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Non-halal : Doux rencontre des acheteurs saoudiens

Début juin, Ubifrance organisait une rencontre entre des acheteurs saoudiens et des entrepreneurs français. Doux était de la partie. Très implanté dans tout le Moyen-Orient, Doux commercialise ses poulets non halal en Arabie saoudite et se fiche des musulmans et de la polémique suscitée par le reportage censurée sur M6 révélant que les poulets Doux prétendument halal ne respectent en rien le rite d’abattage islamique (voir KFC non halal, Doux et M6 : retour sur l’affaire [1])

Capture d’écran du site Ubifrance.fr
Doux Ubifrance Arabie saoudite

Doux continue donc ses grosses petites affaires en Arabie saoudite, pays inondé par ses poulets non halal [2], où des millions de pèlerins souillent, à leur insu, leur ‘omra et leur hajj en consommant ces poulets non halal. C’est scandaleux, insupportable mais, semble-t-il, pas assez pour les musulmans, souvent prompts à se plaindre d’être floués, mais peu nombreux à se mobiliser lorsqu’il s’agit de se retrousser les manches. Dans une autre catégorie, on trouve aussi des musulmans, qui avancent des avis religieux sans chercher à comprendre si ces avis sont en accord avec la réalité.

Le mois dernier, suite à l’une de nos articles consacrés aux poulets non halal de Doux, Abou Abdillah, un lecteur d’Al-Kanz, nous expliquait que la France étant un pays chrétien (sic), la viande vendue dans l’Hexagone était de fait halal, en vertu du principe islamique qui autorise aux musulmans de consommer la viande des gens du Livre (juifs et chrétiens). S’il n’est évidemment pas question de remettre en cause ce principe – et comment le pourrait-on ? -, il convient en revanche de rappeler avec force que l’abattage tel qu’il est pratiqué par Doux n’est pas acceptable islamiquement parlant. Comme l’indique sur son site le conseil saoudien des savants de l’IFTA. Merci à M_P pour la traduction et le commentaire [3].

Pour les non-arabophones, je voulais juste évoquer les éléments mentionnés à la fin de l’étude à laquelle Abou Abdillah a fait référence dans ses derniers commentaires.

Juste avant la présentation des conclusions, voici ce qui est indiqué :

مما تقدم في بيان كيفية الذبح وديانة الذابحين يتبين أن ما ذكر في كتب ص 42-43 من الأعداد. وزارة التجارة والصناعة إلى الرئاسة لا يقوى على بعث الاطمئنان في النفس إلى أن الذبائح المستوردة يحل الأكل منها بل يبقى الشك على الأقل يساور النفوس في موافقة ذبحها للطريقة الإسلامية والأصل المنع ، وعلى هذا لا بد من البحث عن طريق لحل المشكلة .

« De tout ce qui précède au sujet de la méthode d’abattage et de la condition religieuse des sacrificateurs, il ressort clairement que ce qui a été mentionné dans les écrits du Ministère du Commerce et de l’Industrie (du Royaume d’Arabie Saoudite) (…) ne contribue pas à rassurer le cœur au sujet de caractère licite de la consommation des viandes importées ; au contraire, il reste quand même un doute concernant la conformité de ces abattages avec le rituel islamique. Et le principe, c’est l’interdiction. En conséquent, il est nécessaire de trouver une solution à ce problème. »

Et comme solution justement, voici ce qui est préconisé en substance (c’est une synthèse du propos) :

1- Augmenter l’élevage des animaux dans le Royaume et y importer des bêtes vivantes, en veillant à mettre en place les infrastructures adéquates pour l’élevage et l’abattage au sein même du Royaume. Assister les entreprises et les personnes qui s’engagent à cet effet afin de les encourager.

2- Créer des abattoirs spécifiques aux musulmans dans les pays d’où l’importation des viandes vers le Royaume est envisagée. Veiller à ce que la méthode d’abattage (qui y soit appliquée) soit conforme à la méthode légiférée dans la sharia.

3- Choisir des employés musulmans qui connaissent bien la méthode d’abattage conforme à la sharia afin qu’ils se chargent justement de l’abattage dans ces entreprises en fonction du volume de produit que le Royaume a l’intention d’importer.

4- Choisir un nombre suffisant d’experts parmi les musulmans afin que ceux-ci contrôlent l’abattage des animaux, la production de fromage, le conditionnement des viandes etc. dans les entreprises qui exportent ces produits vers le Royaume.

Source : Al-Ifta [4]

Je pense que ces conclusions apportent un éclairage essentiel par rapport à la portée de l’étude, vu qu’elles sont énoncées après une analyse approfondie des avis juridiques émis sur la question de la licéité de la viande des Gens du Livre et, surtout, après avoir confronté ces éléments scientifiques avec des pratiques constatées dans les abattoirs non musulmans situés dans les pays occidentaux et qui exportent de la viande vers l’Arabie Saoudite.