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Quick halal : une polémique embarrassante

La polémique d’aujourd’hui est pénible pour les musulmans. Pénible, bien que prévisible. Après l’affaire de la burqa, après le débat sur l’islam l’identité nationale, les musulmans se sont demandés ce qui allait leur tomber dessus. Ca n’a pas manqué – et ça ne manquera pas à l’avenir. Pour autant, l’affaire du Quick (qui n’est pas) halal [1] est surtout embarrassante pour les juifs qui consomment casher, les organismes de certification halal et les industriels de la filière halal [2].

La filière casher

Si le CRIF a participé à sa manière à la stigmatisation des musulmans en hurlant publiquement avec les loups lors de la polémique de la burqa, rien n’a été dit sur le Quick halal. Et pour cause. Il faut que cette polémique cesse le plus rapidement possible, faute de quoi les dégâts collatéraux à venir pourraient être particulièrement dommageable pour la communauté juive. Plus précisément pour la filière casher : en France, les rayons des boucheries sont garnis de produits casher – et halal –, vendus comme de la viande non issue de l’abattage rituel. Volontairement vendus comme de la non viande “non religieuse”.

L’explication est simple : les parties arrière de la carcasse d’une bête sont, chez les juifs, impropres à la consommation. Après abattage, le rabbin sacrificateur ne garde que les parties avant de l’animal et met de côté tout le reste qui ne peut être consommé par un juif soucieux du casher. Cette viande n’est évidemment pas jetée, mais réorientée vers le circuit traditionnel [3]. Ajoutons par ailleurs que, pour des raisons religieuses, des bêtes entières sont, après examen par des rabbins, refusées. Ainsi, tous les jours des non-juifs consomment de la viande casher sans le savoir, alors même qu’ils pensent avoir acheté de la viande classique. Ce qui révolte les associations comme l’OABA ou la fondation Brigitte-Bardot qui trouvent là un angle d’attaque contre l’abattage rituel. L’objectif de ces dernières est d’obliger les pouvoirs publics à indiquer sur chaque emballage de viande sacrifiée par un juif ou par un musulman et destinée aux consommateurs non juifs et non musulmans la mention : “viande abattue selon un rite religieux”. Ce qui pourrait avoir des effets catastrophiques pour la filière casher. D’où le silence calculé du CRIF.

Les organismes de certification halal

Comme le rappelait samedi sur France 5 Jacques Myard, le député UMP copain comme cochon avec le FN, on estime qu’en France 90 % de la viande halal ne l’est pas. Cette fraude massive est entretenue, facilitée, voire dans certains cas souhaitée, par des organismes de certification halal. La collusion entre des certificateurs véreux et des industriels dont le cadet des soucis est le respect du halal est connue de tous. Mais l’omerta prédomine. Les uns, parfois honnêtes, refusent de dénoncer ce qu’ils ont vu de peur de représailles économiques sur leur business. D’autres subissent des pressions, plus ou moins insidieuses. D’autres enfin se satisfont de cette situation particulièrement lucrative. Mais tout le monde a des dossiers sur tout le monde.

Or, en répétant l’ineptie selon laquelle il existerait un impôt islamique (Malika Sorel, du Haut Conseil à l’intégration, ne craignant pas le ridicule, est allée jusqu’à parler de “dîme” [4] (sic)), les islamophobes patentés amènent incidemment à regarder de plus près du côté des organismes de certification, au risque de mettre au jour ces pratiques bien peu glorieuses. Ce qui au fond est peut-être l’occasion inespérée de tout mettre à plat, comme n’a pas manqué de le souligner l’UOIF, par l’intermédiaire d’une de ses figures historiques, Amar Lasfar. Relevons par ailleurs la sortie, qui ne doit rien au hasard, de Bernard Godard, le Monsieur islam des autorités françaises. Dans un entretien accordé à la Voix du Nord, ce dernier loue la rigueur de l’association de certification AVS et égratigne au passage les trois grandes mosquées [5], seules habilitées à délivrer des cartes de sacrificateurs. C’est la seconde déclaration en ce sens de B. Godard en moins d’un mois, puisque le 26 janvier dernier il lâcha, dans Libération, à propos d’AVS et surtout de la mosquée de Paris : “Le système de gestion de leur entreprise est ultra-performant. Rien à voir avec la mosquée de Paris [6] (qui délivre également la certification halal). »

Les industriels

Quoi de plus lucratif aujourd’hui que de vendre de la viande halal ? Réponse : vendre de la viande non halal estampillée “halal”. C’est ce qui se passe aujourd’hui en France. Voilà plus de trente ans que l’on gruge les musulmans en leur vendant de la viande non halal. Si la presse et le grand public découvrent peu à peu que le marché du halal est un énorme gâteau, les industriels eux ne s’y sont pas trompés. Ils y ont investi en masse, souvent en faisant fi des principes islamiques régissant le halal. C’est tel haut responsable d’une multinationale qui réalise un chiffre d’affaires impressionnant avec le halal qui déclare sans ciller que tant qu’aucun scandale public n’éclate avec son partenaire certificateur “on continue de travailler avec” et donc continuer à vendre des produits certifiés halal mais qui ne le sont pas. C’est tel autre qui s’arroge les services d’un organisme de certification, mais qui, plein de mépris, affirme “ne pas vouloir viser les premiers rangs de la mosquée”. Détestable euphémisme qui sonne comme un aveu. Ainsi, les musulmans sont perdants sur tous les plans : on les accuse de sédition et de vouloir miner la France, parce qu’ils veulent manger halal, alors même qu’il est plus probable qu’ils ne mangent pas souvent halal. A leur insu.

Comme nous l’écrivions en janvier 2008, le halal est un eldorado infesté de fraudeurs [7]. Seule une mobilisation massive de la société civile, en l’occurrence des consommateurs musulmans et des associations telle Asidcom, amènera les institutionnels à ne plus tolérer cette situation absolument insupportable.