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Etourdir préalablement un bœuf, c'est lui fracasser le crâne

Pistolet d'abattage
Ce bœuf ne souffre pas – source Aitsia [1]

Récemment, lors d’une conférence de presse, une journaliste demandait, avec le zèle des ignorants, au patron d’une entreprise qui commercialise de la viande réputée halal si cela ne lui posait aucun problème que les bœufs ne soient pas « anesthésiés ».

Sentant qu’il avait affaire à une spécialiste d’un jour, le patron en question lui a alors aussitôt demandé si elle était déjà allée dans un abattoir. Oui, lui a-t-elle répondu, mal à l’aise. Au fond, peu importe qu’elle ait ou non visité un abattoir, l’essentiel étant qu’elle sache de quoi elle parle.

Mais de toute évidence, sa connaissance du sujet se limitait aux quelques dépêches AFP qui ont suivi la sortie démagogique et mensongère de Brigitte Bardot pendant le mois de ramadan.

Double propagande autour de l’abattage rituel

Comme beaucoup, cette journaliste ignore, ou feint d’ignorer, qu’il n’y a guère de différence entre un abattage rituel (casher ou musulman) et un abattage standard.

Des scientifiques, à l’instar de Joe Regenstein, affirme même que non seulement l’abattage rituel n’est pas plus cruel que l’abattage standard [2], mais « qu’à l’avenir, la méthode d’abattage la plus humaine pourrait être la méthode religieuse », comme le rappelait récemment L’Express (voir « Les Quick halal financent-ils les mosquées ? [3] ») ; c’est-à-dire l’abattage rituel musulman et l’abattage rituel juif.

Cette réalité est occultée par toute la propagande tantôt islamophobe (et antisémite, mais celle-ci est bien plus timide), tantôt dénuée de tout relent raciste mais profondément idéologique, à l’instar du combat mené par plusieurs associations de protection animale.

Parfois, ces deux types de propagande se croisent, comme ce lundi 13 septembre lorsque Jean-Pierre Kieffer, président de l’OABA, a accepté l’invitation d’Henri de Lesquen, patron de Radio Courtoisie et promoteur d’une France exclusivement blanche et catholique, débarrassée des métèques, des gauchistes, des parpaillots et de tout ce qui souille son fantasme de France épurée pure.

Jusque-là l’OABA avait réussi à éviter de tomber dans les travers de la fondation Brigitte Bardot, laquelle ne craint pas de manger à tous les râteliers, surtout même extrêmes, pour arriver à ses fins. Il faut croire que le noble combat de la protection animale souffre quelques entraves à une certaine éthique.

De même, depuis plusieurs mois, la fachosphère vocifère et ne rate aucune occasion de tenter de convaincre le monde entier que les affreux musulmans et les méchants juifs jouissent d’abattre vivantes les bêtes qui ont vocation à finir dans leur assiette.

Et de pointer la scandaleuse dérogation qui exempte les abattages rituels du recours à l’étourdissement préalable (assommage ou électronarcose). Evidemment, lorsqu’il s’agit de saigner un cochon à l’air libre [4], sans l’étourdir, la fachosphère applaudit la préservation du patrimoine culturel français.

Le hic, car il y a un gros hic, c’est que derrière les termes édulcorés d’« étourdissement » ou encore d’« anesthésie » (terme utilisé simplement par commodité de langage par la profession, tant il est impropre) se cache une réalité qui ne fait pas l’affaire des islamophobes et autres activistes anti-viande.

L’étourdissement est une souffrance

Étourdir un animal avant de l’abattre, c’est toujours le faire souffrir. Qu’il s’agisse de l’électronarcose (passage dans un bain électrifié pour la volaille ou pinces électriques pour les ovins) ou de l’assommage (pistolet [5] à perforation pour les bovins, par exemple), le recours à l’une ou l’autre de ces pratiques provoque une souffrance rarement évoquée.

A contrario ne pas l’étourdir, c’est lui éviter d’ajouter une souffrance de plus, car il n’est pas rare que l’étourdissement rate et que la bête se soit faite fracasser le crâne, sans que cela ne l’endorme.

Les conséquences sont terribles, puisque la bête est alors découpée à vif, c’est-à-dire bien vivante. Comme dans le reportage suivant, à partir de 3 minutes 43.

Le tueur – c’est son nom – utilise un pistolet d’abattage, qu’il arme et pose sur le front de l’animal, avant de tirer. Dans le cas du modèle à tige perforante, l’animal voit son crâne fracassé.

Pistolet d'abattage
Extrait d’une brochure promotionnelle – Termet.fr

Dans l’extrait suivant, l’utilisation du pistolet est détaillée. Chacun prendra la mesure de l’inocuité du recours à l’assommage préalable. Une balle en plein front, ça n’a jamais tué une bête, hein ^_^.

Pistolet d'abattage
Comment utiliser un pistolet d’abattage – Termet.fr

Venons-en maintenant à l’électronarcose sur les ovins (qui ne représente que 5 % de la viande halal en France). L’an dernier, afin de mettre fin à une polémique sur l’abattage halal dans un abattoir de Vesoul, une vidéo a été postée sur Youtube.

L’objectif était de prouver que l’électronarcose ne tuait pas l’animal et que, donc, elle était réversible. La vidéo, que nous vous proposons de découvrir, ne plaira ni aux anti-électronarcose ni au pro-électronarcose.

Les anti constateront de visu que le recours à l’électricité est une pratique qui fait souffrir parfois bien inutilement la bête, sans réussir comme ici à l’endormir. Les pro dénonceront un abattage qui ne correspond pas à leur vision idyllique de la mise à mort d’un animal, après recours à l’étourdissement, et qui est malheureusement encore trop répandu. Il suffit de suivre l’actualité d’organisations de protection animale pour le constater.

Pour finir, il faut dire que le vrai scandale n’est pas l’absence d’étourdissement préalable, mais bien les choix industriels des géants de l’agro-alimentaire. Les vrais coupables, ce ne sont ni les juifs ni les musulmans qui ont fait le choix d’un abattage sans recours à l’étourdissement, mais bien les industriels. En augmentant régulièrement les vitesses de production et le nombre de bêtes à abattre, les grands groupes de l’industrie agro-alimentaire nuisent profondément au bien-être animal et rendent les conditions d’abattage pénibles, voire insupportables, autant pour les animaux que pour ceux qui sont chargés de les mettre à mort. Il est temps de sortir des polémiques stériles et stigmatisantes, qui non seulement nuisent au tissu social et à ce vivre-ensemble que tout le monde appelle de ses vœux, mais encore occultent les vrais problèmes liés à cette industrialisation débridée. Ne nous trompons pas de combat.