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Abattage casher : le CRIF appelle au lobbying

Abattage rituel juif, le couteau
Un rabbin vérifie la lame d’un couteau avant un abattage casher [1]

Abattage casher. L’heure est grave. Quelques musulmans le savent, quelques juifs aussi. Mais l’immense majorité l’ignore. Très déçues du Grenelle de l’animal dont elles attendaient beaucoup, les associations de défense des animaux ont décidé de changer de fusil d’épaule et de surfer sur le climat délétère qui plombe la France puis quelques mois.

Soutenue par l’extrême droite, en qui elles ont trouvé un allié objectif, ces associations redoublent d’efforts notamment auprès des politiques pour imposer l’étourdissement préalable. Le halal, c’est Ben Laden dans ton frigo. Voilà le message qu’elles tentent de faire passer, avec un certain succès. La sortie médiatique de Brigitte Bardot en est l’exemple parfait.

Sachant pertinemment que personne n’irait vérifier les chiffres qu’elle avance, celle qui fricote ostensiblement avec le Front national n’a pas hésité à affirmer cet été que “80 % des abattoirs français ne pratiquent plus l’étourdissement avant la saignée”. Si seulement c’était vrai. Mme Bardot, dont la dernière condamnation pour incitation à la haine raciale [2] remonte à 2008, se garde bien de blâmer aussi vigoureusement la filière casher, qui, même si moins importante en terme de volume que la filière halal, pose des problèmes plus aigus en matière de bien-être animal façon Bardot.

Le choix de la discrétion

Jusque-là les juifs ont choisi de faire profil bas et ont préféré travailler en coulisse. On se souvient du zèle du CRIF à condamner la burqa, mais de son silence particulièrement éloquent lors de la polémique sur les Quick prétendument halal, polémique embarrassante comme nous avons pu le démontrer (Quick halal : une polémique embarrassante [3]). Il s’agissait, à l’instar du rabbin Mendel Samama, de faire preuve de pragmatisme. Le muslim-bashing, c’est utile, sauf quand ça éclabousse [4]. Profil bas pour ne pas nourrir un antisémitisme toujours très ancré dans la société française, profil bas pour éviter que certaines vérités ne se sachent :

1- Bon nombre de non-juifs consomment tous les jours de la viande casher sans le savoir, alors même qu’ils pensent avoir acheté de la viande classique : les parties arrière de la carcasse d’une bête sont, chez les juifs, impropres à la consommation. De fait, lors de l’abattage, ces parties sont écartées par le rabbin sacrificateur pour être redirigée vers le circuit traditionnel. Il arrive même que des bêtes entières soient, après examen par les rabbins, rejetées. Écouler les parties impropres à la consommation est une question de survie pour la filière casher.

2- Au-delà des problèmes liés à l’abattage industriel et au bien-être animal, les pratiques d’abattage dans le casher sont régulièrement pointées du doigt, notamment par le ministère de l’Alimentaiton (anciennement de l’Agriculture. Dans une note de la DGAL (direction générale de l’alimentation), on peut lire ce qui suit :

En abattage casher, il est à signaler que lors des égorgements des animaux, les sacrificateurs n’iraient pas jusqu’au bout de la technique (exemple : une carotide sectionnée) pour ne pas laisser de trace sur les os des animaux qui entraîne un retrait du circuit casher. Ces pratiques peu ou mal maitrisée peuvent être la cause de souffrances inutiles pour l’animal.

Cette information nous a été confirmée par différents professionnels. Du pain béni pour les associations de protection animale. Pour autant, il ne s’agissait pas de passer sous silence ce problème. D’où les déclarations remarquées de Michèle Alliot-Marie en 2008 devant un parterre de rabbins [5] et de Brice Hortefeux déjà en 2009 [6], puis très récemment en septembre 2010, lequel affirma lors d’un discours à la synagogue de la Victoire être mobilisé pour empêcher le vote au Parlement européen d’un projet contesté par les défenseurs de l’abattage rituel.

Aujourd’hui, alors qu’un vote au Parlement européen pourrait remettre ce travail en question en imposant un étiquetage discriminant pour l’abattage rituel, nous restons particulièrement vigilants. Vous pouvez compter sur ma mobilisation et celle des députés français au Parlement européen pour que le projet n’aboutisse pas.

Source : site du ministère de l’Intérieur [7] – Brice Hortefeux, à l’occasion des Fêtes de Tishri – Paris, synagogue de la Victoire – lundi 6 septembre 2010.

L’impérieuse intervention du CRIF

Malgré ce soutien appuyé et public du gouvernement français, le CRIF sait que l’abattage rituel, casher comme halal, est en danger. L’islamophobie galopante, cet autre antisémitisme, qui traverse l’Europe à la faveur de coup de boutoir de l’extrême droite et de postures complaisantes des différentes droites européennes, fait le jeu des associations de protection animale, mais aussi de leurs ennemis historiques, les industriels, lesquels ont sorti l’artillerie lourde pour évincer les organismes musulmans de certification et de contrôle et imposer leur vision mercantile du halal.

L’heure est (vraiment) grave. Les juifs le savent. En 2008, le rabbin Fiszon déclarait déjà lors du Grenelle de l’animal [8] à propos de l’étourdissement préalable : “S’il devait être imposé en France, les juifs ne consommeraient plus de viande, et ce serait une véritable catastrophe. On se trouverait dans une situation comparable à celle de la Suisse, dont les motivations de l’interdiction de l’abattage rituel en 1894 étaient plutôt destinées à limiter l’entrée des juifs sur le territoire helvétique qu’à limiter la souffrance animale.” L’urgence de la situation explique donc que le CRIF, organisme laïc, ait décidé d’affirmer publiquement sa volonté de protéger la shechita (abattage rituel juif), comme on peut le lire sur le site www.crif.org :

Protection des rites et pratiques juives à travers l’Europe. Le Board of Deputies of British Jews, en collaboration avec Shechita UK, a souligné la nécessité d’une campagne de lobbying d’urgence pour protéger la pratique de la Shechita.

Source : Crif.org [9]

Lobby contre lobby

Cette déclaration publique du CRIF est le signe d’une grande inquiétude de la communauté juive. En 2009, le choix était plutôt à la discrétion, quand “des représentants communautaires […] se sont lancés dans un lobbying actif pour contrer les campagnes des défenseurs des animaux” (source Chiourim.org [10]). Un lobby juif dans les couloirs de Bruxelles et des autorités françaises pour enrayer un autre lobby celui des “défenseurs des animaux”. Mme Bardot aura-t-elle le courage de le déclarer publiquement qu’elle fait face à un lobby juif ? Un lobby du reste bien utile aux consommateurs musulmans. Ajoutons qu’en France les autorités juives ont compris qu’elles ne peuvent plus se passer du halal pour sauver le casher.

Dernier point. Le 15 septembre, nouveau coup de boutoir contre l’abattage casher et l’abattage halal : Nicolas About, sénateur Union centriste, a déposé une proposition de loi “visant à limiter la production de viande provenant d’animaux abattus sans étourdissement [11] aux strictes nécessités prévues par la réglementation européenne”. Nous devrions revenir in châ’a-Llâh dans les prochains jours sur le contenu même de cette proposition de loi, que d’aucuns jugent déjà idiote [12]. Idiote et inapplicable.

[Tweet “Abattage rituel : antisémitisme et islamophobie empêchent un débat serein.]