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Grand rabbin, petite manœuvre

Début 2010, Gilles Bernheim, grand rabbin de France, refusait d’hurler avec les loups. Posture obligée puisque les conceptions juive et musulmane sont très proches. Ce qui est reproché aux musulmans vaut très souvent pour les juifs. Gilles Bernheim sait qu’il faut éviter le retour de bâton.

Si un imam intervenait dans un débat sur une question de Torah (tradition rabbinique), les rabbins auraient beau jeu de qualifier d’ingérence son intervention. Je suis donc condamné au silence public sur mon terrain de légitimité : le religieux.

Le Monde [1], 21 janvier 2010

Dont acte.
Trois mois plus tard, que fait G. Bernheim ? Il fait la leçon aux musulmans :

“Ou bien il ne s’agit pas d’une loi de l’islam, à ce moment là que les représentants de l’islam le disent, ou bien il s’agit d’un avis très minoritaire, et il appartient au CFCM par exemple de dire quel traitement il opère sur les faits très minoritaires, ou alors c’est une loi et que l’islam le dise en France et que les choses soient claires”, a-t-il ajouté lundi matin.

Europe 1, lundi 26 avril 2010

S’agissant du CFCM, le rabbin en demande trop. Cette instance qui ne représente qu’elle-même préfère dire que le voile intégral ne fait pas partie de l’islam, ce qui est une vaste plaisanterie, plutôt que de reconnaître ce que tout le monde sait au fond : le voile intégral appartient bien à l’islam [2]. Certes, c’est une pratique minoritaire, mais une pratique islamique. Mais, il est plus facile de jeter bébé avec l’eau du bain que d’assumer cette réalité. Notons au passage que les nommés du CFCM sont pour la plupart tous des immigrés venus de pays où ce voile intégral existe depuis des siècles [3]. Zemmouriens, ils ont dû pousser l’assimilation jusqu’à l’amnésie.

Mais revenons-en au rabbin Bernheim, prompt lui aussi à pointer du doigt les musulmans. Ce petit jeu-là est à double tranchant. Invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC, Gilles Bernheim déclarait le 24 juin 2008 demander aux directeurs de piscine des horaires pour les femmes juives [4]. Et de préciser faire “tout pour que cela soit possible, afin que les femmes orthodoxes ou les hommes orthodoxes ne soient pas confrontés à des situations qui pour eux sont impossibles et qui ne leur permettraient d’accomplir un sport tout à fait fondamental.” Gilles Berhneim, grand rabbin de France, fait donc pression, pourrait-on dire si nous écrivions un papier à charge sur les musulmans, sur les directeurs de piscine pour que les femmes juives puissent barboter.

Précisons que pour le laïc moyen, un juif orthodoxe, c’est comme un musulman orthodoxe. C’est bonnet blanc blanc bonnet. L’équivalent musulman d’un juif orthodoxe, c’est par exemple un adepte du mouvement Tabligh, dénoncé par Brice Hortefeux. Mais pour les propagandistes, il convient de faire la différence. Fidèle à lui-même le Figaro [5] accablait il y a quelques jours Martine Aubry, mais oubliait les largesses accordées aux communautés juives de Sarcelles et de Strasbourg : dans les piscines de la République, seuls les créneaux horaires attribués aux musulmanes sont insupportables. Pas les autres.