D’autres, dont nous sommes, s’y opposent pour une raison simple, et très pragmatique : aucune des formes d’endormissement des animaux avant l’abattage n’est à ce jour fiable.

Soit l’animal est blessé lors de l’étourdissement, soit il ne se réveille pas. Ainsi, dans un cas ce n’est plus la lame du sacrificateur qui cause sa mort, mais l’intervention préalable (pistolet, électricité, etc.), dans l’autre l’animal est blessé avant la mise à mort. S’agissant de l’étourdissement post-mortem, ceux qui la pratiquent considèrent que l’animal est déjà mort et que recourir à l’étourdissement vise à stopper les mouvements nerveux qui continuent à secouer la carcasse.

Dans la vidéo qui suit (âmes sensibles s’abstenir), on voit des professionnels présenter une nouvelle machine. Une vache est mise à mort. Un sacrificateur lui tranche la gorge… et immédiatement après un employé de l’abattoir assomme la vache en lui fracassant le crâne à l’aide d’un pistolet. Il s’agit ici d’un étourdissement post-mortem, le même que l’on pratique ante-mortem, hormis en principe lors de l’abattage rituel (juif ou musulman). Ici, le geste intervient aussitôt après l’abattage du bœuf, qui s’écroule. Cette vidéo a une vocation commerciale : il s’agit in fine de vendre le piège (cette grosse machine dans lequel on installe l’animal avant la mise à mort). On peut donc penser que l’intervention juste après la saignée est exceptionnelle.

Etourdissement pistolet perforateurEtourdissement pistolet perforateur
La flèche et le point indique l’endroit où il faut tirer pour abattre l’animal (source : www.unite-esb.ch)

Pourtant, cette pratique est courante tant dans le circuit traditionnel, c’est-à-dire non halal que dans le circuit halal. Des bovins sont immédiatement étourdis au moyen de ce pistolet juste après la saignée. Nous avons montré cette vidéo à des professionnels de la viande, qui ont une expérience éprouvée de la mise à mort des bovins. Selon ces dernier, cette intervention immédiate ne laisse pas le temps au bovin de mourir du fait de la saignée. Selon l’un d’eux, l’animal meurt des conséquences du coup de pistolet et non de ceux de la saignée ; ce qui rejoint entre autres une étude suisse selon laquelle un étourdissement efficace par cheville percutante (certains pistolets sont munis d’une cheville qui transperce le crâne pour se loger – ou non – dans le cerveau) se caractérise par les signes suivants :

– chute immédiate,
– crampe tonique (= contractions des muscles de forte intensité et de longue durée),
– aucune tentative de l’animal pour se relever,
perte de la respiration,
– perte du réflexe cornéen (= les paupières ne se ferment pas au toucher de la cornée)

Dans le cas où l’animal n’est pas étourdi au moyen de ce pistolet, mais soumis à l’électricité, la mort peut être causée par le courant et non par la saignée ; ce qui n’est pas une simple probabilité.

Doit-on ou non étourdir l’animal après la mise au mort rituelle ? C’est là une question épineuse qui dépend de la réponse à une autre question : quand est-ce que l’on considère la mort de l’animal pour l’islam ?Quelles que soient les divergences sur cette question, le problème n’est pas insoluble : les professionnels musulmans qui recourent à ce genre de pratique le font pour répondre à une logique industrielle. Étourdir l’animal ou lui asséner une décharge électrique vise à gagner en moyenne deux à trois minutes par abattage : plus la bête meurt vite, plus on peut enchaîner les mises à mort. Les responsables musulmans devraient a minima choisir la prudence et ne pas céder aux pressions des industriels. Une fois encore, l’industrialisation du halal et la main-mise des géants de la viande sur le halal, confortée par le désintérêt des musulmans pour ce qu’il y a dans leur assiette favorisent des pratiques pas toujours très orthodoxes.

Ce que vous devez savoir

On estime que la moitié des abattoirs français pratiquent – ou prétendent pratiquer – l’abattage rituel. L’industrie de la viande, en grande difficulté, mise beaucoup sur le halal pour pallier la baisse de consommation des produits carnés [1]. Le halal est, plus qu’ailleurs, un puissant et pérenne levier de croissance. De fait, les gros producteurs savent que les musulmans sont ceux qui sauveront leur secteur.

Ce que vous pouvez faire

Vous êtes un particulier
Que faire face à des géants de l’agro-alimentaire qui pèsent des centaines de millions, voire des milliards d’euros ? Réponse : consommer responsable, soit pour un musulman consommer halal et exiger de consommer halal. Vous pouvez par exemple, dans la grande distribution, repérer les barquettes de viande, relever le numéro de téléphone du service consommateurs et vous renseigner sur les différentes pratiques. Plus nous serons nombreux à demander des comptes à ceux qui nous vendent leur viande, pas toujours très halal, plus les dérives se feront rares. La balle est dans le camp des consommateurs musulmans.

Vous êtes un entrepreneur
Le secteur de la viande halal est gigantesque, les possibilités insoupçonnées. Quelques gros imposent des méthodes pas toujours très appréciées des plus petits, mais ils n’ont ni la souplesse ni le capital confiance que peuvent avoir des entrepreneurs musulmans (sans compter le ras-le-bol de ces professionnels musulmans qui ne supportent plus le mépris généralisé à leur égard). Un peu d’audace, beaucoup de travail (notamment de proximité) et une exigence de qualité sont autant d’atouts qui permettront au véritable halal, celui respectueux des principes islamiques, de s’imposer en France.