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Bonbons halal : la gélatine de porc, c'est bien du porc

La consommation du porc, au sens large, est sévèrement proscrite en islam. La question de la licéité de la gélatine de porc fait l’objet de divergence chez les musulmans, même auprès des savants. Les uns la proscrivent totalement, les autres l’acceptent à condition qu’il y ait eu changement complet de nature. La question qui se pose aujourd’hui est celle de savoir dans quelle mesure il y a changement de nature et mieux, transformation complète.

Gélatine de porc : halal ou non ?

Les musulmans ont pour obligation de consommer des aliments jugés purs et de s’éloigner des aliments jugés impurs. La règle à retenir est assez simple : tout est halal sauf ce qui est par nature haram , c’est-à-dire illicite (porc, alcool), ou qui contient un composant qui rend haram (une certaine quantité d’alcool ajoutée à un produit, par exemple). Ainsi, tout produit issu d’un animal illicite (porc, animal non abattu selon le rituel musulman, etc.) est par définition illicite, sauf, selon l’avis de certains savants, s’il y a eu changement totale de nature. On parle alors d’« istihalah ».

Si l’on veut être plus précis, il faut dire que ce sont les hanafites et les malékites, deux des quatre courants importants de l’islam, qui sont d’avis qu’un élément impur en soi devient pur suite à sa transformation. C’est également là un des avis que l’on rapporte du grand imam Ahmad (ra). Ainsi, pour ces savants, le sel qui résulte de la transformation totale d’un cadavre tombé dans une mine de sel n’est pas considéré comme étant impur. De même, le vinaigre qui résulte d’une transformation naturelle du vin est considéré comme étant pur. Par ailleurs, les chaféites et les hambalites, les deux autres courants juridiques, considèrent qu’un élément impur en soi ne devient pas pur suite à sa transformation ; exception à la règle : le vin qui se transforme en vinaigre de lui-même, c’est-à-dire sans l’ajout d’un quelconque produit et sans intervention humaine. Le résultat final, le vinaigre, est considéré comme étant pur et licite.

Certains savants de l’islam considèrent que la gélatine porcine, ou issue d’un boeuf non halal, subit ce changement de nature, cette « istihalah », et de fait perd son caractère impur. Ils autorisent ainsi les musulmans à consommer des produits à base de gélatine de porc. Manger des fraises Tagada ou des yaourts Taillefine (Danone) devient possible. Selon le respecté cheikh Uthaymin (ra), si le produit ne contient plus aucune trace de cette gélatine porcine, alors il peut être consommé. Plus aucune trace ni dans le goût, ni dans la couleur, ni dans l’odeur.

Pas de changement de nature pour la gélatine de porc ?

Ainsi, depuis des années, les tenants de cet avis favorable à la consommation de gélatine de porc mettent en avant le fait que l’on peut consommer les produits qui en contiennent précisément parce que la nature de cette gélatine n’a plus rien de porcin. En 2007, des voix discordantes se sont fait entendre à la Réunion. Les doctes du centre islamique de la Réunion et du CSHR contestent le caractère halal de la gélatine porcine. Selon ces derniers, “on ne peut dire qu’il y a istihalah : la gélatine issue d’une source haram [illicite] ne peut donc être considérée comme étant devenue halal suite à une transformation” (voir La gélatine et les mono et diglycérides d’acide gras [1]). Ces doctes rejoignent ainsi l’avis de ceux qui considèrent que la transformation subie par l’impureté n’est pas suffisante pour la rendre pure.
Cet avis se base notamment sur le fait que le Prophète (saws)a condamné la consommation d’al-djallalah, c’est-à-dire les bêtes qui ingurgitent beaucoup d’impuretés et dont la chair et la sueur se retrouvent affectées par l’odeur des souillures qu’elles ont ingurgitées (c’est le même argument qui peut expliquer l’existence d’œufs halal [2]).

Traces d’ADN de porc dans des bonbons “halal”

En février dernier, nous avons reçu les résultats d’analyse de bonbons estampillés “halal”. Quelques mois plus tard, c’est un second rapport d’analyses qui nous est parvenu. Le laboratoire ayant réalisé ces analyses n’est autre que le réputé Eurofins. Ces bonbons, d’une marque très connue, sont vendus dans toute la France et font un tabac dans les épiceries, les boucheries halal, etc. Les deux analyses en question ont été réalisées à partir de deux paquets différents, à intervalle différent, mais toujours avec des bonbons de la même marque. Voici les résultats :

Analyse de février 2010 : ADN de porc détectée

la gélatine de porc, c'est bien du porc

Analyse de mai 2010 : ADN de porc détectée

la gélatine de porc, c'est bien du porc

Que conclure de ces analyses? ll faut d’abord préciser que la gélatine étant une substance protéique, autrement dit une protéine, elle ne contient pas d’ADN. Ainsi, vu que l’on retrouve des traces d’ADN dans le produit final, ici les bonbons, cela signifie que le processus qui mène à la fabrication de la gélatine porcine ne permet pas de produire de la gélatine totalement dépourvue de substance porcine. Dit autrement, il y a toujours du porc dans de la gélatine de porc.

De fait, même si la transformation de la gélatine en elle-même est complète, comme le soutiennent certains doctes, il reste des éléments porcins dans la gélatine. Quant à l’avis des doctes de la Réunion selon qui la transformation est incomplète, il n’est que renforcé par ces analyses. Pour autant, nous sommes en droit de nous demander si la règle de l’istihalah (changement de nature) doit s’appliquer seulement au goût, à la texture et à l’odeur du produit ou bien faut-il aller plus en précision, et considérer aussi que la présence d’ADN de porc légitime une interdiction de la gélatine porcine. C’est là une question qui n’est évidemment pas de notre ressort et qui revient aux savants ; lesquels sont divisés, comme nous avons pu le dire précédemment.

Transformation de la matière et impureté

Toute la question est de savoir à partir de quel degré de transformation on peut considérer qu’une matière impure a perdu son caractère impur :

– Une première catégorie de savants musulmans semblent considérer qu’il suffit qu’aucune des qualités (saveur, odeur et couleur) de l’élément impur d’origine ne subsiste pour que la transformation requise soit effective.
– Une seconde catégorie de savants musulmans, à l’instar du cheikh Al-Qaradawi, considèrent qu’il faut une transformation chimique de l’élément impur.
– Une dernière catégorie, enfin, dont le cheikh Taqi Usmani, considèrent qu’il faut une transformation complète, c’est-à-dire que l’élément de départ doit être devenu quelque chose d’autre (ce qui implique une transformation moléculaire). C’est là l’avis adopté par les doctes de l’île de la Réunion et du CSHR, cités plus haut.

Toujours est-il que ceux qui ne consommaient pas de produits à base de gélatine de porc ou de bœuf seront confortés par ces analyses, tandis que ceux qui en consommaient devraient désormais s’interroger.

Nous avons contacté le laboratoire Eurofins pour nous assurer d’avoir bien compris le rapport d’analyses. Conclusion : ces traces d’ADN indiquent qu’il y a bien présence de porc. Trois hypothèses s’imposent à nous :
– hypothèse A : cette présence d’ADN de porc est due au fait que le fabriquant a sciemment utilisé de la gélatine de porc ;
– hypothèse B : le fabriquant a utilisé sciemment de la matière première contenant de la gélatine de porc ou tout autre matière porcine ;
– hypothèse C : il ne s’agit pas de gélatine de porc, mais de la gélatine de boeuf, contaminée par du porc.

Notre interlocutrice au téléphone nous a indiqué que la gélatine même lorsqu’elle est purifiée contient des traces d’ADN de porc, en très petite quantité.

Le scandale est ailleurs

Pour finir, ajoutons un dernier élément qui dépasse la question proprement juridique du caractère halal ou non de la gélatine de porc. Les deux paquets de bonbons analysés et dont nous partageons ici les analyses effectués par le laboratoire Eurofins comportaient sur leur emballage la mention “gélatine… bovine”. Autrement dit, il existe aujourd’hui sur le marché français des bonbons estampillés halal, que les musulmans achètent parce qu’ils pensent qu’ils sont à base de gélatine bovine, qui seraient en réalité fabriqués à partir de gélatine porcine. Si l’on ne peut ici et maintenant affirmer de manière catégorique qu’il y a fraude et tromperie du client – comme c’est massivement le cas pour la viande halal, même certifiée par des organismes de certification -, on ne peut que constater qu’il y a à tout le moins un problème, qu’il est urgent de régler. Si vous pensiez manger des bonbons halal contenant de la gélatine bovine, sachez que s’agissant de cette marque-là vous mangez des bonbons contenant du porc. Soit parce que l’entreprise a sciemment vendu des bonbons à la gélatine de porc et a triché en mentionnant sur le sachet “gélatine bovine”, soit parce que ces bonbons ont été fabriqués dans des conditions permettant la contamination avec du porc. Dans les deux cas, cela est problématique.